11/03/2010 à 18h:23 Par Jeune Afrique
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Le magnat australo-américain Rupert Murdoch et le prince saoudien Al Walid. Le magnat australo-américain Rupert Murdoch et le prince saoudien Al Walid. © AFP

Le partenariat signé en février dernier entre le groupe de divertissement du prince saoudien Al Walid et le magnat australien des médias Rupert Murdoch provoque la colère - sincère ou artificielle - des milieux culturels égyptiens. Ceux-ci craignent qu’une partie du patrimoine audio-visuel de leur pays ne tombe entre les mains d’un fidèle soutien d’Israël.

L’alliance des contraires n’est pas forcément contre-nature quand il s’agit d’argent. C’est le douloureux constat qui exaspère le monde culturel égyptien depuis que, le 23 février dernier, le Saoudien Al-Walid Ben Talal Al-Walid a cédé 9,09 % des actions de son groupe régional de divertissement, Rotana, à News Corporation, propriété du magnat des médias Rupert Murdoch. Lequel détient une option pour doubler cette participation dans les 18 prochains mois.

L’homme d’affaire australo-américain est connu pour ses positions ultra-conservatrices. Il détient entre autres la chaîne Fox-News aux Etats-Unis ainsi que le tabloïd anglais The Sun. Lui-même ne cache pas son franc soutien à Israël. Les milieux culturels égyptiens craignent donc qu’une partie du patrimoine artistique de leur pays ne tombe entre les mains d’un homme qui a apporté tout son soutien à l’ancien président George W. Bush et est fortement suspecté de comploter contre la "cause arabe".

Cheval de Troie d’Israël
Le partenariat signé entre Al Walid et Murdoch doit permettre au premier de bénéficier de l’expertise de New Corp – dont il possède par ailleurs déjà 7 % des parts à travers son holding Kingdom – dans la télévision, la production cinématographique, la technologie, les nouveaux médias, etc. Et au second d’entrer sur le marché régional du Moyen-Orient.

Mais en Egypte, où Rotana est l'un des principaux producteurs de cinéma et possède les droits et bobines d'environ 1 300 films, ces explications ne passent pas. Le partenariat est vu comme le "cheval de Troie" de l’influence israélienne. "Qui a cédé 9 % peut céder le reste de la compagnie, estime le romancier Ezzat Qamhaoui. Nous sommes face à la réalité de la vente d'œuvres cinématographiques et musicales arabes à un investisseur en partie responsable de l'image erronée du conflit arabo-israélien en Occident", ajoute-t-il.

La critique Ola al-Chafei est quant à elle plus précise. Cette affaire "équivaut à une défaite pour le patrimoine cinématographique et artistique arabe. Murdoch entrera ainsi dans chaque maison arabe pour imposer la normalisation avec Israël", estime-t-elle.

Faire changer d'avis Murdoch
L’Etat égyptien lui même monte au créneau. La société cinématographique nationale a annoncé la semaine dernière qu'elle "arrêterait sa collaboration avec la société Rotana si elle vend toute part de la société à Murdoch". Quant aux producteurs égyptiens, ils n'ont pas réagi pour l'instant.

Une source anonyme de Rotana laisse cependant entendre que ce partenariat pourrait, non influencer le monde arabe dans un sens plus conciliant à l’égard d’Israël, mais faire évoluer la vision de Murdoch sur le Proche-Orient. "Rotana a entretenu le patrimoine cinématographique égyptien en restaurant [les vieilles copies] et en les conservant avec la technologie la plus moderne. Et ce partenariat pourrait être l'occasion de changer le point de vue du nouveau partenaire au sein de Rotana".
 

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