12/04/2011 à 09h:33 Par Jeune Afrique
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Alassane Ouattara sur le plateau de la TCI, le 11 avril au soir. Alassane Ouattara sur le plateau de la TCI, le 11 avril au soir. © TCI

L'arrestation de Laurent Gbagbo n'a pas résolu instantanément les problèmes sécuritaires et humanitaires d'Abidjan. D'autant que les troupes d'Alassane Ouattara se livrent aux pillages, de même que les miliciens du président sortant qui refusent de déposer les armes. Gagner la paix sera-t-il plus difficile que gagner la guerre ?

« Je souhaite qu'on dépose les armes », a déclaré Laurent Gbagbo au Golf Hôtel, lundi arpès-midi, peu après son arrestation à la résidence de Cocody en fin de matinée, avec son épouse Simone Gbagbo et d'autres proches (voir le récit des événements de la journée, ici). Alassane Ouattara a tenu a peu près le même langage le soir même dans une brève allocution télévisée.

« J’en appelle donc à tous mes compatriotes qui seraient gagnés par un sentiment de vengeance, à s’abstenir de tout acte de représailles ou de violence. [...] Aux jeunes, transformés en miliciens, ils doivent comprendre que leur combat n’a plus de sens aujourd’hui. Je leur demande de déposer les armes dès à présent », a déclaré le président élu. Mais il nest pas sûr que les deux leaders aient vraiment été entendus par tous leurs soldats et miliciens.

Abidjan est ainsi livrée aux pillages généralisés depuis hier, dans presque tous les quartiers. Et les Forces républicaines de Côte d'Ivoire (FRCI) de Ouattara ne sont pas les dernières à y participer. Des témoins affirment que certains de leurs soldats pillent exclusivement les biens des familles appartenant à des ethnies réputées favorables à Gbagbo...

Naissance d'une opposition armée ?

Pis, des affrontements sporadiques entre d'un côté FDS non ralliées et miliciens, et de l'autre, FRCI, ont continué après l'arrestation de Gbagbo dans certains quartiers comme le Plateau. Il n'est pas exclu que Ouattara puisse se trouver confronté, à peine installé, à une opposition armée (même embryonnaire) en plein cœur de la capitale économique. Les habitants ne s'y sont pas trompés et les scènes de liesse populaire dans les quartiers pro-Ouattara sont plutôt rares. D'autant que le deuil frappe la plupart des familles et que de nombreux cadavres jonchent encore les rues.

L'arrestation de Laurent Gbagbo pourrait ainsi ne pas être l'objectif le plus difficile à atteindre pour le camp Ouattara. Gagner la guerre pourrait s'avérer une tâche plus aisée que gagner la paix. Laurent Gbagbo n'a pas encore reconnu la légitimité de son rival, et quand bien même le ferait-il, ne serait-ce pas sous la contrainte ?

Pour les miliciens – la plupart étant des jeunes patriotes armés par Charles Blé Goudé – l'engagement de la France en soutien aux FRCI pourrait également constituer une raison supplémentaire de ne pas déposer les armes. La polémique bat son plein : les Casques bleus et les soldats français de la force Licorne ont-ils forcé le portail de la résidence présidentielle et ont-ils ouvert la voie terrestre aux FRCI pour la capture du président sortant, après avoir effectué des frappes aériennes ?

Le pouvoir de Ouattara fragilisé

L'ONU et Paris démentent catégoriquement. Une chose est sûre : l'histoire retiendra que sans les forces internationales, sans les Français, Laurent Gbagbo n'aurait peut-être jamais été capturé. Et cette certitude fragilise d'entrée de jeu le pouvoir d'Alassane Ouattara. « Nous sommes en face d'un coup d'État organisé par l'armée française », a commenté mardi matin sur RFI Pascal Affi N'Guessan, le président du Front populaire ivoirien (FPI, parti de Laurent Gbagbo). Il n'a pas souhaité confirmer ou infirmer s'il était réfugié au 43e Bima (Bataillon d'infanterie de marine) de Port-Bouët...

