En attendant la sortie officielle de son sixième album "Da", le chanteur togolais King Mensah se démène pour les préparatifs d’un grand concert qui va signer son retour le 26 décembre prochain. Retranché dans une grande maison à la périphérie nord de Lomé pour ses répétitions, l’artiste a accepté pour jeuneafrique.com de revenir sur l’actualité de son pays. Il évoque également ses peines, ses joies…et ses espoirs.
Jeuneafrique.com : Enfin votre sixième album. En quoi est-il différent des autres ?
King Mensah : Mon nouvel album est un opus pour chacun des membres de ma fratrie de six que j’ai baptisé Da (mère, en langue mina). Je l’ai dédié aux femmes. Je parle de ma mère. Et parlant d’elle, je chante la mère Afrique. D’habitude, on dit que “derrière un grand homme se cache une femme”. Je crois qu’il est temps que cette femme prenne le devant de la scène. Les femmes peuvent changer beaucoup de choses dans la vie d’un pays. On ne leur a pas donné la place qu’il faut dans notre société.
Il n’y a que des hommes à tous les postes de responsabilité. Je dis souvent aux femmes que les hommes ne vont pas vous céder la place. Elles doivent aussi se battre. Le souhait de bon nombre de gens était de voir un Noir à la tête des États-Unis. Aujourd’hui, c’est fait. Avant de quitter cette terre, j’aimerais voir une femme diriger ce monde.
Quel regard portez-vous sur la situation politique du Togo ?
Le problème togolais est très simple. On fait croire aux Togolais que les gens du Sud n’aiment pas ceux du Nord et vice versa. C’est du n’importe quoi. Je viens du Sud, mais quand je fais des concerts au Nord, il y a du monde à chaque fois. Ils ne pensent pas que je viens du Sud. Quand il y a un match de football, tu vois tous les Togolais ensemble. La seule chose qui nous sépare, c’est quand il y a une élection présidentielle. C’est là où le politicien fait croire que nous ne nous aimons pas. C’est absurde !
Qu’avez-vous à dire à la jeunesse ?
Les jeunes ont leurs diplômes mais ils ne trouvent rien à faire. D’autres errent dans les rues, cambriolent ou volent. Ils sont sur les taxi-motos. Les gens font des enfants mais n’arrivent pas à les entretenir. Quand vous voyez aujourd’hui les jeunes gens brûler les pneus, marcher tous les week-ends, ce n’est pas parce qu’ils sont derrière Jean-Pierre Fabre ou Gilchrist Olympio. C’est faux. La preuve, c’est que le parti de Gilchrist est désormais au gouvernement, mais les gens sont encore dans les rues.
Pourquoi ? Parce que les populations restent misérables. La misère est le principal problème des Togolais. Si le gouvernement arrive à créer des emplois, si chacun pouvait se soigner, manger à sa faim, les pleurs et les colères se dissiperaient. Mais j’ai l’impression que nos dirigeants sont un peu myopes. Moi, je ne peux que passer un message d’espoir à cette jeunesse sacrifiée.
Quel bilan faites-vous du cinquantenaire des indépendances, notamment en ce qui concerne le Togo ?
Mon père est décédé il y a 25 ans, mais si on le réveille aujourd'hui, il pourra rentrer à la maison sans avoir à demander son chemin à personne. Il n'y a pas eu de grands changements ! Qu'est-ce qu'on entend par indépendance ? C'est être libre. C’est d’arriver à se prendre en charge soi-même. Les enfants sont à la maison parce que les parents n’ont pas les moyens de les envoyer à l’école. Et on va commencer à fêter, en se disant qu’on est indépendants ? C’est aberrant. Nous devons faire un bilan et en tirer les conséquences plutôt que de jubiler et de faire une fête qui n’a pas de raison d’être.
Quels sont vos espoirs de voir le pays décoller ?
Je crains de refaire le même bilan les prochaines années. Prenons juste un exemple. Mon dernier album n’est pas officiellement sorti. Mais certains l’ont déjà piraté. C'est la preuve qu'il y a un problème ! Il faut qu’il y ait une volonté politique afin que le changement tant souhaité dans ce pays puisse voir le jour.

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