30/07/2010 à 09h:19 Par Jeune Afrique
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Des soldats de l'Amisom, sur une base près de l’océan, à Mogadiscio, le 24 novembre 2009. Des soldats de l'Amisom, sur une base près de l’océan, à Mogadiscio, le 24 novembre 2009. © AFP

Alors que les actions d'Aqmi font régulièrement les gros titres des journaux, la coopération militaire entre les États de la sous-région peine à produire ses effets. Décryptage.

Depuis fin 2007, le président malien Amadou Toumani Touré (ATT) plaide pour la tenue d'une conférence sous-régionale de haut niveau sur la sécurité dans l'espace sahélo-saharien entre au moins quatre des États concernés : la Maurtinanie, le Mali, le Niger et l'Algérie. Mais pour l'instant, cette volonté de coopération n'a pas abouti, sur le terrain, à des opérations connues de ratissage en commun.

Défiance réciproque

Ce retard peut s'expliquer en partie par des récents changements de régime dans deux des quatre pays : renversement de Sidi Mohamed Ould Cheick Abdallahi et arrivée de Mohamed Ould Abdelaziz à Nouakchott en août 2008, et coup d'État contre Mamadou Tandja, remplacé à Niamey par une junte en février 2010. Mais la principale raison du manque de coopération dans la lutte contre Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) réside surtout dans la défiance réciproque entre les pays concernés.

Alger affirme être favorable au renforcement de la coopération régionale avec ses voisins du sud, mais il leur reproche, surtout au Mali, une certaine complaisance à l'égard d'Aqmi. « Si nous nous interdisons d'admettre l'idée qu'il puisse y avoir une forme de complicité entre les gouvernements des États du Sahel et (...) Aqmi, nous pouvons par contre regretter la nonchalance qui caractérise la lutte antiterroriste dans cette contrée », écrivait récemment un éditorialiste du journal Al Watan (indépendant), exprimant une opinion largement répandue en Algérie.

A contrario, en Mauritanie, au Niger et au Mali, on soupçonne l'Algérie de vouloir monopoliser cette lutte. « Nous déplorons le fait que l'Algérie veuille faire cavalier seul pour régler un problème si épineux », affirme un responsable nigérien de la sécurité sous couvert d'anonymat. Le journaliste mauritanien Isselmou Ould Moustapha, spécialiste du jihadisme, souligne que les Algériens « ne sont pas parvenus en plus de 15 ans à se débarrasser des islamistes radicaux, il faut maintenant qu'ils comprennent qu'ils ont besoin de leurs voisins pour cela ». Enfin, l'animosité entre l'Algérie et le Maroc achève de faciliter la tâche aux émirs d'Aqmi dans la région - sans compter que l'absence de démocratie dans certains pays fournit des bataillons de jeunes recrues aux islamistes, mais c'est un autre problème...

Blocages sur le terrain

Conséquence : les djihadistes ont jusqu'à présent les coudées franches pour opérer dans les régions désertiques situées de part et d'autre des frontières entre les quatre pays. Et si Alger a créé en avril un poste de commandement (PC) régional à Tamanrasset (sud) pour coordonner les activités de son armée, associée à celles de Mauritanie, du Mali et du Niger, il est encore difficile de savoir précisément si toutes ces dernières y sont représentées et quelle est l'activité réelle de la nouvelle structure.

« La coordination est mise à mal par le manque de moyens, les pays tardent a faire fonctionner » ce PC, selon Mohamed Mahmoud Aboulmaaly, spécialiste mauritanien du terrorisme. Seuls quatre officiers de liaison désignés par Nouakchott sont en fonction depuis plus de deux mois, indique une source militaire mauritanienne, et le Niger y dispose « d'une force », affirme sans plus de précision une source sécuritaire à Niamey.

À cette situation déjà confuse, chaque pays ayant sa propre stratégie, s'ajoute une autre complication : la pression occidentale, les Français et surtout les Américains apportant une aide décisive en matière de formation et de renseignement sur l'activité d'Aqmi. Ainsi la Mauritanie, qui avec l'Algérie est le pays le plus visé par Aqmi, a lancé il y a une semaine contre la nébuleuse terroriste une offensive militaire au Mali, dont une opération conjointe avec des soldats français pour retrouver l'otage français, Michel Germaneau, qu'Aqmi a affirmé avoir exécuté le 24 juillet. Une action dont ATT n'avait apparemment été prévenu qu'au dernier moment. Manque de confiance envers une administration malienne aux accointances présumées avec certains groupes salafistes dans le trafic de drogue ? Crainte du veto de Bamako, qui ne jure que par la coopération de l'ensemble des États ? Ou les deux ?

Internationalisation problématique

Au ministère malien de la Défense, c'est en tout cas toujours le même son de cloche. Pour être efficace, « les armées nationales de tous les pays de la zone doivent former une seule armée, déterminer les objectifs, et aller sur le territoire de tous les pays, ensemble », indique-t-on clairement. Pour compléter cette approche, il est également nécessaire « d'impliquer aussi les populations locales et les notables », note M. Aboulmaaly, en particulier les Touaregs du Mali et du Niger, grands connaisseurs du terrain qu'ils sillonnent en permanence.

Bamako, dont les ressources sont faibles, redoute aussi la participation directe de puissances étrangères à la région qui pourrait affaiblir son autorité, alors même que certains religieux veulent créer un parti islamique au Mali, qui reste pourtant un État laïc. « Les pays occidentaux peuvent nous aider, mais ils ne doivent pas débarquer », affirme un responsable au ministère malien de la Défense. Qui ajoute : « La situation peut s'internationaliser très rapidement avec l'arrivée dans la sous-région de jihadistes venus d'un peu partout dans le monde. » Or c'est précisément le principal objectif d'Aqmi. (Avec AFP)

Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Maghreb & Moyen-Orient

Alaa Abdel Fattah et Mona Seif  : la révolution égyptienne en héritage

Alaa Abdel Fattah et Mona Seif : la révolution égyptienne en héritage

Chez les Seif, l'engagement politique est une affaire de famille. A l'image de leurs parents, militants égyptiens dans l'âme, Alaa et Mona se sont jetés à corps perdu dans le combat pour la liberté[...]

Bourse : FTSE-ASEA, le nouvel indice panafricain

Destiné aux investisseurs étrangers, un nouvel indice boursier panafricain doit être lancé au deuxième trimestre 2012.[...]

France - Maroc : Hollande bientôt à Rabat

Le candidat socialiste à la présidentielle française François Hollande a prévu de se rendre au Maroc d'ici à la fin du mois de mars. Sera-t-il reçu par le roi Mohammed VI ?[...]

Tunisie : trois femmes d'influence dans la Constituante

Meherzia Labidi, Lobna Jeribi et Maya Jribi. La première est vice-présidente de la Constituante tunisienne, la deuxième députée de la majorité (Ettakatol) et la troisième membre[...]

Énergie : des patrons sous tension

Maroc, Tunisie, Côte d'Ivoire, Sénégal : gros plan sur quatre dirigeants pris entre soubresauts politiques, crise de confiance et défi de la continuité énergétique.[...]

Banque : Daouda Coulibaly, un Ivoirien à la SIB

Désigné pour diriger la Société ivoirienne de banque, Daouda Coulibaly sera le premier Subsaharien à la tête d'une filiale du marocain Attijariwafa. Sa nomination doit encore être[...]

Tunisie : Moncef Marzouki en tournée au Maroc, en Mauritanie et en Algérie

Le président tunisien Moncef Marzouki entame mercredi 8 février une tournée de six jours au Maroc, en Mauritanie et en Algérie dans le but de "réanimer l'UMA et discuter des[...]

Leïla Kilani : "Au Maroc, les réactions à 'Sur la planche' sont passionnelles"

Après deux documentaires remarqués, la réalisatrice marocaine Leïla Kilani se lance dans la fiction. Film coup-de-poing, "Sur la planche" explore la part d'ombre de Tanger et raconte le[...]

Tunisie : pour SFBT, le succès coule de source

Ultradominatrice dans le secteur des boissons, la Société frigorifique et brasserie de Tunis (SFBT) enregistre des résultats records. Une valeur à suivre sur la place de Tunis.[...]

Sami Zerelli aux avant-postes pour Roche

La lutte contre le cancer est la priorité du groupe Roche, leader des traitements dans ce domaine. Un mot d'ordre que son directeur Afrique du Nord et Afrique de l'Ouest, Sami Zerelli, relaie avec énergie.[...]

Voir tous les dossiers