13/01/2011 à 10h:20 Par AFP
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Vue aérienne d'Alger, au petit matin. Vue aérienne d'Alger, au petit matin. © AFP

Il est en apparence un quartier déshérité d'Alger nommé Semmar, qui brasse en réalité des milliards de dinars. Depuis les années 1990, le commerce d'import-export y est florissant. Problème : il échappe totalement au fisc et les autorités ont bien du mal à le faire rentrer dans le giron de la légalité. Reportage.

Rues boueuses et défoncées, éclairage inexistant, et constructions grossières, Semmar, à l'est d'Alger, a l'apparence pauvre d'un quartier déshérité. Mais cette banlieue sombre est le royaume des grossistes alimentaires qui brassent des milliards de dinars et ont été mis en cause dans la flambée des prix qui a provoqué cinq jours d'émeutes meurtrières.

L'activité qui s'y déploie échappe au contrôle de l'État, et au fisc qui a tenté d'imposer l'usage des chèques pour les transactions les plus importantes : une mesure que beaucoup considèrent comme la cause des troubles récents. La méfiance règne à Semmar et, mardi, un journaliste de l'AFP a été invité par un employé d'un commerce de gros à ranger stylo et calepin. « Si on vous confond avec un contrôleur du fisc vous risquez d'être agressé », a assuré le jeune homme. « Faites attention en repartant », a-t-il conseillé.

Attentats quotidiens

Les grossistes s'y sont installés à la fin des années 1990, aprés une période où cette zone islamiste était secouée par des attentats quotidiens. L'État, étranglé par sa dette, avait alors décidé de lever son monopole sur le commerce extérieur, poussé par les institutions financières internationales. Les sociétés « d'import-import » se sont multipliées, concentrant leurs activités sur l'imporation de produits et de biens de tous genres, dans un pays dont l'essentiel des exportations est représenté par le pétrole et le gaz.

À Semmar, les dépôts se résument à des locaux aux plafonds hauts, aux murs nus et au sol en béton. Derrière de lourdes portes métalliques s'entassent des marchandises importées de tous les continents. A l'extérieur, attendent des camions venus des quatre coins d'Algérie. En face des entrepôts s'élève un haut mur gris, le long d'une voie ferrée. Il cache un bidonville, avec ses baraques en parpaings et en tôles dont les toits sont lestés de pierres et de pneus pour résister aux bourrasques de vent. Dans les tas d'ordures, des moutons cherchent une maigre pitance.

Un commerçant se souvient comment, toujours à la fin des années 1990, la municipalité de Semmar a attribué gratuitement des lôts à bâtir à des habitants que la misère risquait de pousser « dans les bras des groupes armés ». Et comment se sont alors noués les destins de plusieurs communautés. Les importateurs ont offert aux habitants démunis de construire des dépôts de marchandises dont ils deviendraient les locataires. Rapidement, le lieu est devenu le temple d'une économie parallèle « où les milliards en liquide circulent tous les jours, loin des circuits officiels et du fisc », explique le même commerçant.

Généralisation du chèque

Longue barbe, silhouette fine, sweet marron sur gandoura grise, l'homme se tenait discrètement à l'écart de son local. Et il avoue ne s'en approcher que lorsqu'il est assuré de la qualité du visiteur, dans cette zone islamiste où les agents de l'État ne sont pas les bienvenus. « Lorsqu'on devine la visite d'un contrôleur du fisc, on se passe rapidement le mot grâce à des guetteurs et on ferme », confesse un autre commerçant.

« Si l'agent de l'État parvient quand même à rentrer dans un local, il va se retrouver face à un employé qui va jouer l'idiot et qui, de toute façon, n'a aucun document à lui présenter », ajoute-t-il. Pour juguler cette économie parallèle et arrêter l'évasion fiscale, le gouvernement a décidé de généraliser l'utilisation du chèque, rare en Algérie, pour les paiements supérieurs à 500 000 dinars (5 000 euros) dès fin mars.

Les grossistes ont anticipé les sommes à verser au fisc et ont augmenté les prix, déclenchant la colère des consommateurs. Le gouvernement a décidé d'attendre. « La loi dit que les paiements supérieurs à 500 000 dinars doivent être réglés par chèque mais elle ne fixe pas de date », a expliqué dimanche à l'AFP le ministre de l'Intérieur Dahou Ould Kablia. « Ce que la voie réglementaire a fait elle peut le défaire et elle peut le corriger. »

Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Algérie

Maroc : de blocages en échecs, le conflit du Sahara occidental semble s'enliser

Maroc : de blocages en échecs, le conflit du Sahara occidental semble s'enliser

De blocages en échecs, le conflit du Sahara occidental, parmi un des plus anciens au monde, semble s'enliser dans les sables du désert après la décision du Maroc de retirer sa confiance à l'&ea[...]

Algérie : l'installation de la nouvelle Assemblée perturbée par les islamistes

L'installation de la nouvelle assemblée nationale élue le 10 mai en Algérie a été perturbée par des députés islamistes de l'Alliance de l'Algérie Verte (AVV) qui ont[...]

France - Algérie : et si on parlait (enfin) du futur ?

Tarik Ghezali est ingénieur de formation, auteur d'"Un rêve algérien" et de "Chronique d’un changement attendu" (mai 2012, éditions de l’Aube).[...]

Législatives algériennes : le FLN perd 13 sièges après examen des recours

Après examen des recours à la suite des législatives du 10 mai, le Conseil constitutionnel algérien a annoncé le nombre définitif des sièges des partis à[...]

Droits de l'homme en Afrique : progrès incertains au Nord, attentes pour le Sud

Amnesty International a rendu public, jeudi 24 mai, son rapport annuel sur l’état des droits de l’homme dans le monde. En ce qui concerne le continent africain, l’année 2011 a été[...]

Musique : Warda Al-Jazaïriya, la rose algérienne

Décédée au Caire à l'âge de 71 ans, la diva de la chanson arabe Warda Al-Jazaïriya a mené une vie marquée par l'exil. Portrait.[...]

Algérie Telecom : Azouaou Mehmel, du fil à détordre pour changer les mentalités

Le nouveau patron d'Algérie Télécom, Azouaou Mehmel, veut changer les mentalités au sein du groupe public algérien. Comme les sept PDG qui l'ont précédé en deux ans ?[...]

Algérie : une quinzaine de partis boycottent les travaux de l'Assemblée

Plusieurs partis politiques algériens se sont constitués, lundi 21 mai, en "Front politique pour la démocratie". Les factions politiques ont annoncé qu'elles rejettaient les résultat[...]

Festival de Cannes : Rachid Djaïdini présente "Rengaine" à la "Quinzaine des réalisateurs"

"Rengaine", premier long métrage du Français Rachid Djaïdani, est présenté lundi 21 mai à la "Quinzaine des réalisateurs" du Festival de Cannes. Il aura fallu neuf[...]

France-Afrique : Hollande et nous

Le nouveau président français François Hollande connaît très mal le continent. Va-t-il y mener une autre politique que son prédécesseur ? Pas fondamentalement. Un changement de style[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers