Le camp Gbagbo refuse de céder la moindre parcelle de pouvoir et prend de plus en plus violemment à partie le personnel de l’ONU. La situation reste extrêmement tendue à l’ouest du pays et à Abidjan, dans le quartier pro-Ouattara d’Abobo. Une guerre civile à deux doigts de reprendre ?
La tension monte en Côte d’Ivoire, alors que le blocage politique est à nouveau total au lendemain du rejet par le camp Gbagbo de la proposition de partage du pouvoir formulée par le panel de l’UA pour sortir de la crise postélectorale. Alassane Ouattara, qui s’était rendu à Addis-Abeba, a déclaré vouloir passer quelques jours à Abuja avant de revenir à Abdijan.
Pour essayer d’empêcher Ouattara de revenir au Golf Hôtel, le gouvernement Gbagbo a interdit à l’Onuci et à la force Licorne de faire décoller des aéronefs sans son autorisation. Après leur refus de respecter cette interdiction de vol, le camp Gbagbo les a menacées de « sanctions ». Une attitude qui a amené le représentant spécial de l'ONU en Côte d'Ivoire, Choi Young-jin, à estimer que le retour du président élu, Alassane Ouattara, serait « plus compliqué qu'on l'imagine ».
Enlèvement de personnel onusien
D’autant que les relations entre le camp Gbagbo et l’Onuci se dégradent rapidement. Choi Young-jin a accusé les partisans du président sortant Laurent Gbagbo d’avoir pris pour cible des Casques bleus et d’avoir enlevé des membres du personnel onusien, dans l'ouest du pays. « Je préviens fermement ceux qui inventent et propagent des histoires de haine : n'ayez pas l'illusion de croire que vous pouvez le faire en toute impunité. […] L'Onuci réunit des informations sur ces actes, qui constituent des crimes de guerre. Nous aurons les preuves permettant aux juges de vous en tenir responsables », a-t-il lancé.
La guerre civile paraît une nouvelle fois frapper à la porte de la Côte d’Ivoire. Jeudi, peu après la fin de la réunion de l'UA ayant confirmé la victoire d’Alassane Ouattara à la présidentielle du 28 novembre, des tirs à l'arme lourde ont été entendus dans la localité Tiébissou (centre), à la lisière entre la zone Sud contrôlée par le camp Gbagbo et la zone Nord tenue depuis 2002 par les ex-rebelles des Forces nouvelles (FN), alliés de Ouattara. Tiébissou est stratégique car située sur la route reliant Bouaké, deuxième ville du pays et fief FN, et la capitale politique Yamoussoukro, qui est située à seulement 40 km plus au sud.
Les FN ont néanmoins affirmé vendredi ne pas être impliquées dans ces tirs à l'arme lourde, qui avaient débuté jeudi vers 20 heures (locales et GMT). « Les Forces nouvelles ne sont pas concernées par cette attaque. Notre check-point se trouve au nord de Tiébissou. Or, selon nos informations, les tirs ont débuté à l'entrée sud de Tiébissou », a indiqué un responsable de la communication des FN.
La maison de Pickass attaquée
Des combats entre Forces de défense et de sécurité (FDS) loyales à M. Gbagbo et FN avaient déjà eu lieu mi-décembre dans cette ville. Vendredi matin, la situation était calme à Tiébissou mais l'origine des tirs restait inconnue. Le porte-parole des FDS n'a pas souhaité faire de commentaire sur ces incidents.
Depuis trois semaines, les combats font rage dans l'ouest du pays. Dimanche dernier, les ex-rebelles ont pris la ville de Toulépleu, près de la frontière libérienne. Guillaume Soro, chef des FN et Premier ministre de M. Ouattara, s'est d'ailleurs rendu jeudi dans cette localité, selon les FN.
Mais la situation n’est pas plus brillante dans la capitale économique Abidjan, notamment dans le quartier d'Abobo (nord), où les tirs ont redoublé d'intensité dans la nuit de jeudi à vendredi. Dans le quartier chic de Cocody, la maison d'une personnalité du camp Gbagbo, Damana Pickass, a aussi été attaquée jeudi soir, notamment au lance-roquettes, sans faire de tué. (Avec AFP)

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