05/08/2010 à 12h:09 Par Lauranne Provenzano
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Capture d'écran de l'atercation, mardi 10 août 2010. Capture d'écran de l'atercation, mardi 10 août 2010. © D.R.

Un militaire français colérique, un journaliste togolais pris à partie, une manifestation de l’opposition en toile de fond… les ingrédients étaient réunis pour faire « buzzer » cette vidéo sur internet.

Article mis à jour  vendredi 13 août à 14h52

Au cours d'une altercation mardi 10 août, un militaire français en poste au Togo s'en est pris sans raison apparente à un photoreporter togolais qui l'avait pris en photo. Il l'a menacé, abusant de sa position, et a demandé aux gendarmes de le mettre en prison. L'incident a rapidement pris de l'ampleur, notamment sur Internet où une vidéo de la scène a été postée.

Mardi 10 août, les militants de l’UFC pro-Jean-Pierre Fabre (le parti de l’opposition togolaise est scindé entre les partisans de celui-ci et ceux de Gilchrist Olympio) se rassemblent pour  une manifestation, dans le centre de Lomé. Les manifestants le savent, ils ne pourront pas rester longtemps car le gouvernement ne reconnaît pas cette faction de l’opposition. D’ailleurs, les forces de sécurité interviennent avant le début de l’événement, et Jean-Pierre Fabre lui-même est obligé de rebrousser chemin sans avoir pu s’adresser à ses affiliés. Ceux-ci commencent à se disperser lorsqu’un des journalistes venus couvrir le congrès aperçoit un militaire français à l’écart du groupe.

De la photo à la vidéo

Cette présence est inhabituelle puisque la manifestation est encadrée par les forces de sécurité nationales, il prend donc en photo le lieutenant-colonel Romuald Letondot. Celui-ci qui s’est présenté ensuite comme « le conseiller du chef d'état-major de l'armée de terre », le prend à partie. Il lui demande d’effacer immédiatement le cliché, expliquant qu’il ne veut pas être photographié sans son accord. Didier Ledoux, le journaliste qui travaille pour le quotidien indépendant togolais Liberté acquiesce d’abord calmement : « D’accord, j’ai compris, je vais le faire. » Puis il se défend en avançant être venu pour « couvrir l’événement ».  Le colonel français commence à perdre patience et le menace de « donner des coups sur l’appareil », tandis que la gendarmerie togolaise présente sur les lieux devient plus agressive avec le journaliste.

« Moi, on ne me prend pas en photo comme ça », s’énerve le militaire. Le ton monte et le journaliste finit par s’éloigner, suivi par les policiers togolais. « Tu le mets en taule s’il part, tu le mets en taule », intime le lieutenant-colonel aux gendarmes. Avant d’asséner : « Tu sais qui je suis ? Je suis le conseiller du chef d'état-major de l'armée de terre. Est-ce que tu veux que j’appelle le RCGP [Régiment des Commandos de la Garde Présidentielle, NDLR] pour foutre un peu d’ordre là-dedans ? Oui ou non ? »

Et lorsqu’il se rend compte qu’il est filmé depuis le début de la scène par le journaliste Noël Tadegnon, il lui demande d’éteindre sa caméra.

Désavoué par Paris

Les images ont été postées sur Facebook, puis largement relayées par Twitter depuis mardi. Un internaute sous le pseudo de « Togo Vi » a ensuite diffusé la vidéo sur YouTube, déclenchant l’ire de la presse française et togolaise.

L’ambassade de France a publié un communiqué dans lequel elle explique le contexte de l’altercation : « Le véhicule d'un officier français, membre de la mission de coopération militaire, qui se trouvait fortuitement aux abords d'un rassemblement, a fait aujourd'hui l'objet de jets de pierres. Après avoir signalé les faits au détachement de gendarmerie qui se trouvait à proximité, l'officier n'a pas souhaité qu'un photographe fasse une prise de vue. »

Le ministère français de la Défense s’est ensuite désolidarisé de l’attitude de son représentant, mettant en avant la nécessité du respect de la liberté de la presse.

Didier Ledoux porte plainte, le militaire est sanctionné

Le photoreporter, Didiezr Ledoux a décidé d'engager des poursuites judiciaires, malgré les excuses du coopérant français. Les deux hommes se sont rencontrés dans les locaux de l'ambassade de France à Lomé, jeudi 12 août. Mais Didier Ledoux estime que le militaire n'était « pas sincère » : dans une interview à Lexpress.fr, l'officier a en effet affirmé : « J’ai réagi comme quelqu’un d’agressé ». « Il faut comprendre que je n’avais pas d’alternative et que je me suis fait piéger. »

À la lecture de ces déclarations, le journaliste togolais a décidé de porter l'affaire devant la justice. « Cette affaire ne va pas s’arrêter là. Je remets en cause ses excuses et décide de porter plainte contre M. Letondot », a-t-il indiqué vendredi.

Dans la foulée, Romuald Letondot a été rappelé à Paris. « Une sanction disciplinaire de dix jours d'arrêts a été notifiée hier au lieutenant-colonel Romuald Letondot, pour atteinte au renom de l'armée française », a indiqué vendredi Christine Fages, la porte-parole adjointe du ministère des Affaires étrangères.
 

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