Extension Factory Builder
07/06/2011 à 17:13
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Un hôtel de luxe de Djerba, le 4 mars 2011. Un hôtel de luxe de Djerba, le 4 mars 2011. © Miguel Medina/AFP

Symbole de la vitalité du tourisme avant la révolution tunisienne, Djerba accueille aujourd’hui plus les réfugiés libyens que les touristes européens. Ce qui prive de leur gagne-pain les habitants de l’île aux maisons blanches et volets bleus.

Hôtels fermés, terrasses désertées : en ce début de haute saison, l’ambiance est morose à Djerba. Les troubles que connait la Tunisie et sa proximité avec la Libye en guerre ont fait baisser le nombre de touristes. La fréquentation touristique de la plus célèbre des îles tunisiennes a chuté de moitié.

En Tunisie, les tours opérateurs craignent pour leurs touristes, explique Tarek Frigui, serveur au café Havana. « Des bus sont affrétés pour transporter directement les Européens de l’hôtel au bateau » pour les balades en mer, sans passer par les cafés, se plaint-il.

Entre tarifs promotionnels et pourboires au rabais

Destination touristique tunisienne par excellence, Djerba compte 125 000 habitants dont 80 % vivent directement ou indirectement du tourisme.

En 2010, « nous faisions parfois 1 000 dinars [environ 500 euros] de recette le matin. Cette année, on atteint difficilement les 200 dinars [100 euros], regrette Tarek. Dire que j’en avais parfois autant en pourboires… »

Les taux d’occupation et de réservation dans les hôtels n’augurent rien de bon. Sur les 67 établissements de l’île, « vingt-six auraient dû rouvrir en avril, début de la saison estivale, et sont restés fermés », explique Jalel Bouricha, président de la Fédération régionale d’hôtellerie.

Dans le cinq étoiles Royal Garden, on a pourtant sauvé la mise cet été à coup de promotions et de baisse des prix. « Mais à cause des clients promotionnels, nous nous retrouvons avec des niveaux sociaux différents », au grand dam de l’image de marque du palace, soupire un employé.

Le ministre du Pétrole libyen au Royal Garden Palace

Au café Havana, sur la marina, quelques visiteurs étrangers occupent une poignée de table à l’abri du vent et des gouttes de pluie. Avec en guise de fond sonore, Al-Jazira, la chaîne d’information qatarie. « Ce sont nos clients libyens qui la réclament », explique Tarek Frigui.

Plus de 70 000 Libyens ont en effet trouvé refuge en Tunisie depuis le début de la crise en février, selon le ministère de l’Intérieur, dont probablement quelques milliers à Djerba. Le mois dernier, le ministre libyen du Pétrole qui a fait défection à Mouammar Kadhafi est passé par le Royal Garden Palace. Aujourd’hui, ils sont une  vingtaine de Libyens à résider dans l’hôtel.

Mais ceux qui résident actuellement dans l’île sont pour la plupart des réfugiés à la recherche de sécurité, et non des touristes en quête de distraction. « Les Libyens demandent toujours si leur voiture sera cambriolée, si les enfants risquent d’être agressés, s’ils peuvent sortir tranquillement », raconte Makram Diri, qui cogère une trentaine d’appartements à louer dans la Marine de Djerba.

« Les Libyens s’installent ici pour le long terme », explique-t-il. Une école a ouvert, le marché des produits importés de Libye a repris vie et certains meublent leur maison.

Si les prix des locations de Makram restent élevés (entre 1 200 et 2000 dinars par mois), ils ont cependant nettement baissé par rapport aux tarifs pratiqués avec les touristes en 2010.

« Humainement, je ne pouvais pas louer des appartements aux tarifs habituels à des familles fuyant la guerre », explique-t-il. (avec AFP)

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Tunisie

Élections en Tunisie : la mobilisation des électeurs est-elle dans l'impasse ?

Élections en Tunisie : la mobilisation des électeurs est-elle dans l'impasse ?

À trois mois des élections législatives et présidentielle tunisiennes, le pays peine à convaincre ses électeurs de s'inscrire sur les listes électorales. Retour sur les causes - e[...]

Adel Fekih : "En Tunisie, il faut dépasser les polémiques"

"Affaire du salon d'honneur", allégeance à Ettakatol... Vivement critiqué malgré un bilan plus que satisfaisant, le diplomate Adel Fekih défend son action à la tête[...]

Tunisie : craintes de "benalisation" de l'État qui durcit la lutte contre le terrorisme

La sanglante attaque qui a tué 15 militaire tunisiens mi-juillet a poussé l'État à prendre des mesures fortes contre les appels au jihad, comme la fermeture de mosquées et de médias. Entre[...]

Défense : quelles capacités militaires pour la Tunisie en 2014 ?

Adoptées au dernier trimestre de l'année 2013, les premières mesures pour pallier les carences des armées de terre et de l'air ont été mises en oeuvre par le nouveau gouvernement tunisien[...]

Tunisie : Mehdi Jomâa, en Algérie pour tenter de renforcer la coopération sécuritaire

Mehdi Jomâa, le chef du gouvernement tunisien, se trouvait mardi en Algérie pour tenter de renforcer la coopération sécuritaire face aux groupes terroristes, quelques jours après une attaque qui[...]

Tunisie : Mehdi Jomâa et les leçons de Henchir Talla

L'attaque terroriste de Henchir Talla, qui a fait au moins 15 morts dans la région du mont Chaambi le 16 juillet, a laissé des traces. Le Premier ministre assure en avoir tiré toutes les conséquences.[...]

Mohamed Talbi, l'homme qui éclaire l'islam

Nous avons pourtant essayé... De vous proposer cette semaine des sujets sympas pour les vacances, ceux que l'on aime lire au bord d'une plage de sable fin ou tranquillement assis dans son jardin en sirotant un [...]

Tunisie : fermeture de mosquées et de médias après la mort d'au moins 15 soldats

Le gouvernement tunisien a annoncé une série de mesures, dont la fermeture de mosquées et celle de médias "appelant au jihad", suite à la mort d'au moins 15 soldats dans une attaque[...]

Mohamed Talbi : "L'islam est né laïc"

À 93 ans, le doyen de la pensée critique musulmane s'est livré à "Jeune Afrique" dans une grande interview où il dévoile la face avant-gardiste de l'islam et dénonce le[...]

Tunisie : le bilan de Mehdi Jomâa en six mois de lutte anti-jihadiste #2

Laurent Touchard* revient sur les événements qui ont jalonné les six derniers mois de lutte anti-terroriste en Tunisie depuis l'arrivée de Mehdi Jomâa à la tête du gouvernement[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers