L’émissaire de l’Union africaine, Raila Odinga, arrivé dans la capitale économique ivoirienne lundi, tente à nouveau d’organiser une rencontre directe entre le président sortant Laurent Gbagbo et le président élu Alassane Ouattara. Dans le camp de ce dernier, on s’interroge sur l’utilité d’un tel évènement.
Une belle photo, avec Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara réunis à ses côtés. C’est l’objectif que l’émissaire de l’Union africaine (UA), le Premier ministre kényan Raila Odinga, semble s’être donné.
Lors de sa seconde visite à Abidjan, depuis le début de la crise ivoirienne, qui a débuté lundi, il s’est employé à organiser une telle rencontre - avant son départ prévu mardi soir de préférence. Pendant une heure et trente minutes, sur les deux heures de discussion qu’il a eu avec le président sortant Laurent Gbagbo, il a cherché à obtenir la levée du blocus de l’hôtel du Golf, où Alassane Ouattara et son gouvernement sont réfugiés depuis début décembre.
Forces nouvelles "lourdement armées"
Le camp Ouattara en avait fait un préalable à toute rencontre, lors de la précédente médiation de l’UA. Selon des proches de Raila Odinga et de Laurent Gbagbo, le président sortant a exposé ses craintes en cas de levée du blocus. Des éléments « lourdement armés » des Forces nouvelles, sont réfugiés à l’hôtel du Golf et sa résidence n’est située qu’à un jet de pierre de là, a-t-il fait valoir.
Mais le président sortant n’a pour autant pas rejeté cette possibilité. Il a par ailleurs fait savoir qu’il acceptait de discuter « sans conditions » avec son rival, étant entendu qu’il ne renoncerait pas à son statut de président. À la demande du médiateur, il a accepté de constituer « une équipe d’appui » à la discussion.
Ouattara pas impressionné
À Alassane Ouattara, Raila Odinga a indiqué que Laurent Gbagbo était prêt à lever le blocus de l’hôtel du Golf. Une ouverture qui n’a pas impressionné, estimant que le rétablissement de la liberté de circulation était la « normalité ».
Mais c’est sur l’opportunité d’une rencontre, qu’Alassane Ouattara s’est montré le plus réservé. Gbagbo doit démontrer l’utilité de telles discussions, estime-t-on dans le camp Ouattara. Pour ce faire il a exigé qu’un document écrit exposant l’intérêt de telles discussions, ainsi qu’un ordre du jour détaillé des discussions soit rédigé par le camp Gbagbo.
Pour Alassane Ouattara, il est clair qu’aucune rencontre ne sera possible si cet ordre du jour n’inclut pas la reconnaissance, par Laurent Gbagbo, de sa défaite à l'élection présidentielle. Mardi, en fin de matinée, Raila Odinga attendait toujours que ce document lui parvienne. Mais les parties sont de plus en plus sceptiques sur l’intérêt de sa mission.
L’annonce intempestive d’une rencontre entre les deux leaders, après sa précédente visite, avait profondément irrité le camp Ouattara, et entamé sa crédibilité. Raila Odinga serait-il plus préoccupé par sa propre image de conciliateur que par la résolution de cette crise ? C’est la question qu’on se pose de plus en plus à Abidjan.

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