10/03/2010 à 19h:29 Par Jeune Afrique
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Le roi Albert II accueille Joseph Kabila le 10 février 2004 au Palais royal de Bruxelles Le roi Albert II accueille Joseph Kabila le 10 février 2004 au Palais royal de Bruxelles © AFP

Bruxelles a finalement répondu positivement à l’invitation lancée par le président congolais Joseph Kabila, en janvier dernier, à l’égard du roi des Belges Albert II. Celui-ci est donc autorisé à se rendre à Kinshasa pour les cérémonies du cinquantenaire de l’indépendance de la RD Congo. Un événement d’une grande portée symbolique, à l’heure où les deux pays tentent de renouer les fils d’une relation souvent tourmentée.

Les relations entre la Belgique la RD Congo sont loin d’être un long fleuve tranquille. Une histoire tumultueuse pour ne pas dire tragique – le roi Leopold II fut sans doute l’un des colons les plus sanguinaires du continent – a marqué de son emprunte indélébile les rapports diplomatiques entre les deux pays.

Dans ce contexte tendu, fait d’incompréhension et de défiance réciproque, la visite du roi des Belges Albert II à Kinshasa pour les cérémonies du cinquantenaire de l’indépendance de la RD Congo, en juin prochain, revêt une importance particulière. A l’origine de ce déplacement, il y a une invitation lancée par le président congolais Joseph Kabila, en janvier dernier, à destination d’Albert II. Mais la monarchie belge étant ainsi faite, le gouvernement d’Yves Leterme devait au préalable autoriser le souverain à y répondre favorablement. Ce qui est chose faite depuis le mercredi 10 mars.

Les massacres de masse de Léopold II
Pour le ministre belge des Affaires étrangères, Steven Vanackere, la visite d'Albert II doit marquer la reprise d'une "relation sereine, respectueuse et ouverte" entre Belges et Congolais. Vaste programme. La dernière visite d’un souverain belge au pays de Kabila remonte à celle du roi Baudoin en 1985. Décédé treize ans plus tard, celui-ci avait été remplacé sur le trône par son frère.

Las, un simple voyage officiel, fut-il aussi symbolique que celui-là, aura sans doute bien du mal à panser les blessures du passé qui restent à vif. Avant d’être une colonie belge, en 1908, le Congo fut d’abord, dès 1885, une « propriété personnelle » du roi Léopold II. C’était « l’Etat indépendant du Congo ». Sur cet immense territoire où il ne mis jamais les pieds, l’arrière grand oncle de Albert II fit commettre, au nom du profit, les pires crimes contre l’humanité de l’histoire du pays.

Massacres de masse, mains coupées, tortures et châtiments corporels, rien ne fut épargné aux indigènes qui ne récoltaient pas assez de caoutchouc ou ne rapportaient pas suffisamment de pointes d’ivoire. La prédation n’avait aucune limite. Des exactions sordides qui ne valurent au souverain que les attaques de quelques militants étrangers. Le peuple belge, dans son ensemble, resta solidaire de son roi.

Assassinat de Lumumba
Puis, durant 50 ans, la Belgique a profité des richesses du sous-sol congolais pour assurer sa propre prospérité, en négligeant le développement de sa colonie. Après des émeutes en 1959, Bruxelles se résigne à accorder, dans la précipitation, son indépendance au Congo. Lors de la cérémonie de passation de pouvoir, le 30 juin 1960, le Premier ministre congolais, Patrice Lumumba, apostrophe à Kinshasa le roi Baudouin et dénonce 80 ans d''"oppression colonialiste". Un discours perçu comme une humiliation par les milieux dirigeants belges qui commanditèrent, en janvier 1961, l’assassinat du père de la nation congolaise. Ce n’est qu’en 2002 que la Belgique présentera officiellement des "excuses" pour son rôle dans cet événement tragique.

Le réchauffement qui suit cette reconnaissance par Bruxelles des crimes belges ne va toutefois pas durer. En 2008, le chef de la diplomatie belge de l'époque, Karel De Gucht tient des propos très durs sur la corruption en RD Congo. Après une rupture des relations diplomatiques de plus d'un an, les tensions s’apaisent à la faveur du départ pour la Commission européenne de Karel De Gucht, en juin 2009. Ce qui donne l’occasion à Joseph Kabila d’inviter Albert II pour le 50e anniversaire de l'indépendance du pays. Mais depuis janvier, la réponse officielle du gouvernement Leterme se faisait attendre. Car celui-ci n'entend pas passer totalement l’éponge sur la mauvaise gestion congolaise. Des progrès supplémentaires sont à faire en matière de "gouvernance", de "lutte contre la corruption" et de "droits de l'homme" en RD Congo, a souligné mercredi 10 mars le ministre de la Coopération, Charles Michel.

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