Dans cette situation, que peut faire le nouveau président ? Outre favoriser la réconciliation en mettant sur pied une commission ad-hoc, comme il l'a annoncé dans son discours lundi soir, il doit rapidement remettre les fonctionnaires au travail en les payant. La sécurisation et la normalisation de la capitale économique dépendra d'abord de la rapidité de la réouverture des banques et de la régularisation des arriérés de salaire des policiers.

Autre question : comment les ex-FDS et les FRCI vont-ils désormais travailler ensemble ? L'avenir de l'armée et de la gendarmerie anciennement fidèles au président sortant, même si leurs commandants sont venus faire allégeance à Alassane Ouattara, n'est pas le moindre des défis qui se posent au nouveau président. Quant à la « procédure judiciaire à l'encontre de Monsieur Laurent Gbagbo, de son épouse et de ses collaborateurs », annoncée par Ouattara, elle pourrait aussi freiner la difficile et nécessaire réconciliation de la Côte d'Ivoire.

Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Côte d'Ivoire

Mali : le Premier ministre rencontre à Abidjan le président ivoirien Ouattara

Mali : le Premier ministre rencontre à Abidjan le président ivoirien Ouattara

Le Premier ministre malien de transition, Cheick Modibo Diarra, s'est entretenu samedi à Abidjan de la crise au Mali avec le président ivoirien Alassane Ouattara, chef en exercice de l'organisation régionale[...]

Côte d'Ivoire : la défense de Gbagbo conteste la compétence de la CPI

La défense de Laurent Gbagbo a contesté la compétence de la CPI pour juger l’ancien président de la Côte d’Ivoire.[...]

Côte d'Ivoire : toute l'enquête sur le nouveau scandale des déchets toxiques

En 2006, l'affaire des déchets toxiques déversés à Abidjan avait failli emporter le gouvernement. Six ans plus tard, trois personnalités sont montrées du doigt. Elles sont[...]

Droits de l'homme en Afrique : progrès incertains au Nord, attentes pour le Sud

Amnesty International a rendu public, jeudi 24 mai, son rapport annuel sur l’état des droits de l’homme dans le monde. En ce qui concerne le continent africain, l’année 2011 a été[...]

Côte d'Ivoire : Michel Gbagbo, fils du président déchu, est un "prisonnier d'opinion" selon sa mère

Le fils de l’ex-président ivoirien Laurent Gbagbo, Michel Gbabgo, est un "prisonnier d’opinion", selon sa mère, la Française Jacqueline Chamois. Celle-ci demande "un rapatriement[...]

Côte d'Ivoire : le scandale des déchets toxiques emporte le ministre Adama Bictogo

Le ministre ivoirien de l’Intégration africaine, Adama Bictogo, a été limogé mardi 22 mai. Son départ du gouvernement fait suite au nouveau scandale des déchets toxiques. [...]

Hollande et l'Afrique : changement de diplomatie, au profit de qui ?

Les chefs d'État accueillent diversement l'alternance française. Si le Nigérien Mahamadou Issoufou et le Guinéen Alpha Condé sont tout sourire, leurs homologues d'Afrique centrale se[...]

Côte d'Ivoire : déchets toxiques, le nouveau scandale

Dans son numéro 2680, en kiosque du 20 au 26 mai 2012, "Jeune Afrique" enquête sur les suites de l’affaire Trafigura, du nom de la société néerlandaise affréteuse[...]

Guinée-Bissau : petit pays, grandes manoeuvres

La Cedeao, Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest, goûtait peu la percée angolaise dans la région. Elle pourrait finir par s'accommoder du putsch du 12 avril  en[...]

Armée française en Afrique : renégociation des accords de défense, rompre avec la "Françafrique"

Le 18 avril, Paris a finalisé la remise à plat des accords militaires passés avec ses anciennes colonies. Au final, des bases moins nombreuses et des effectifs réduits. L'essentiel, c'est de se[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers