Extension Factory Builder
12/01/2011 à 18:30
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Mokhtar Belmokhtar n'hésite pas à prendre part dans tous les trafics mafieux. Mokhtar Belmokhtar n'hésite pas à prendre part dans tous les trafics mafieux. © D.R.

Le terroriste algérien Mokhtar Belmokhtar, l'un des principaux émirs d'Aqmi, n'a pas revendiqué l'enlèvement de deux jeunes Français morts dans l'opération destinée à les délivrer. Mais selon des sources malienne et nigérienne, c'est bien lui le commanditaire du rapt. Itinéraire d'un cadre historique du djihad international.

Sans revendication, il est difficile de déterminer avec certitude qui est responsable du rapt, vendredi dernier à Niamey, de deux jeunes Français retrouvés morts par la suite, après une opération franco-nigérienne visant à les libérer. Sans doute le responsable - vraisemblablement membre d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) - attend-il le meilleur moment pour communiquer... Mais son nom semble déjà connu par les services de renseignement de la région.

« C'est Mokhtar Belmokhtar qui a commandité les enlèvements des otages. C'est lui. Ses gens nous ont dit que c'est bien lui. Il n'y a aucun doute sur ça », a affirmé un médiateur malien actuellement basé dans le nord du Mali, qui avait auparavant négocié avec le même djihadiste des libérations d'otages européens. « Oui, c'est Belmokhtar l'auteur de l'enlèvement des otages. Parmi les ravisseurs, il y avait directement ses hommes », a confirmé une source nigérienne.

Paris désavoué par Niamey

Pour avoir la confirmation de la responsabilité de Belmokhtar, il faudra attendre le résultat de l'enquête. Mais celle-ci a démarré dans la confusion. Selon Alain Juppé, le ministre français de la Défense, deux ravisseurs arrêtés pendant l'intervention militaire seraient interrogés par les autorités nigériennes à Niamey. Une information cependant démentie par Ousmane Cissé, le ministre nigérien de l'Intérieur, sur RFI ce mercredi.

« Il n'existe pas de terroristes actuellement auditionnés par nos services, je suis très affirmatif, a-t-il déclaré. [...] Je n'ai nullement l'intention d'entretenir une quelconque polémique. [...] Nous n'avons pas encore reçu des autorités françaises des terroristes vivants. [...] Si les autorités françaises ont l'intention de nous remettre d'éventuels terroristes vivants, nos services compétents, antiterroristes, sont prêts à les recevoir. »

Les terroristes arrêtés sont-ils interrogés et détenus dans des conditions extra-judiciaire ? Si c'est le cas, Mokhtar Belmokhtar se fera une joie d'exploiter cette situation – et cet apparent problème de communication entre Paris et Niamey. Surnommé « l'insaisissable » par un ancien chef des services français de renseignement, l'islamiste algérien règne en maître sur les routes clandestines du grand sud saharien. Et même du fond de la brousse, il s'intéresse de près à internet et surveille l'actualité pour pouvoir mieux communiquer.

Fasciné par les moudjahidines afghans

Né en juin 1972 à Ghardaia, à 600 km au sud d'Alger, Belmokhtar a mis à profit sa connaissance du désert et de solides alliances tribales et familiales avec des groupes locaux pour sillonner à sa guise la « zone grise », très difficile à contrôler, aux confins du sud Algérien, du Tchad, du Mali du Niger et de Mauritanie. Dans une de ses rares interviews, diffusée en novembre 2007 par un forum djihadiste, il affirme avoir très jeune été captivé par les exploits des moudjahidines afghans, en lutte contre l'armée soviétique. Il les rejoint en 1991, à peine âgé de 19 ans, et s'entraîne dans les camps afghans de ce qui allait plus tard devenir Al-Qaïda, rencontrant des hommes qui deviendraient des responsables de la nébuleuse islamiste.

Il affirme avoir combattu les soldats russes et perdu un œil au combat à cause d'un éclat d'obus, ce que personne ne peut vraiment vérifier. On le surnomme alors « Laouar » (le borgne). Il rentre en Algérie en 1993, un an après l'annulation par le régime des élections remportées par le Front islamique du salut (FIS). Son expérience afghane lui permet de devenir très vite l'un des chefs militaires du Groupe islamiste armé (GIA), dans sa région natale.

En 1998, il rejoint le Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), né d'une scission du GIA, le plus sanguinaire des groupes armés algériens. « C'est un historique du djihad algérien », explique Louis Caprioli, ancien sous-directeur à la DST, chargé de 1998 à 2004 de la lutte antiterroriste.

« Il connaissait très bien le Sud. À partir de la fin des années 1990, le Sahel a pris une importance primordiale, car c'est devenu la seule source de fourniture d'armes et de matériel pour les maquis afghans, parce que les routes à partir de l'Europe ont été coupées », explique Caprioli.

