Soumeylou Boubèye Maïga a toute les cartes pour réussir dans la lutte contre Aqmi.
© Chérif Ouazani pour J.A.
Écarté des affaires pendant de nombreuses années, l'ancien ministre de la Défense Soumeylou Boubèye Maïga effectue un retour percutant aux Affaires étrangères. Sa mission : marquer des points dans la lutte antiterroriste au niveau international.
Le président malien Amadou Toumani Touré (ATT) a créé la surprise en nommant le 5 avril Soumeylou Boubèye Maïga ministre des Affaires étrangères, avant de l’emmener, quarante-huit heures plus tard, rencontrer Mouammar Kaddafi dans le cadre d’une médiation de l’Union africaine (UA) en Libye. Car en neuf ans de pouvoir, ATT n’avait donné ce poste régalien à aucun homme politique.
À 56 ans, le nouveau chef de la diplomatie malienne, journaliste de formation qui fut, pendant huit ans, chef des renseignements puis ministre de la Défense, reste en effet l’un des piliers de l’Alliance pour la démocratie au Mali (Adema), le parti qui porta Alpha Oumar Konaré au pouvoir de 1992 à 2002.
Rivalité présidentielle
Ensuite, Moctar Ouane, son prédécesseur au cours des sept dernières années, semblait être estimé du président. Surtout, le microscome bamakois croyait savoir qu’ATT n’appréciait pas beaucoup le « Tigre », le surnom de « Boubèye », qui fut son conseiller spécial pendant la transition démocratique de 1991 à 1992. À l’époque, disait-on, ATT se sentait comme espionné par son conseiller…
En 2007, candidat à sa réélection, ATT est adoubé par l’Adema… mais pas par le « Tigre », qui se présente aussi mais ne récolte pas plus de 2 % des suffrages. La traversée du désert durera encore quatre ans.
"Incontournable"
Pourquoi ce retour fracassant ? « Il est simplement incontournable », répète-t-on à l’Adema. Le contexte joue également en sa faveur. Pour un ATT sur le départ, laisser la « question sahélo-saharienne » sans un début de réponse concret n’est pas acceptable. Or Boubèye a toutes les clés pour réussir.
Ressortissant de Gao (nord), expert reconnu des questions sécuritaires, il connaît bien le président algérien Abdelaziz Bouteflika qui, il y a moins d’une décennie le recevait avec tapis rouge. Les chancelleries occidentales l’écoutent aussi, ce qui ne gâte rien. Et puis, ATT ne voulait pas partir « sans dédommager un flic qui sait attendre son heure », dit un proche du président.

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