12/12/2010 à 12h:32 Par Rémi Carayol, envoyé spécial à Antananarivo
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Andry Rajoelina au sortir des bureaux de vote, après le référendum constitutionnel. Andry Rajoelina au sortir des bureaux de vote, après le référendum constitutionnel. © AFP

Le président de la Haute Autorité de la transition était omniprésent samedi 11 décembre à Antananarivo. Après avoir promulgué la nouvelle Constitution, il a inauguré l'hôtel de ville, dans une capitale en fête.

Qui a dit que Madagascar était en crise ? En programmant une série de festivités, samedi 11 décembre, dans la capitale Antananarivo, mais aussi en province, les autorités de la transition avaient bien l'intention de faire oublier aux Malgaches les difficultés de ces derniers mois, et surtout d'envoyer un message fort en direction de l'étranger. « Voyez les rues. Tout est calme. Ce n'est pas la Côte d'Ivoire ici. Nous ne sommes pas en proie à une guerre civile comme on peut le lire sur certains sites Internet », se réjouissait un ministre, dans la matinée. « Cette journée marque la fin de la transition et le début d'une nouvelle ère », assurait pour sa part un conseiller du président de la Haute autorité de la transition (HAT), Andry Rajoelina.

Ce dernier, omniprésent, était de toutes les cérémonies. En tout début de matinée, il a, de façon très solennelle, après une messe œcuménique dite au sein de l'imposant palais présidentiel de Iavoloha, déclaré ouverte la IVe République. Le « oui » à la nouvelle Constitution l'avait largement emporté lors du référendum du 17 novembre dernier, avec plus de 74% des suffrages et un taux de participation jugé satisfaisant (52,61%). L'opposition, qui évoque de nombreuses fraudes, n'a cependant pas reconnu ce scrutin. Pas plus que la communauté internationale, qui a regretté le manque d'« inclusivité » et de «consensus«.

Visiblement ému, Rajoelina, accompagné de sa femme Mialy, a signé l'acte de promulgation de la nouvelle Constitution devant un parterre de responsables politiques, militaires et religieux. En revanche, le corps diplomatique a boudé la cérémonie. Les États-Unis n'étaient pas représentés, et la France n'a mandaté que le deuxième conseiller de l'ambassadeur. Le Sénégal, l'Espagne et le Pakistan étaient quant à eux représentés.

« La victoire des Malgaches »

« Je remercie tous les Malgaches qui ont exercé leur devoir de citoyen, qu'ils aient voté "oui" ou "non" », a déclaré le président de la HAT. Cette nouvelle Constitution « tourne une page ». « C'est la victoire des Malgaches qui n'acceptent plus que des forces étrangères décident à leur place. C'est la victoire des Malgaches avides de progrès. »

Le nouveau texte, qualifié de « bâtard » par l'ancien Premier ministre de Rajoelina, Monja Roindefo, ne change pas grand chose par rapport au précédent, ont affirmé plusieurs juristes. Selon eux, il s'agit d'un « simple toilettage » qui ne remet en cause ni le régime présidentiel, ni la centralisation.

Le temps, pour Mialy Rajoelina, de changer de robe et de couleur (un mauve foncé contre un rouge vif), et le couple présidentiel s'est ensuite dirigé vers le Palais de la reine (le Rova), un monument de l'histoire malgache parti en fumée en 1995, désormais en cours de réfection. Ne mégotant pas sur les symboles, le président, vêtu d'une tenue traditionnelle inspirée de celles que portaient les rois, et la première dame, habillée en princesse, ont rejoint à pieds la place du 13-Mai. Une marche d'une vingtaine de minutes menée par des hommes déguisés en guerriers sur des airs de carnaval -, en compagnie du gratin de la bonne société de Tana et de milliers de Malgaches. « Je suis fier d'être là. C'est un grand jour pour nous. Cet hôtel de ville nous tient à cœur », a témoigné Sally, un commerçant de 34 ans.

En effet, ce 11 décembre, le président a fait coup double. Outre la promulgation de la IVe République, dont il peut revendiquer la paternité, il a également inauguré le nouvel hôtel de ville de la capitale, qui était lui aussi parti en fumée en 1972. Les régimes successifs avaient entrepris de le reconstruire, sans succès. Lorsqu'il était maire de Tana en 2008, Rajoelina s'était mis en tête de redonner aux Tananariviens «ce lieu symbolique » et « de fierté ». « Pari réussi », a commenté L'Express de Madagascar dans son édition du 11 décembre. Deux ans plus tard, Rajoelina peut s'enorgueillir d'avoir réussi « ce que personne n'avait fait en 36 ans », souligne le quotidien.

« On tourne la page »

Répétant à plusieurs reprises que la conjoncture de ces deux cérémonies « ne doit rien au hasard » (« c'est ici que vous avez réclamé une nouvelle République », a rappelé Rajoelina, en référence au mouvement populaire qui l'avait porté au pouvoir en mars 2009), le président a entonné son refrain préféré : lui agit, contrairement à ses prédécesseurs, parce qu'il « aime » son pays. Il en a profité pour rebaptiser la place de l'hôtel de ville, désormais celle « de l'Amitié ».

Dans l'après-midi, Rajoelina, qui a une nouvelle fois pris la parole (et toujours en compagnie de Mialy) sur la scène du stade de Mahamasina, a « offert » un concert aux Tananariviens. Des milliers de jeunes se sont massés dans le stade de l'équipe nationale de football, plein à craquer, pour écouter les stars nationales de la chanson. Plus tard, un feu d'artifice, à Tana ainsi que dans les capitales de toutes les provinces, a clôt cette journée qualifiée d'« historique » par les proches de Rajoelina. « Aujourd'hui, on tourne la page. Le train est en marche et ne s'arrêtera plus », s'est réjoui un de ses conseillers.

La HAT compte sur la promulgation de la nouvelle Constitution - et les images de bain de foule pris par Rajoelina - pour mettre un terme aux pressions étrangères afin d'inclure les mouvances des trois anciens présidents (Ravalomanana, Ratsiraka et Zafy) dans le processus de sortie de crise. « Cela ne changera pas grand chose », a cependant fait remarquer un diplomate européen.

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