Activités mafieuses

Pour financer ces achats d'armes et d'équipements, Belmokhtar se lance à grande échelle dans la contrebande de cigarettes, de voitures volées, le racket des filières d'émigration clandestine ou de trafics de drogue. Il lie, selon plusieurs sources dans la région, de solides alliances familiales en épousant plusieurs femmes issues de plusieurs tribus touaregs du Niger ou du Nord Mali, grâce auxquelles il est constamment prévenu des mouvements des forces de l'ordre, dans des régions où rien n'échappe aux hommes du désert.

Ses troupes ne sont pas nombreuses, pas plus de 150 à 200 hommes divisés en petits groupes très mobiles. Équipés de 4x4 puissants, ils sont ravitaillés par les tribus locales ou par des réservoirs secrets enterrés dans le désert. À la suite de dissensions internes au sein du GSPC, et de sa transformation en Al-Qaïda au Magreb islamique (Aqmi), il est remplacé à la tête de la « 9e région » (le grand sud algérien) par Abdelhamid Abou Zeïd, Hamadou Abid de son vrai nom, nommé par l'émir de l'Aqmi Abdelmalek Droukdal.

« Il s'est replié sur le Nord Mali et se déplace en permanence entre les frontières pour éviter d'être repéré », explique Louis Caprioli. Il y a bénéficié pendant des années d'un droit d'asile officieux, à la suite de son intervention dans le dénouement heureux de l'enlèvement de touristes allemands et autrichiens. « On lui avait promis de le laisser tranquille à condition qu'il ne se livre pas à des actions hostiles sur notre sol », avait admis au Figaro, en mars 2007, le colonel El Hadj Gamou, chef de la 1e région militaire malienne. (Avec AFP)

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

0 réaction(s)

Réagir à cet article

Niger

Comment Boko Haram a infligé à l'armée nigérienne l'un de ses plus sanglants revers

Comment Boko Haram a infligé à l'armée nigérienne l'un de ses plus sanglants revers

Boko Haram a lancé samedi un assaut contre une position de l'armée nigérienne sur le lac Tchad. 46 soldats et 28 civils ont été tués, selon le dernier bilan officiel communiqué mard[...]

Boko Haram : des centaines de corps découverts à Damasak, au moins 50 soldats tués au Niger

Selon plusieurs témoins, des centaines de corps, découverts depuis jeudi dernier à Damasak, ont été enterrés ce week-end dans cette ville du nord-est du Nigeria. Il s'agirait de victimes[...]

Boko Haram : au moins cinquante soldats nigériens tués lors d'une attaque sur le lac Tchad

Samedi, une attaque du groupe islamiste Boko Haram sur le lac Tchad a fait au moins cinquante morts dans les rangs de l'armée nigérienne, selon des sources tchadienne et nigériennes.[...]

Annick Girardin, première ministre française en visite au Burkina depuis la chute de Compaoré

Annick Girardin, la secrétaire d’Etat française au Développement et à la Francophonie arrive ce samedi le 25 avril à Abidjan, première étape d’une tournée en[...]

Niger : le bilan de l'épidémie de méningite passe de 85 à 129 morts

L'épidémie de méningite progresse au Niger : 129 personnes sont mortes depuis janvier, selon le dernier bilan communiqué par le ministère de la Santé.[...]

Niger : 85 morts dans l'épidémie de méningite, les écoles fermées jusqu'à lundi à Niamey

Le Niger est frappé depuis janvier par une épidémie de méningite qui a fait 85 morts. Celle-ci a poussé les autorités à fermer les écoles de Niamey de mercredi à[...]

Sahel : l'armée française multiplie les opérations contre les jihadistes

Les militaires français déployés au Sahel dans le cadre de l’opération Barkhane multiplient ces dernières semaines les frappes contre des bases jihadistes entre le Niger et le Mali. [...]

Une épidémie de méningite a déjà fait 75 morts au Niger

À la date du 13 avril, 75 personnes étaient mortes des suites de méningite à méningocoques au Niger, une épidémie qui sévit depuis le mois de janvier. Plus de la[...]

Grève de trois jours à la mine Somaïr d'Areva au Niger

Les employés de la mine de la Somaïr, filiale du groupe français Areva au Niger, ont entamé une grève de trois jours pour protester contre le non versement de primes. [...]

Ces otages occidentaux que les forces spéciales étrangères n'ont pas réussi à libérer en Afrique

Avant ce week-end et la libération réussie de l'otage néerlandais Sjaak Rijke, détenu depuis plus de trois ans par Aqmi au Mali, plusieurs Occidentaux ont perdu la vie en Afrique lors[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers

Jeune Afrique Emploi

Toutes les annonces
Purging www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAWEB20110112101421 from 172.16.0.100 Purging jeuneafrique.com/Article/ARTJAWEB20110112101421 from 172.16.0.100