12/07/2010 à 19h:05 Par Jeune Afrique
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Des combattants shebab pendant un entraînement au nord de Mogadiscio le 1er janvier 2010. Des combattants shebab pendant un entraînement au nord de Mogadiscio le 1er janvier 2010. © AFP

Depuis 2006, le groupe djihadiste somalien ne cesse de monter en puissance malgré l’intervention de la mission de l’Union africaine. Aujourd’hui, les Shebab semblent en mesure de frapper à l’étranger.

Mis à jour le mardi 13 juillet 2010 à 8h36

Avant même que les Shebab ne revendiquent le double attentat de Kampala, qui a fait 74 morts dimanche soir, d’après un bilan officiel provisoire, ils étaient accusés par les autorités ougandaises.

Cette réaction de Kampala prouve que ces milices inquiètent désormais toute la région. Le groupe était à l’origine un mouvement de jeunesse (Shebab signifie « les jeunes » en langue arabe) affilié à l’Union des tribunaux islamiques (UTI) somaliens, qui s’était emparé du pouvoir à Mogadiscio en 2006.

Faible mobilisation de l’Amisom

L’UTI a été chassée du pouvoir par l’intervention de l’armée éthiopienne fin 2006. Mais, tandis que ses chefs s’exilent, les combattants restés en Somalie pour lutter contre cette armée "d’infidèles" (l’Éthiopie est majoritairement chrétienne-orthodoxe même si les musulmans constituent une très importante minorité) s’unissent sous la bannière des Shebab.

La Somalie devenue un bourbier pour son armée, l’Éthiopie décide finalement de se retirer après une intervention de plus de deux ans. La force déployée par l’Union africaine (Amisom) depuis mars 2007, avec pour objectif initial de rassembler plus de 8 000 soldats, est censée prendre le relai pour soutenir le fragile gouvernement de transition de la Somalie.

Au départ de l’armée éthiopienne, l’Amisom ne compte que 3 400 hommes. Aujourd’hui, elle serait composée d’environ 5 000 soldats ougandais et burundais, mais on est encore loin des promesses initiales. Entre temps, la force de l’UA n’a pas pu contenir la montée des Shebab. Ceux-ci renforcent leur emprise sur la Somalie et acculent le gouvernement provisoire, qui ne contrôle qu’une petite partie de la capitale.

Dissensions

En octobre 2008, le groupe dirigé par Mohamed Abdi Godane, alias Abou Zubaïr (un religieux natif du Somaliland) franchit un cap en organisant des attaques-suicides simultanées dans les deux régions du Nord du pays qu’il ne contrôle pourtant pas.

À partir de 2009, des combattants djihadistes venus d’autres pays pour se joindre aux Shebab commencent à investir le pays. Il semble que cet afflux, qui inquiète particulièrement les États-Unis, n’est pas complètement maîtrisé par les Somaliens. Fin 2009, un attentat-suicide, mené lors d'une cérémonie de remise de diplômes, coûte ainsi la vie à plusieurs ministres du Gouvernement fédéral de transition (GFT) et provoque un débat interne au sommet de l'organisation entre « étrangers » et Somaliens.

 

Combattants shebab au nord de Mogadiscio, le 1er janvier 2010 (AFP)


La ligne dure semble l’avoir emporté. En février 2010, les agents du Programme alimentaire mondial (PAM) ont dû faire face à un refus d’accès aux populations car ils « n'[ont] pas rempli les conditions » posées par les Shebab.

80% de la Somalie sous contrôle


Aujourd’hui, les Shebab contrôleraient environ 80 % de la Somalie et seraient en mesure de mobiliser 7 000 hommes, dont 3 000 réellement aguerris. Le 5 juillet, les pays de l’Autorité intergouvernementale pour le développement (Igad, regroupant, outre la Somalie, Djibouti, l’Érythrée, l’Éthiopie, le Kenya, le Soudan et l’Ouganda) s’étaient mis d’accord pour déployer rapidement 2 000 hommes supplémentaires. Le même jour, les Shebab avaient appelé les Somaliens à chasser Ougandais et Burundais du pays.

Le double attentat de Kampala, attribué aux Shebab par le gouvernement ougandais (même s’ils ne l’ont pas revendiqué) est l’attaque terroriste la plus meurtrière dans la région depuis celles d'août 1998 contre les ambassades américaines de Nairobi (Kenya) et Dar es-Salaam (Tanzanie). Celles-ci, revendiquées par Al-Qaïda, ont fait plus de 200 morts.

Plusieurs djihadistes recherchés pour les attentats de 1998,  dont le Comorien Fazul Abdullah Muhammad, ont été repérés en Somalie ces dernières années. Fazul Abdullah Muhammad occuperait désormais un poste important dans la hiérarchie des Shebab. (avec AFP)

Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Afrique de l'Est

Piraterie : pourchassés, les flibustiers somaliens changent de tactique

Piraterie : pourchassés, les flibustiers somaliens changent de tactique

Ils sévissaient surtout le long des côtes somaliennes. Traqués de tous côtés, les flibustiers écument désormais de plus en plus les eaux du golfe de Guinée et changent de tacti[...]

Soudan du Sud : à Djouba, c'est le far west !

Peu de routes bitumées, quasiment pas d'eau... Dans la dernière-née des capitales africaines, Djouba, les chambres d'hôtel sont installées dans des conteneurs climatisés et les ministres[...]

Présidentielle française : François Hollande vainqueur en Afrique

Comme au premier tour, les électeurs français d’Afrique ont apporté majoritairement leur suffrage à François Hollande le 6 mai 2012. Le candidat socialiste termine en effet en tête[...]

Chinafrique - Médias : les grandes ambitions de Pékin sur le continent

Good Morning Africa ! La Chine investit en Afrique et se lance aussi dans la bataille médiatique. Une manière de donner une image positive de l'empire du Milieu.[...]

Les entreprises francophones à la conquête du continent

De moins en moins timides, les sociétés francophones élaborent des stratégies internationales. Mais elles partent avec du retard par rapport aux concurrentes anglophones. Profitant de leurs[...]

Éthiopie : sur la piste de Corto Maltese

En promenant son héros Corto Maltese sur toutes les mers du monde, dans l’agitation du début du XXe siècle, le dessinateur italien Hugo Pratt a signé une œuvre d’avant-garde.[...]

Classement J.A. : les 500 premières entreprises africaines

En 2010, le revenu cumulé des 500 plus grandes sociétés du continent a progressé de 17,7 %. Le point par secteur et par région dans le dernier hors-série de Jeune Afrique.[...]

Médecine : la fuite des cerveaux coûte cher à l'Afrique

L’exode des médecins africains représente une perte sèche de plusieurs milliards de dollars pour le continent.[...]

Les enquête de la CPI en Afrique

La Côte d'Ivoire est le 7e pays d'Afrique où la Cour pénale internationale (CPI), entrée en fonction en 2002, a ouvert une enquête. Petit récapitulatif, à l'heure où Laurent[...]

L'Afrique de l'Est main dans la main avec Israël

Après le Premier ministre kényan, c’est le président ougandais qui s’est rendu, mi-novembre, à Tel-Aviv. L’occasion, pour l’un comme pour l’autre, de parler de lutte contre[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers