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05/08/2010 à 14:18
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Le témoignage de Naomi Campbell a finalement servi les intérêts de Charles Taylor. Le témoignage de Naomi Campbell a finalement servi les intérêts de Charles Taylor.

L’affaire du diamant offert à Naomi a-t-elle fait pschittt ? Convoquée contre son gré pour raconter comment elle aurait reçu un diamant brut de Charles Taylor en 1997 après un dîner chez Nelson Mandela, Naomi Campbell a sans doute plus servi la défense de l’ex-dictateur que l’accusation du procureur…

L’ancienne mannequin, quarante ans aujourd’hui, est entrée d’un pas souple dans la salle d’audience du Tribunal spécial pour la Sierra Leone (TSSL). Serrée dans un tailleur crème, un chignon simple noué dans la nuque, elle arborait un petit air de Jackie Kennedy. Avec, cependant, le calme et l’assurance en moins.

Tout au long des presque deux heures de son audition, c’est une femme passablement nerveuse qui a répondu aux questions des avocats et des juges. Dans son témoignage, Campbell a persisté à livrer une version peu exploitable par l’accusation : elle ne peut pas dire si les diamants reçus - « deux ou trois petites pierres qui avaient l’air sale » - provenaient de Charles Taylor. « Les deux hommes qui m’ont apporté une petite bourse ne m’ont jamais dit qui ils étaient, ni de qui venait ce cadeau », a-t-elle affirmé.

Naomi Campbell, les mains triturant un papier et faisant parfois répéter les questions qu’on lui posait, a défendu l’histoire d’une jeune femme « habituée aux beaux cadeaux », qui était « très fatiguée par le décalage horaire » la nuit où elle a été réveillée… Et qui, « treize ans plus tard », ne se souvient « pas très bien ». Une preuve de la distance qu'elle a mentionnée, à de nombreuses reprises, avoir gardé à l'égard des événements en question.

Suspicion de calomnie

Pourtant, son témoignage a soulevé des questions qui ont laissé la Cour perplexe. Où sont notamment passés les diamants qu’elle dit avoir donné à un représentant du Fonds Mandela pour l’enfance ? « À l’époque, je n’avais jamais entendu parler du Liberia ni du trafic de diamants, et je pensais qu’il serait bien que l’œuvre de charité dont j’étais ambassadrice bénéficie de ce cadeau. Je l’ai donc donné à Jeremie Ratcliffe. » Or, en 2009, celui-ci a affirmé à Campbell qu’il les avait gardés. Sera-t-il convoqué pour témoigner ?

L’avocat de Charles Taylor, Courtenay Griffiths, a alors soulevé une nouvelle théorie. Celle de la suspicion de calomnie. « Les témoignages de Carole White, l’ancien agent de Naomi Campbell, et de Mia Farrow l’actrice américaine, toutes deux présentes au petit déjeuner chez Mandela, concordent curieusement pour incriminer Mme Campbell. »

«  N’est-il pas curieux que quinze jours avant la déclaration de Mia Farrow auprès du tribunal, Carole White ait lancé une procédure judiciaire contre Naomi Campbell concernant la rupture de son contrat d’agent ? » Carole White qui, a rappelé l’avocat, avait la première confirmé l’épisode du cadeau de Taylor l’an dernier au public. Et, dans sa déclaration écrite, avait même évoqué « un flirt » entre Taylor et Campbell – ce que l’intéressée nie farouchement.

Carole White et Mia Farrow devraient comparaître lundi 9 août. Les deux femmes, ou au moins la première, auraient-elles intérêt à salir la réputation de l’ex-mannequin avec une sombre histoire de « diamants du sang », de manière à ce que Carol White prenne l’avantage dans son procès contre son ancienne patronne ?

La défense jubile

À la fin de l’audience, c’est donc la défense qui semblait avoir gagné. Même si la piste de la calomnie reste difficile à prouver, le témoignage de l’ex-mannequin n’a en tout cas pas permis de confirmer que Taylor avait des diamants bruts à vendre en échange d’armes, en ce mois de septembre 1997 en Afrique du Sud. Aucun progrès n’a donc été fait pour prouver « l’association de malfaiteurs » entre Charles Taylor, président du Liberia, et les rebelles sierra-leonais du Front révolutionnaire uni (RUF), qui figure parmi les principales accusations ayant conduit à la création du TSSL en 2002.

Du côté de l’accusation, l’ambiance était tellement morose que la présidente du bureau du procureur, Brenda Hollis, a finalement renié son propre témoin, en déclarant qu'il servait plus l'accusé comme en témoigne ce bref échange que nous relatons ici.

BRENDA HOLLIS (de l'accusation) : Madame Campbell, n'est-il pas vrai que votre témoignage aujourd'hui n'est pas complètement honnête à cause de votre peur de Charles Taylor ?

COURTENAY GRIFFITHS (de la défense) : Votre honneur, l'accusation essaie d'invalider (impeach) son propre témoin.

BRENDA HOLLIS : Nous ne pouvons plus considérer que ce témoin est un témoin de l'accusation. Elle n'a pas voulu établir de contact préalable avec nous, nous ne nous sommes pas concertés pour les préparatifs de sa venue ici.

LE JUGE : Alors de qui est-elle le témoin ?...

Après l’audience, l’avocat de Charles Taylor jubilait. « Le témoignage de Naomi Campbell leur a explosé spectaculairement au visage, c’était une diversion ! », rayonnait-il. Quant à son client, il paraissait aussi très détendu lorsque « la panthère » a quitté la salle. Tiré à quatre épingles dans un complet chic, fixant la barre derrière des lunettes dorées, il était pourtant bien nerveux quand la jeune femme est entrée dans la salle. Son jugement est attendu pour l’été 2011.
 

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