De retour du Ghana, le président du Conseil constitutionnel ivoirien, Paul Yao N'Dré, très proche du président déchu Laurent Gbagbo, a été obligé de faire amende honorable... du bout des lèvres.
C'est ce qui s'appelle aller à Canossa. Paul Yao N'Dré, le président du Conseil constitutionnel qui avait validé (en passant outre l'article 64 du code électoral) la « réélection » contestée de Laurent Gbagbo, s'est rendu jeudi soir au Golf Hôtel d'Abidjan pour une entrevue de trois quarts d'heure avec Alassane Ouattara.
Visiblement tendu, redoutant de se sentir humilié, Yao N'Dré a donné son point de vue sur la crise. « Nous sommes allés trop loin, les Ivoiriens », a-t-il déclaré devant la presse. Interrogé sur sa part de responsabilité, il a nié être le seul fautif.
« Nous sommes tous responsables de ce qui est arrivé : le président actuel, le président parti, (Laurent) Gbagbo, les citoyens, les médias, tout le monde est responsable, voilà ! », a-t-il dit, sans plus de précision sur son rôle ultérieur.
Participer à la normalisation
Car Ouattara a prévu d'être investi « dans la deuxième quinzaine de mai » à Yamoussoukro (centre), la capitale politique, et il doit pour cela être proclamé officiellement chef de l'État par le Conseil constitutionnel, la plus haute juridiction du pays. Proche du chef de l'État déchu, actuellement en résidence surveillée à Korhogo (nord), Paul Yao N'Dré, qui avait fui au Ghana, n'aura sans doute pas le choix et devra participer à la normalisation en cours.
Timidement, la vie reprenait son cours à Abidjan vendredi matin. Les derniers miliciens pro-Gbagbo du quartier de Yopougon (ouest) n'ont pas été délogés par les Forces républicaines de Côte d'Ivoire (FRCI), mais selon ces dernières, des négociations étaient en cours pour leur faire déposer les armes.
Prêt de 200 millions d'euros
Sur un plan politique, Alassane Ouattara a « souhaité » que les législatives aient lieu « avant la fin de l'année ». L'UA a décidé jeudi « de lever la suspension de la participation de la Côte d'Ivoire aux activités » de l'organisation, c'est à dire d'annuler la sanction imposée le 9 décembre à la Côte d'Ivoire pour protester contre le maintien au pouvoir de Gbagbo.
De son côté, le Conseil de sécurité de l'ONU envisage de reconduire pour un an l'embargo sur les armes à destination de la Côte d'Ivoire, ont indiqué jeudi des diplomates aux Nations unies. Enfin, pour aider notamment au paiement des arriérés de salaires des fonctionnaires, la France a signé la garantie d'une première tranche de 200 millions d'euros de prêt à la Côte d'Ivoire qui sera versée d'ici fin avril, a annoncé la ministre française de l'Économie, Christine Lagarde. (avec AFP)
Reportage de la TCI sur l'entretien entre Alassane Ouattara et Paul Yao N'Dré.

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