10/03/2011 à 16h:00 Par Constance Desloire, à Ramallah
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Si la Palestine n'a pas encore d'État, son équipe de football peut faire des matchs à domicile. Si la Palestine n'a pas encore d'État, son équipe de football peut faire des matchs à domicile. © montage Reuters

L'équipe nationale palestinienne de football a joué le 9 mars son tout premier match de compétition internationale sur son sol, dans la phase qualificative pour les Jeux olympiques de 2012. La rencontre s’est certes soldée par une défaite des Palestiniens face à la Thaïlande, mais c'est avant tout une grande victoire politique.

Ils sont venus de toute la Cisjordanie, par bus affrétés par l'Association palestinienne de football (APF), ce 9 mars. L’objectif : assister au tout premier match de compétition internationale sur le sol de la Palestine. À Al-Ram, un ancien camp de réfugiés jouxtant Ramallah, la capitale administrative de la Palestine, plus de 10 000 spectateurs bravaient la neige lors du match retour des éliminatoires contre la Thaïlande, comptant pour les qualificatifs aux Jeux olympiques de 2012.

« Ce match c'est un message pour le monde entier : nous pouvons faire ce que nous voulons sur notre terre ! », s'enthousiasme Zayid, un étudiant de 21 ans venu spécialement de Tulkarem, au nord-ouest de la Cisjordanie. Jusque-là, les équipes de l'APF, affiliée à la FIFA (Fédération internationale de football association) depuis 1998, devaient jouer leurs matchs internationaux à l'extérieur, Israël lui interdisant de les tenir sur son sol.

Un but symbolique

Lorsqu'une minute avant la mi-temps, Abdulhamid Abuhabib marque un but, les spectateurs chantent, dansent, agitent des drapeaux palestiniens. Abuhabib court devant la tribune officielle, et fait plusieurs fois le V de la victoire en direction du Premier ministre, Salam Fayyad, et de Djibril Rajoub, président de l'APF et du Comité olympique palestinien. Le symbole est d’autant fort que le jeune homme est natif de Gaza. « Cela rend ce moment encore plus beau », confie à la mi-temps le Premier ministre qui travaille depuis deux ans à l'avènement d'un État qui pourrait être déclaré en septembre.

« Le football va nous permettre d'exposer la cause palestinienne, commentait avant le match le populaire Djibril Rajoub. C'est un outil pour construire notre État, un moyen de lutter pacifiquement », dit cet ancien combattant, ex-prisonnier d’Israël devenu responsable de la sécurité au Fatah.

Les Palestiniens ont été soutenus dans leurs démarches par les instances du sport international, qui ont investi d'importants moyens financiers et diplomatiques. Jacques Rogge, le président du Comité international olympique (CIO), s'était rendu à Ramallah en octobre 2010. Il avait initié une série de rencontres entre Israéliens et Palestiniens dans le but d'établir un mécanisme réglementant la mobilité des athlètes palestiniens.

Blocus israélien

Car la composition d'une équipe palestinienne relève du casse-tête chinois à cause de l'occupation israélienne. Pour le match du 9 mars, douze joueurs de Gaza avaient été sélectionnés mais seuls quatre ont été autorisés par Israël à se rendre en Cisjordanie. Jouer à l'étranger est aussi une gageure. Mokhtar Tlili, l'entraîneur tunisien de l'équipe olympique palestinienne, a été bloqué dix jours à Bangkok après le match aller, avant que les autorités israéliennes ne le laissent revenir.

Les joueurs palestiniens, « écrasés par la pression d'un match historique », commente Tlili dans les vestiaires, ont finalement perdu aux tirs au but face aux Thaïlandais (1-0 à l’aller, puis 5 t.a.b. à 6 au retour). Mais c'est un jour de victoire. La présence à Al-Ram de Mordechai « Motele » Spiegler, une légende du football israélien, est aussi une réussite. Avec lui, Hicham Zoabi, entraîneur arabe israélien du club palestinien d'Al-Amari, se réjouit que tous les matchs de l'équipe nationale se tiennent dorénavant à Ramallah.

Ancien de la Fifa et conseiller sport de l'Autorité palestinienne, Jérôme Champagne est soulagé. « Tout s'est bien passé. Après quelques ajustements, nous serons prêts pour le match du premier tour qualificatif du groupe Asie pour le Mondial 2014, qui aura lieu fin juin. Les « matchs amicaux pour la paix » et ce genre de choses, c'est fini ! La Palestine peut maintenant jouer de plein droit. »

Constance Desloire, envoyée spéciale à Ramallah

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