Extension Factory Builder
19/02/2011 à 14:45
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Capture d'écran de la vidéo du déjeuner de presse de Boris Boillon. Capture d'écran de la vidéo du déjeuner de presse de Boris Boillon. © You Tube

Après l'attitude jugée méprisante du nouvel ambassadeur de France en Tunisie, Boris Boillon, devant des journalistes, les réactions négatives fusent. Comme d'habitude, internet est le fer de lance de la critique. Un appel à manifester sur Facebook a réuni plus de 500 protestataires devant l'ambassade de France.

Des Tunisois avaient lancé un appel sur Facebook pour une manifestation ce samedi devant l’ambassade de France à Tunis avec un seul mot d'ordre : « Boris Boillon, dégage ! » Mobilisation réussie : ils étaient plus de 500 à la mi-journée à manifester pour le départ du nouvel ambassadeur français en Tunisie. « M. Boillon, vous occupez un poste diplomatique et vous n'avez rien d'un diplomate », « dégagez, petit Sarko ! », « Boris dégage ! », « C'est vous qui faites honte à la France », pouvait-on lire sur les banderoles des manifestants.

Pour un diplomate, c'est un tour de force. Boris Boillon a réussi, en moins de 24 heures, à fortement indisposer l'opinion publique tunisienne. Explication : le fameux « couac » de sa première rencontre avec les médias. Sa nomination unilatérale par la France, le 26 janvier, au moment où la Tunisie attendait la constitution d’un nouvel exécutif, avait déjà profondément agacé aussi bien les milieux politiques que la société civile, qui gardent en mémoire le mutisme puis les hésitations du gouvernement de Sarkozy à prendre position en faveur de la révolution du 14 janvier. Sans parler des liens sulfureux de la ministre française des Affaires étrangères Michèle Alliot-Marie avec Aziz Miled, homme d’affaires proche de Belhassen Trabelsi, beau frère de l’ex-président Ben Ali – tous deux en fuite.

La première image étant très importante, celle que Boris Boillon a laissé aux Tunisiens n'est pas très flatteuse. Outre les propos abruptes que le nouvel ambassadeur a tenus aux journalistes qui lui posaient des questions délicates (voir la vidéo ci-dessous), son style très sarkozien - même gestuelle saccadée que le président français, même sourire de circonstance et même doigt accusateur pointé dans le vide – a rapidement été assimilé à du mépris.

Service après vente

D'autant que Boris Boillon s'est entêté à parler un arabe oriental laborieux, peu pratiqué par les Tunisiens qui, eux-mêmes, maîtrisent très bien le français. Il a aussi indisposé en évoquant fréquemment les martyrs et en se donnant des allures de responsable de service après vente en insistant sur le « contrat de confiance » avec les journalistes locaux auxquels il propose « d'ouvrir son cœur et ses livres » (sic).

Pas étonnant, dans ces conditions, que les réactions négatives fusent, pas seulement dans l'avenue Bourguiba. C’est encore Facebook et Twitter qui se sont fait les premiers l’écho de l’indignation des Tunisiens. De très nombreuses lettres ouvertes à Boris Boillon circulent, lui rappelant que la révolution tunisienne est d’abord celle de la dignité. Un groupe Facebook nommé « Tous contre Boris Boillon » se mobilise « contre cette nomination honteuse pour la Tunisie ». De son côté, le sociologue et politologue Vincent Geisser déclare que « la France c’est ridiculisée ». Quant à Bertrand Delanoë, il souligne « qu’il faut que la France renoue avec ses valeurs de liberté, égalité et fraternité ».

Voir la vidéo du "dérapage" de Boris Boillon (via leocaysor)

 

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Tunisie

Armée tunisienne : la grande désillusion

Armée tunisienne : la grande désillusion

Incapable de venir à bout des maquis jihadistes, minée par des querelles au sommet, gangrenée par la politique, la grande muette a beaucoup perdu de sa superbe. Enquête exclusive sur une institut[...]

Pourquoi la Tunisie est une et indivisible

Aïssa Baccouche est sociologue et urbaniste.[...]

Tunisie : Loukil autorisé à coter sa branche automobile

La Bourse de Tunis a donné son accord de principe pour la cotation de UADH (Universal automobile distributors holding), la branche automobile du groupe tunisien Loukil. L'opération, prévue pour la seconde[...]

Tunisie : tapis rouge pour la démocratie

La visite de Béji Caïd Essebsi à Paris a été marquée par des honneurs exceptionnels. Les deux pays peuvent maintenant envisager une nouvelle amitié. En attendant que les[...]

Tunisie : l'Algérien Belmokhtar derrière l'attentat du Bardo ?

Le terroriste algérien Mokhtar Belmokhtar serait impliqué dans l'attentat du musée du Bardo, le 18 mars à Tunis.[...]

Tunisie : en attendant les hélicoptères Black Hawk

Plusieurs hélicoptères vont être mis à disposition de l'armée tunisienne par les Émirats arabes unis, en attendant la livraison de douze appareils Black Hawk commandés aux[...]

Tunisie : l'école, premier rempart contre l'obscurantisme

Pourquoi tant de jeunes éduqués, comme l'un des tueurs du Musée du Bardo, partent combattre en Syrie ? Une partie de la réponse se trouve peut-être dans la faillite du système[...]

Racisme en Tunisie : Saadia Mosbah, l'indignée

De retour d'une tournée dans le Sud, l'égérie tunisienne de la lutte contre le racisme appelle à un débat national, mais peine à se faire entendre.[...]

Tunisie : le festival "Jazz à Carthage", la culture à cor et à cri

Initialement prévue pour le 8 avril, le festival de musique tunisien "Jazz à Carthage" débutera finalement le 10 avril. En cause, l’annulation de plusieurs artistes américains, qui[...]

Tunisie : haro sur les médias français

Tropisme pro-islamiste, racolage, sensationnalisme... Les griefs du camp moderniste contre les journalistes de l'Hexagone sont symptomatiques.[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers