Extension Factory Builder
23/04/2010 à 11:03
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Facebook constitue un espace de liberté pour la jeunesse. Ici dans un café de Tunis. Facebook constitue un espace de liberté pour la jeunesse. Ici dans un café de Tunis. © Ons Abid pour J.A

Avec plus d’un Tunisien sur dix connecté à Facebook, le réseau social américain connaît un succès sans équivalent sur le continent. Le site, qui tire parti des spécificités de la Toile tunisienne, a créé un espace de liberté plébiscité par la jeunesse.

Une petite révolution semble en marche sur le web tunisien. Son nom : Facebook. Ce réseau social en ligne rassemble 1,4 million d'adeptes, soit 14 % des Tunisiens. Et ils sont plus d’une centaine de milliers de nouveaux utilisateurs à le rejoindre chaque mois.

Ces statistiques publiées par Facebook permettent, malgré leurs lacunes, de prendre la mesure de cet engouement. La Tunisie est certes encore loin des taux de pénétration des pays du Nord comme la France (28 %) et les États-Unis (39 %), mais elle devance très largement l’Afrique du Sud (5 %) ou encore l’Égypte (3,7 %).

Au Maroc, où le développement d'internet est pourtant comparable (33 % d’internautes, contre 28 % en Tunisie), un petit 5 % de la population a ouvert un compte Facebook, et le taux de croissance y reste plus faible.

Voir ci-dessous les statistiques complètes
de l'utilisation de Facebook en Afrique (source : Facebakers.com)

Ni YouTube, ni Dailymotion

L’avance technologique tunisienne ne suffit pas à expliquer cette ferveur. Le réseau social américain semble bénéficier de la faible concurrence qu'offre le web local. Selon l’Agence tunisienne d’Internet (ATI), on trouve à peine plus de 10 000 sites internet « .tn », alors que le Maroc en compte près de trois fois plus.

Surtout, le système de filtrage tunisien a éliminé quelques poids lourds du secteur. Le site d’information de la chaîne d'information Al-Jazira est, par exemple, inaccessible en langue arabe. De même, les sites d’hébergement de vidéos, comme YouTube ou Dailymotion, au succès incontestable dans le reste du monde, sont interdits en Tunisie depuis 2007. « Pour YouTube, l’interdiction est purement politique », précise un technicien de l’ATI.

Facebook, qui permet également d’héberger des vidéos et de les partager, a donc servi de plate-forme de substitution. La page « Tunisia Sport HD », qui diffuse notamment des résumés de matchs de football en vidéo, rencontre ainsi un franc succès : 20 000 s'en disent « fans » et ils sont probablement beaucoup plus nombreux à la consulter régulièrement.

Dans ce contexte, le réseau social s’est imposé comme un formidable espace de liberté, en particulier pour la jeunesse. « Quand je vivais en Tunisie, on organisait nos soirées sur Facebook, explique Haïkel, un informaticien expatrié en France. Et aujourd’hui, je m’en sers essentiellement pour avoir des nouvelles de mes amis restés là-bas. »

Cet espace interactif est en effet particulièrement utile pour garder le contact avec sa famille et ses « amis », plus ou moins proches. Mais il permet aussi de faire des rencontres, notamment amoureuses, flirtant parfois avec des sites de rencontres comme Meetic…

Vitrine politique

Les opposants au régime n’ont pas tardé à comprendre l'intérêt d’un site qui permet aussi de surmonter en partie le filtrage d'internet. « J’ai vu en Facebook un moyen de faire passer mes idées », témoigne Ghassen Ben Khelifa, un Tunisien vivant au Canada, créateur du groupe des supporters du Parti démocrate progressiste (PDP, parti de l’opposant Néjib Chebbi). Si le site du PDP est inaccessible depuis la Tunisie, on peut en revanche soutenir le parti sur Facebook et recevoir des messages régulièrement. Son audience est modeste (128 membres), mais Ghassen Ben Khelifa utilise également sa page personnelle et ses 3 000 « amis » pour diffuser des messages à caractère politique.

Le développement de Facebook a pourtant failli être stoppé net le 24 août 2008. Ce jour-là, le site est rendu inaccessible par l’ATI. Lorsqu’ils tentent de se connecter, les utilisateurs se retrouvent face à la fameuse « 404 bâchée ». Ce nom d’un vieux modèle de chez Peugeot, devenu une blague tunisienne récurrente, raille « l’erreur 404 » des navigateurs web censée indiquer une indisponibilité technique.

