31/08/2010 à 19h:58 Par Lauranne Provenzano
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Fadela Amara fait entendre une voix dissonnante au sein du gouvernement. Fadela Amara fait entendre une voix dissonnante au sein du gouvernement. © AFP

La « grande gueule » de l’ouverture sarkoziste fustige la position de Brice Hortefeux et, au-delà, la direction empruntée par le gouvernement sur les expulsions de Roms, la déchéance de la nationalité française et la stigmatisation des étrangers.

En plein débat sur des sujets concernant l’immigration et les droits des étrangers en France, Fadela Amara « l'insoumise » fait entendre une voix discordante. La secrétaire d'État chargée de la Politique de la ville s’en prend directement aux propositions et déclarations des membres du gouvernement et de la majorité, dénonçant les attaques récurrentes contre les étrangers.  Sa cible principale : Brice Hortefeux, le ministre de l’Intérieur. Ou plutôt le virage sécuritaire qu’il a engagé aux côtés de Nicolas Sarkozy.

Mardi 31 août, elle s’est ainsi ouvertement démarquée de la position du locataire de la place Beauvau sur la question de la déchéance de la nationalité. Alors que Brice Hortefeux préconise son élargissement à d’autres crimes que ceux admis jusque-là comme susceptibles d’entraîner la perte de la nationalité française - atteinte aux intérêts de la nation ou terrorisme -, elle a dénoncé dans une interview sur RTL une « surenchère » dangereuse. Le ministre de l’Intérieur voudrait pouvoir élargir la privation de la nationalité aux cas d'excision, de traite d'êtres humains ou d'« actes de délinquance grave », prenant pour exemple l’affaire Lies Hebbadj. Tandis que Nicolas Sarkozy avait lui évoqué l’atteinte à la vie de policiers, de gendarmes ou de tout dépositaire de l’autorité publique.

« L’insécurité n’a pas de couleur »

L’ancienne présidente de Ni putes ni soumises s’est aussi déclarée « contre les expulsions de Roms » qui font grand bruit depuis plusieurs semaines. Brice Hortefeux avait la veille stigmatisé cette population en révélant qu’ « un vol sur cinq à Paris est commis par un roumain ». En 2009 déjà, alors que Brice Hortefeux passait, à la faveur d’un remaniement ministériel, du département de l’Immigration à celui du Travail devenant ainsi son ministre de tutelle, elle avait rappelé qu’elle ne partageait pas sa position sur les expulsions massives.

Aujourd’hui, et contrairement au porte-parole de l’UMP Frédéric Lefebvre, pour qui « chacun sait qu'il y a des liens entre immigration et délinquance », Fadela Amara prend position pour une politique, certes ferme, mais non discriminatoire en matière de sécurité. Ainsi, précise-t-elle : « L'insécurité n'a pas de couleur de peau. […] Nos parents n'ont pas immigré pour que leurs enfants basculent dans la délinquance. »

Garder intacte sa détermination

En 2007, Fadela Amara - comme Rama Yade ou Rachida Dati – symbolisait doublement la « rupture » voulue par Nicolas Sarkozy, d’abord comme  personnalité politique classée à gauche, mais aussi comme une femme « issue de la diversité ». Trois ans après, on peut dire qu’elle est restée cette indomptable qu’elle a incarnée du temps où elle dirigeait les militantes de Ni putes ni soumises dans les manifestations. « Nous sommes en démocratie, nous pouvons avoir des désaccords », réclame-t-elle. Tout comme Bernard Kouchner et Hervé Morin, tous deux réservés quant aux récents choix sécuritaires de la majorité.

Elle refuse toutefois de parler de désaveu, affirmant que ses divergences d’opinion ne l’empêcheront pas de mener à bien sa mission : « Je ne suis pas quelqu'un qui jette l'éponge. Je reste et je continuerai ».

Pourtant, à quelques semaines d’un remaniement du gouvernement qui pourrait stopper son programme « Espoir banlieues », Fadela Amara semble vouloir se retrouver en accord avec la « femme de gauche » qu’elle a toujours revendiqué être… N’hésitant pas à avouer : « Si je ne sens pas la même détermination intacte, je pense que je ne resterai pas. »

Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

International

Tennis : les Africains de Roland Garros

Tennis : les Africains de Roland Garros

Le tennis n’est assurément pas le sport le plus pratiqué d’Afrique. Les joueurs du continent sont donc peu nombreux à participer, à partir de dimanche 27 mai, à la grand messe du te[...]

France : François Hollande et la francophonie

«François Hollande a compris que l'Organisation internationale de la francophonie [OIF] était un cadre intéressant pour faire avancer la démocratie en Afrique, sans trop mettre la France en[...]

Cinéma - Yousry Nasrallah : "Je ne me suis jamais senti aussi libre"

Le cinéaste égyptien Yousry Nasrallah, en compétition pour la Palme d'or, est arrivé à Cannes sans ses affaires, mais avec un film éminemment politique sur la révolution, dont les[...]

Namibie : le génocide oublié

Au tout début du XXe siècle, en Namibie, les colons allemands entreprirent d'exterminer systématiquement les peuples herero et nama. Dans un documentaire poignant, la réalisatrice Anne Poiret[...]

Syrie : petits arrangements entre parias

Comment l'Iran aide-t-il la Syrie à exporter son pétrole, en dépit des sanctions internationales ciblant les deux pays ?[...]

France : Hollande et les Arabes

Gilles Kepel est politologue français, spécialiste de l'islam et du monde arabe[...]

Festival de Cannes : Dieudonné, "L'Antisémite" indésirable

Dieudonné n’aura pas les primeurs du festival de Cannes. Le marché du film du Festival de Cannes a obtenu, jeudi 24 mai, l’annulation de la projection de son premier long-métrage, intitulé[...]

France-Afrique : la révolution tunisienne a laissé des traces

Zyed Krichen est le directeur de la rédaction du quotidien tunisien "Le Maghreb".[...]

État-Unis - Sénégal : les éloges de Carson à... Wade

Barack Obama avait promis en 2008 de soutenir la démocratie partout en Afrique. Abdoulaye Wade ayant accepté le verdict des urnes, Johnnie Carson chargé des affaires africaines au côté d'Hillary[...]

France - Maroc : le roi Mohammed VI reçu à l'Élysée par François Hollande

En visite privée en France, le souverain marocain Mohammed VI a été reçu à l’Élysée, jeudi 24 mai, dans l’après-midi. Il est le premier chef d’État[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers