30/03/2011 à 15h:42 Par Lauranne Provenzano
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Membre de la rébellion libyenne. Membre de la rébellion libyenne. © AFP

L’instabilité politique en Libye pourrait favoriser à terme la montée en puissance d’Aqmi. Ses membres ont semble-t-il déjà pioché dans les dépôts d’armes de Mouammar Kaddafi et auraient même prêté main forte aux insurgés. D'où la nécessité d'une guerre rapide pour les Occidentaux.

À la fin de février, alors que la contestation gagnait du terrain en Libye, Mouammar Kaddafi accusait déjà la jeunesse libyenne d’être droguée et, surtout, de se laisser manipuler par Al-Qaïda. En lançant une telle accusation, le « Guide » espèrait sans doute que des djihadistes versent de l'eau à son moulin. Et de fait, ceux-ci ne veulent visiblement plus se laisser dépasser par les événements comme c'était le cas dans les révolutions tunisienne et égyptienne.

Plusieurs journaux et sites d’information ont récemment fait état des relations dangereuses qu’entretiennent la nébuleuse salafiste et les insurgés libyens. Selon des sources sécuritaires maliennes et nigériennes, citées par l’AFP, Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) aurait tout d’abord récupéré des armes après le pillage par les insurgés de dépôts de Mouammar Kaddafi. Dans une interview à Jeune Afrique*, le président tchadien Idriss Déby Itno se montre inquiet au sujet de la révolution libyenne, qui pourrait coûter cher à la stabilité de la région. « Les islamistes d’Al-Qaïda ont profité du pillage des arsenaux en zone rebelle pour s’approvisionner en armes […] Aqmi est en passe de devenir l’armée la mieux équipée de la région », affirme-t-il.

Message de soutien des djihadistes

Est-ce en échange de missiles sol-air et autres armes lourdes qu’Aqmi aurait ensuite offert sa coopération aux chefs de l’insurrection ? Le 24 février, le centre de surveillance de sites islamistes, le « SITE », repérait un message du groupe djihadiste faisant clairement état de son appui à la révolution : « Nous déclarons notre soutien et notre aide à la révolution libyenne et à ses demandes légitimes, et nous assurons notre peuple en Libye que nous sommes avec vous et que nous ne vous laisserons pas tomber. »

L’aide aux insurgés serait d’abord financière et facilitée par les récentes rançons touchées par les émirs d'Aqmi en échange de la libération de certains de leurs otages occidentaux, écrit mercredi 30 mars Le Canard Enchaîné.

Désormais,  Aqmi prendrait même part aux combats, se mêlant aux insurgés désorganisés. Plusieurs rapports émanant des services de renseignement américains font état de la présence de combattants d’Al-Qaïda et du Hezbollah aux côtés des révolutionnaires, a indiqué mardi, devant le Congrès américain, l’amiral James Stavridis, commandant suprême des forces de l'Otan en Europe. Leur présence serait encore numériquement faible, a-t-il cependant assuré. « À ce stade, la présence d'Al-Qaïda ou de toute autre organisation terroriste n'est pas réellement ressentie ».

La coalition doit-elle armer les rebelles ?

Cette nouvelle donne a toutefois de quoi inquiéter la coalition internationale, qui soutient l’insurrection populaire. Réunis à Londres mardi, les membres du « groupe de contact » chargé de la gestion politique de l'opération internationale ont discuté de la situation. La France a évoqué la possibilité de fournir un appui militaire aux rebelles, alors que le rôle de la coalition se limite pour le moment à des frappes aériennes destinées à protéger les civils contre les attaques des forces loyales à Kaddafi.

Interrogé sur NBC à propos de la fourniture d'armes aux insurgés, Barack Obama a répondu : « Je ne l'exclus pas. Mais je ne dis pas non plus que cela va se faire. » Le président américain s’est en outre montré confiant quant au départ de Mouammar Kaddafi, estimant qu’il « finirait bien » par quitter le pouvoir.

Les pays occidentaux misent sur une guerre rapide, pour empêcher Al-Qaïda ou tout autre groupe rebelle de la région de tirer profit de l’instabilité ambiante. Dans cette perspective, la réunion de Londres a été l’occasion d’évoquer l’après-Kaddafi. En marge de la rencontre officielle, le Conseil national de transition (CNT) de l'opposition libyenne, a évoqué la tenue d’ « élections libres et justes » et souligné ses « aspirations à un État uni, libre et moderne ».
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*Lire cette interview dans le n° 2620 de Jeune Afrique, en kiosques du 27 mars au 2 avril.
 

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