Tout le monde aime Facebook

C'est finalement suite à l’intervention du président Zine el-Abidine Ben Ali en personne que le blocage sera levé, une dizaine de jours plus tard.

Le coût politique de l’interdiction était probablement trop élevé par rapport à la menace. D’autant que le chef de l’État, lui-même féru de nouvelles technologies, parvient à tirer son épingle de ce nouveau jeu numérique. Il rassemble quelque 130 000 « fans » qui reçoivent quotidiennement ses mises à jour (liens, photos, vidéos...). Un chiffre impressionnant quand on sait que Nicolas Sarkozy n'a « que » 223 000 adeptes, pour un nombre d'internautes français beaucoup plus élevé.

Jusqu'à présent, l’exécutif semble récolter les dividendes politiques de l’existence du site. Mais son rapport à Facebook reste ambigu. « Comme en 2008, nous avons une recrudescence des plaintes d’utilisateurs pour fraudes [des usurpations de comptes, NDLR] sur Facebook », nous a indiqué un technicien de l’ATI. Un problème qui, d’après lui, avait déjà conduit à la fermeture du réseau social il y a deux ans…

C'est sans compter qu'une donnée d'importance a changé depuis août 2008. À l’époque, les utilisateurs tunisiens n’étaient que trente mille. Ils sont aujourd'hui presque cinquante fois plus nombreux.

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Tunisie

Tunisie : ces clubs où les VIP se retrouvent (EB OK VEN 29)

Révolution oblige, l'ostentation n'est plus de mise en Tunisie. On ne se cache pas, certes, mais mieux vaut tout de même se faire discret en ne s'exhibant que dans certaines occasions. Reste qu'un brin de friv[...]

Tunisie : Ennahdha lorgne les portefeuilles sociétaux

Ennahdha ambitionne d'influencer la société tunisienne en profondeur. Son premier objectif pour y parvenir : s'emparer des portefeuilles dits "sociétaux".[...]

Tunisie : quand l'Histoire tombe en ruine

Négligé ou pillé sous Ben Ali, le patrimoine archéologique pâtit aujourd'hui d'une gestion défaillante imputable à une absence de coordination et à un manque de[...]

Tunisie : pourquoi l’armée n’y arrive pas

Dans une enquête exclusive à paraître dans son numéro 2798, Jeune Afrique explique pourquoi l'armée tunisienne n'arrive pas à reprendre le contrôle du Mont Chaâmbi, foyer de[...]

Tunisie : 74 migrants venus de Libye recueillis par des pêcheurs

Des pêcheurs tunisiens ont recueilli jeudi soixante-quatorze migrants qui tentaient de gagner l'Italie depuis la Libye. Ils avaient erré cinq jours en mer.[...]

Diaporama : "Djerbahood", le street art s'invite en Tunisie

Cet été, des graffeurs du monde entier ont investi les ruelles d'Erriadh, une petite bourgade de l'île de Djerba, pour réaliser une expérience inédite de street art en Tunisie. Armés[...]

Tunisie : frictions entre la Défense et la présidence pour la succession du général Hamdi

La question de la succession du chef d'état-major de l'armée de terre, le général Mohamed Salah Hamdi, remplacé le 12 août par Ismaïl Fathalli, a opposé le président[...]

Douze chefs d'État africains avec Hollande aux cérémonies du débarquement en Provence

François Hollande accueille ce vendredi 13 chefs d'État, dont douze africains, à bord du Charles-de-Gaulle pour les commémorations du 70e anniversaire du Débarquement de Provence avec en point[...]

IIe guerre mondiale : les victoires oubliées des "indigènes"

Avant le grand débarquement, la reconquête des Alliés est amorcée par la Corse et l'Italie. Des batailles aussi épiques que méconnues menées par les[...]

Salma Hamza, architecte tunisienne : "La modernité peut très bien respecter le traditionnel"

L'architecte tunisienne Salma Hamza milite pour la réhabilitation des matériaux traditionnels. Et la restauration du patrimoine de son pays. Interview.[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers

Jeune Afrique Emploi

Toutes les annonces
Buy VentolinBuy Antabuse Buy ZithromaxBuy Valtrex