13/03/2010 à 12h:15 Par Jeune Afrique
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Jean-Marie Le Pen, le 5 mars dernier à la permanence du FN à Marseille. Jean-Marie Le Pen, le 5 mars dernier à la permanence du FN à Marseille. © AFP

Quand Jean-Marie Le Pen baisse dans les sondages, il agite le drapeau de la xénophobie avec une force renouvelée, espérant un esclandre médiatique qui lui remette le pied à l'étrier. Et quand il perd en justice, il se dit victime d'entrave à la « liberté d'opinion ». Classique et cousu de fil blanc, le scénario n'en revêt pas moins une certaine efficacité pour le parti d'extrême droite.

Le leader du Front national et son parti ont été condamnés vendredi en référé à retirer sous 24 heures leurs affiches de campagne des élections régionales, avec une amende de 500 euros par jour de retard. Jugées offensantes à l'égard des musulmans et de la population algérienne, celles-ci représentent une femme vêtue du niqab, avec en arrière-plan une carte de France recouverte du drapeau algérien et transpercée par des minarets en forme de lances, avec un slogan explicite: "Non à l'islamisme, la jeunesse avec Le Pen", tête de liste dans la région Provence-Alpes-Côte d'Azur (PACA, Sud-Est de la France) aux régionales des 14 et 21 mars. L'affiche avait provoqué la fureur d'Alger qui avait "officiellement protesté" lundi 8 mars.

"Sentiment de rejet"
Depuis novembre 2009, elles étaient placardées par la section jeunesse du FN (FNJ), d'abord en région PACA puis partout en France, jusqu'à ce que le parti xénophobe suisse de l'UDC se plaigne de plagiat, en février dernier. L'affiche du FN reprenait en effet le thème des tracts utilisés par l'UDC pour sa campagne ayant abouti à l'interdiction des minarets dans la Confédération helvétique, en novembre de l'année dernière.

L'ordonnance du juge marseillais a estimé que "cette affiche est non seulement de nature à provoquer un sentiment de rejet et d'animosité à l'encontre d'un groupe de personnes dont sont visées les pratiques religieuses, les femmes et la nationalité, mais en outre s'adresse essentiellement à la jeunesse, de nature plus influençable". Logiquement, Jean-Marie Le Pen a décidé de faire appel de cette décision, ce qui signifie que les affiches du FN resteront vraisembleblement légales au moins jusqu'à la fin du scrutin. Et si ce n'est pas le cas, elles auront offert à l'extrême droite une tribune médiatique essentielle à un moment politique crucial.

Le juge des référés avait été saisi par la Ligue contre le Racisme et l'Antisémitisme (Licra) qui avait été déboutée lundi 8 mars à Marseille pour des raisons de procédure, tout comme le Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (Mrap) qui, vendredi 12 mars, a vu ses demandes rejetées par le tribunal de Nanterre (Hauts-de-Seine).

"Tentative de censure"

"Je ne peux pas, au nom de la Licra, être plus heureux de la décision qui vient d'être rendue par le juge des référés", a déclaré Maître Michel Pezet, l'avocat de l'association. "Il faut toujours persévérer et se battre. Pour nous, Licra, il fallait faire cette procédure. Même si nous avions perdu, l'honneur était de la faire", a-t-il poursuivi.

Faisant part de son "indignation", le FN a dénoncé des "pressions diplomatiques" par l'intermédiaire de Stéphane Ravier, tête de liste du parti dans les Bouches-du-Rhône. "Soudainement, on désigne cette affiche comme étant à l'origine d'un certain trouble à l'ordre public, ce que je n'ai pas constaté dans la rue", a-t-il déclaré. Jean-Marie Le Pen s'est quant à lui justifié par la « liberté d'opinion »,  mettant en cause la tentative de "censure de ces organisations qui sont - on le sait bien - les bras armés de certains partis politiques : la Licra, c'est l'UMP; le Mrap, c'est le Parti communiste; SOS Racisme, c'est le PS", a-t-il affirmé. Sans préciser, bien-sûr, quel sort il réserverait à l'état des libertés en France si le FN parvenait au pouvoir.
 

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