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Brice Hortefeux et le recteur de la Grande Mosquée de Paris, Dalil Boubakeur. Brice Hortefeux et le recteur de la Grande Mosquée de Paris, Dalil Boubakeur. © AFP

« Quand il y en a un, ça va, c’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes.» Suite à ces propos tenus en août 2009, le ministre de l’Intérieur était cité à comparaître vendredi 16 avril devant le tribunal correctionnel de Paris pour « injures raciales ».

Actualisé le 19 avril 2010 à 12h20

Le procès pour injures raciales intenté contre le ministre de l’Intérieur, Brice Hortefeux, par le Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (Mrap) a débuté ce vendredi 16 avril devant la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris. Le Mrap réclame 20 000 euros de dommages et intérêts au ministre pour des propos controversés qu’il avait tenus lors de l'université d'été de l'UMP, en août 2009. La scène avait été filmée et la vidéo avait connu un franc succès sur internet.

Tout commençait, on s’en souvient, par de simples taquineries de Jean-François Copé, patron des députés de l’Union pour un mouvement populaire (UMP, parti présidentiel). Celui-ci faisait remarquer que le jeune militant d'origine maghrébine, Amine Brouch-Benalia, avec qui lui et le ministre posaient pour une photo était Auvergnat - comme Hortefeux. Dans une atmosphère visiblement très enjouée, des personnes non visibles sur les images plaisantaient gentiment en parlant d’Amine Brouch-Benalia : « C'est l'intégration », disaient-ils, « lui, il parle arabe », ou encore : « Il mange du cochon, il boit de la bière ». Et Brice Hortefeux de commencer à déraper. « Il ne correspond pas du tout au prototype alors », entend-on sur l’enregistrement.

« Quand il y en a un, ça va… »

Une femme se met alors à crier : « C'est notre petit Arabe. » Et le ministre, qui n’a apparemment pas vu la caméra, lâche : « Il en faut toujours un. Quand il y en a un, ça va. C'est quand il y en a beaucoup qu'il y a des problèmes. »

Le Parti socialiste et plusieurs associations antiracistes avaient dénoncé les propos « racistes » du ministre, défendu par l’ensemble du gouvernement, dont la secrétaire d’État à la Ville, Fadela Amara. Puis le Mrap avait porté plainte. Brice Hortefeux, cité à comparaître aujourd’hui, n’était pas à l'audience. Il s'est fait représenter par son avocat, Me Jean-Yves Dupeux. Qui nie évidemment le caractère raciste des propos de son client. Le jugement a été mis en délibéré jusqu'au 4 juin.

« Pas de raison de s’excuser »

« La première phrase, sur le "prototype", n'est pas injurieuse - d'autant qu'on ne sait pas de quel "prototype" il s'agit », a-t-il déclaré à l’express.fr. Quant à la deuxième, ajoute Me Dupeux, elle ne « relève pas davantage de l'invective, outre le fait qu'il y a ambiguïté sur ce qui est visé. C'est une réflexion générale qui peut être applicable à n'importe qui : aux enfants, aux supporters du PSG. Un, ça va, plusieurs, c'est le bazar ! Et puis, qui n'a jamais plaisanté amicalement avec des copains arabes ou noirs ? »

Brice Hortefeux ne s’est, lui, exprimé publiquement qu’une seule fois sur ce sujet, lors du dîner de rupture du jeûne organisé par le Conseil français du culte musulman (CFCM), le 14 septembre 2009. « Je suis ému de penser que, du fait du tohu-bohu médiatique et d'une interprétation totalement inexacte, des personnes (...) ont pu être blessées dans leur être ou leurs convictions. Je veux donc dire, vous dire, mes regrets. » Ce sur quoi son avocat conclut : « Il n'a pas de raison de s'excuser pour des propos mal interprétés. »

"Un petit délinquant qui ne reconnaît pas sa faute"

L'émotion n'est pas retombée parmi les Français d'origine immigrée, a déclaré devant le tribunal Mouloud Aounit, président du Mrap. "Ces propos renvoient à cette population l'idée qu'ils ne sont pas des Français comme les autres, des Français à part entière (...) C'est d'une violence inouïe, j'ai vu sur le terrain combien ces propos ont pu être blessants", a-t-il expliqué aux juges.

A l'appui de son argumentaire, la Mrap a fait citer deux sociologues qui ont appelé à ne pas prendre à la légère les déclarations du ministre. "L'humour raciste n'est pas anodin mais extrêmement violent et usant", a souligné Véronique de Rudder, chercheuse au CNRS. Pour Me Pierre Mairat, avocat de l'association de lutte contre le racisme, les "propos outrageants, humiliants" de Brice Hortefeux ont été "aggravés par les dénégations dans lesquelles il s'est enferré". "Cette position de dénégation est celle d'un petit délinquant qui ne reconnaît pas sa faute", a-t-il ironisé.

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