Le Premier ministre tunisien de transition n’entend pas rester au pouvoir après les prochaines élections. Il a par ailleurs salué le « virage à 180° » emprunté par le pays depuis la révolution.
Pour apaiser les esprits, le Premier ministre tunisien Mohamed Ghannouchi a promis qu’il ne se maintiendrait pas aux commandes du gouvernement lorsque la période de transition arriverait à son terme. À 70 ans, il a affirmé qu’il quitterait la vie politique après l’organisation d’élections « démocratiques et transparentes » en Tunisie, dans une interview télévisée diffusée vendredi 21 janvier.
« Et même si on me propose d'être candidat, après la période de transition, je prends ma retraite. Nous avons assez d'hommes capables et compétents » pour diriger le pays, a-t-il ajouté. « Mes responsabilités sont provisoires », a insisté Mohamed Ghannouchi, qui avait pris les rênes du pays après la fuite de Zine el-Abidine Ben Ali avant d'être ensuite reconduit dans ses fonctions de Premier ministre dans le nouveau gouvernement de transition.
Réformes législatives
Selon lui, son rôle est de remettre le pays sur les rails de la démocratie et d’engager des réformes sécuritaires et économiques. Il a annoncé que « toutes les lois antidémocratiques seraient abrogées pendant la transition ». Il faisait allusion à la loi électorale qui bannit certains partis politiques, la loi antiterroriste qui a servi de prétexte pour emprisonner des centaines de jeunes soupçonnés de menacer la sécurité du pays au motif qu'ils consultaient des sites islamistes, et le code de la presse qui permettait de contrôler très étroitement les médias.
Il a promis aux Tunisiens de ne pas modifier le statut de la femme, de préserver la gratuité de l’enseignement et l’accès à la santé, des acquis sociaux jugés « irréversibles ».
Des élections « le plus tôt possible »
Le Premier ministre de transition est en revanche resté flou sur la date des élections. Selon la Constitution tunisienne, elles doivent avoir lieu dans un délai maximum de deux mois après la chute du régime, mais son gouvernement a d’ores et déjà annoncé qu'il allongerait ce délai jusqu'à six mois.
« Je ne peux pas répondre sur la date. Le plus tôt sera le mieux, mais nous n'avons pas le droit de ne pas réussir des élections transparentes, c'est le défi. Nous devons montrer au monde que nous sommes un pays civilisé » a-t-il dit.
Mohamed Ghannouchi a assuré que les « familles des martyrs » du soulèvement « seraient indemnisées », « parce qu'elles ont consenti des sacrifices qui nous ont permis de faire un virage à 180 degrés ».
« J’avais peur »
Le Premier ministre est revenu sur la « période Ben Ali », avouant avec émotion : « j’avais peur, comme tous les Tunisiens ». Selon lui, ses valises étaient alors toujours prêtes, dans l’éventualité d’un départ du pays. Il a qualifié son rôle d’alors de simple « coordinateur des ministères concernés par les affaires sociales » qui se bornait « à attirer les investisseurs et veiller à l'équilibre budgétaire ».
Pendant les conseils des ministres qu'il présidait à son Palais de Carthage, près de Tunis, « Ben Ali parlait tout le temps, il parlait à lui-même, se convainquait lui-même, et nous partions sans avoir discuté. J'ai été tenté à plusieurs reprises de laisser tomber, mais je subissais la pression de plusieurs personnes qui me demandaient de ne pas renoncer », a-t-il encore assuré.
Il a aussi indiqué que les avoirs de la famille Ben Ali et ceux du clan Trabelsi (la famille de Leïla, l’épouse du président déchu), qui ont été gelés dans plusieurs pays depuis la chute du régime, seraient « restitués au peuple de Tunisie » dès que la justice se sera prononcée sur les responsabilités.

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