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24/08/2010 à 17:05
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Roque Pascual (g.) et Albert Vilalta, à l'aéroport de Barcelone le 24 août 2010. Roque Pascual (g.) et Albert Vilalta, à l'aéroport de Barcelone le 24 août 2010. © Reuters/Albert Gea

Les conditions de la libération des otages espagnols détenus par Aqmi, le 23 août, ont été vivement critiquées dans la presse algérienne.

Nul doute que le gouvernement algérien ne voit pas d’un bon œil les tractations qui ont abouti à la libération des deux otages espagnols Roque Pascual et Albert Vilalta, lundi 23 août, par le groupe salafiste de Mokhtar Belmokhtar. Mais si Alger n’a pas encore réagi dans cette affaire - sinon par un silence révélateur, y compris dans les journaux officiels -, la presse privée algérienne, elle, ne s’en est pas privé.

Car c’est un secret de polichinelle : le gouvernement espagnol a vraisemblablement payé pour obtenir la libération de ses ressortissants, même s’il ne le reconnaît pas - et on comprend aisément les raisons de cette posture. Le Burkina Faso, sous l’égide duquel une bonne partie des négociations ont eu lieu, a lui aussi nié tout versement de rançon. Reste que certains intermédiaires sont loquaces - même si leurs déclarations sont sujettes à caution. Ce qui n’a pas retenu les quotidiens algériens.

« Seule l’Algérie n’y trouve pas son compte »

Le Temps affirme sans ambages que « Madrid a payé la rançon ». « Les gouvernements du Mali et de Mauritanie ont libéré, une fois encore, un terroriste d'Aqmi en contrepartie de la libération d'otages occidentaux », fustige le journal. Le quotidien fait référence à la remise en liberté de l’un des auteurs de l'enlèvement des deux Espagnols, Omar Sid'Ahmed Ould Hamma, dit « Omar le Sahraoui », qui avait pourtant été condamné à 12 ans de prison.

« Dans ce marché, seule l'Algérie n'y trouve pas son compte », estime encore Le Temps, car l'argent de la rançon « servira à l'achat d'armement pour les foyers d'Aqmi dans le nord du pays », notamment en Kabylie, qui mènent régulièrement des attaques meurtrières contre les forces de sécurité.

Pour la presse algérienne, c’est la coopération régionale de lutte contre le terrorisme dans le Sahel qui est remise en cause. « Quel sera l'avenir du comité d'état-major opérationnel conjoint entre l'Algérie, le Mali, le Niger et la Mauritanie installé à Tamanrasset [le 21 avril, dans le grand sud algérien, NDLR] » pour lutter contre Aqmi, se demande le quotidien Liberté. Des interrogations d’autant plus fondées que les relations entre ces quatre pays divergent très sensiblement, malgré une unité de façade.

Le précédent de la libération de Pierre Camatte

Le 16 mars à Alger, les quatre pays qui composent le comité avaient « condamné sans équivoque le paiement de rançons et la prise d'otages », selon le ministre algérien chargé des Affaires maghrébines et africaines, Abdelkader Messahel. Mais on se souvient que les relations entre l'Algérie et le Mali ont connu une période de froid en février après la libération par le Mali de quatre membres d'Aqmi en échange de la libération de l’otage français Pierre Camatte : Alger, mais aussi Nouakchott, avaient rappelé leur ambassadeur du Mali.

Pour Camatte, là encore officiellement, aucune rançon n’avait été versée. Ce qui paraît curieux quand on sait que les enlèvements constituent la première source de revenus d'Aqmi, comme l’a encore affirmé le spécialiste français du terrorisme, Louis Caprioli, sur RFI le 24 août. La raison ? La contrebande (de stupéfiants, entre autres) n’est pas recommandée par la charia, alors que les otages peuvent être considérés comme des prisonniers de guerre.

Et en ce qui concerne les otages espagnols, la rançon aurait pu être très élevée, comme l’affirment plusieurs sources. Selon le journal espagnol El Mundo, Madrid a payé un total estimé à 7 millions d'euros pour obtenir la libération de ses ressortissants. Alors que selon des médiateurs maliens, Aqmi a reçu « en tout 8 millions d'euros » de Madrid. « Oui, on peut dire que c'est le gouvernement espagnol qui a payé la somme. Même si ce n'est pas lui qui a tout payé, il va d'une manière ou d'une autre rembourser la dette aux pays, aux personnes qui ont engagé des frais dans l'affaire », a déclaré l’un d’eux à l’AFP.

 

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