03/03/2010 à 08h:24 Par Lauranne Provenzano et Pierre-François Naudé
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Manifestation de militants de l'UFC, le 9 janvier, à Lomé Manifestation de militants de l'UFC, le 9 janvier, à Lomé © Xinhua

Jour J -1. C'est la dernière ligne droite avant la présidentielle du 4 mars. Mais plus l'échéance se rapproche, plus l'inquiétude grandit. Les tensions sont palpables et le passé du pays est là pour rappeler que des dérapages violents ne sont pas à exclure.

En attendant le scrutin togolais du 4 mars, la tension monte. Les parties en présence se jaugent et montrent leurs forces. La principale coalition de l'opposition, le Front républicain pour l'alternance et le changement réuni autour de la candidature de Jean-Pierre Fabre (Union des forces de changement, UFC) a tenu mardi soir à Lomé (bastion de l'opposition) un meeting rassemblant plus de 15 000 personnes en présence du président de l'UFC, Gilchrist Olympio. « Cinquante ans après l'indépendance, il n'y a pas d'eau potable dans certains quartiers de la capitale. Ce gaspillage-là, c'est terminé », a lancé Fabre en mina (langue du sud du pays).
Quant au président sortant, Faure Gnassingbé, candidat du Rassemblement du peuple togolais (RPT, au pouvoir depuis 40 ans), il a tenu un discours devant une foule importante sur l'esplanade du palais des congrès de Kara (nord du pays). Il a réitéré son appel solennel au peuple togolais pour qu'aucune violence ne suive l'annonce des résultats, contrairement à ce qui s'était passé en avril 2005, quand son élection contestée avait été suivie d'une répression sanglante des manifestations (400 à 500 morts selon l'ONU). « Nous devons nous préparer à respecter le choix du peuple (...), ne pas contester ce qu'il dit par des actes de violence, des revendications stériles et en fait inutiles », a-t-il déclaré. Un discours qu'il a répété plusieurs fois au cours de la campagne et auquel l'opposition a déjà répondu, en substance, que sans fraudes il n'y aurait pas de violences.
Reste qu'au-delà des  éventuels tripatouillages d'urnes, la division de l'opposition, encore une fois, joue en faveur de la continuité. Face à Faure, six candidats auront la lourde responsabilité de choisir entre l'acceptation ou le refus des résultats, tout en essayant de ne pas provoquer un bain de sang. Qui sont ces opposants et quelles sont leurs chances de succès? Tour d’horizon.

 

Jean-Pierre Fabre, Union des forces de changement (UFC), 58 ans

Considéré comme l’adversaire le plus sérieux de Faure Gnassingbé, il représente la principale menace pour le pouvoir en place. Cadre de l’UFC, dont il est l’un des fondateurs, il espère des ralliements de dernière minute à sa candidature, qui pourrait alors être celle de l’ensemble de l’opposition. C’est ce que demande la coalition du Front républicain pour l’alternance et le changement (FRAC), qui milite en sa faveur. Ses partisans l’ont baptisé « Obama » et ne doutent pas de son succès. Kofi Yamgnane, dont la candidature a été invalidée, a appelé ses partisans à voter pour lui. Fabre est bien-sûr soutenu par Gilchrist Olympio, président de l’UFC, 74 ans, qui a été écarté des scrutins présidentiels de 1993 et 2003 (voir ici son interview sonore). Et en 1998, sa victoire au premier tour avait été invalidée par le pouvoir en place. Cette année encore, celui-ci n’a pas pu déposer sa candidature pour des raisons  « médicales, politiques et administratives », selon ses propres termes.

Brigitte Kafui Adjamagbo-Johnson, Convention démocratique des peuples africains (CDPA), 52 ans.

Première femme a briguer la présidence au Togo, elle est la fondatrice du CDPA. Elle a occupé le poste de ministre du Bien être social, des droits de l’Homme et de la Solidarité nationale en 1991. C'est aussi une militante de la société civile : engagée dans la défense des droits des femmes, elle coordonne le bureau régional de l’ONG Femme, droit et développement en Afrique (WiLDAF-FeDDAF). Le 15 février dernier, elle a temporairement suspendu sa candidature, dénonçant des anomalies au niveau des listes électorales, avant de reprendre la course à la magistrature suprême.

Agbéyomé Messan Kodjo, Organisation pour bâtir le Togo dans l'unité et la solidarité (OBUTS), 55 ans.

Fidèle parmi les fidèles du régime du général Gnassingbé Eyadéma (ancien président du Togo entre 1967et 2005, et père de l’actuel chef de l’Etat), Agbéyomé Messan Kodjo a été à plusieurs reprises ministre avant d’accéder à la fonction de chef du gouvernement togolais en 2000. Il se dépeint lui-même comme le dauphin de feu Eyadéma. « C’est moi que le président avait choisi pour lui succéder », a-t-il affirmé à jeuneafrique.com (voir ici son portrait et son interview complète).
Après avoir lâché le RPT dont il dénonce la mauvaise gestion économique, il bascule dans le camp de l’opposition. Il est désormais à la tête de son propre parti, OBUTS. Sa première action s’il est élu ? « Libérer Kpatcha (…) et tous les prisonnier politiques ». Kpatcha Gnassingbé, le frère ennemi du président, est emprisonné pour atteinte à la sûreté de l’Etat. Enfin, le candidat d'OBUTS se dit aussi prêt à travailler avec les membres du RPT : « L’alternance n’est pas seulement du côté de l’opposition », estime-t-il.

Apollinaire Yawovi Madji Agboyibo, Comité d’Action pour le Renouveau (CAR), 66 ans.

Ancien Premier ministre du Togo entre  2006 et 2007, il a travaillé avec l’actuel président à redresser l’économie du pays et permis l’organisation d’élections législatives apaisées en 2007. Il est aujourd’hui le candidat du Comité d’action pour le renouveau (CAR) et s’est fermement opposé à un ralliement au FRAC. Il défend le « vote-efficace » contre le « vote-spectacle » (voir ici son portrait avec interview sonore, et son interview complète). Ses détracteurs l’accusent de jouer un double jeu et de constituer un contrepoids pour l’opposition. Mais il n’est pas contre le principe d'une candidature unique de l’opposition, et affirme que, jusqu'au scrutin, tout peut encore basculer.

Nicolas Lawson,  Parti du renouveau et de la rédemption (PRR), 57 ans.

Issu du monde des affaires, il s’est déjà porté candidat aux présidentielles de 2003 et de 2005.
Il s'est fait connaître des Togolais en participant à la Conférence nationale de 1991 sous la bannière d'une association à laquelle participait également Yawovi Agboyibo. Il a occupé la fonction de conseiller spécial aux affaires politiques auprès du Premier ministre de transition Kokou Koffigoh, de 1991 à 1993. En 2005, Agboyibo, qui le connaît bien, disait de lui : « Nicolas Lawson est davantage un contestataire qu'un opposant. C'est un loup solitaire qui s'oppose à tout et à tout le monde. » Saura-t il faire mentir cette réputation en s'alliant à la dernière minute à un Jean-Pierre Fabre, par exemple?

Bassabi Kagbara, Parti démocratique panafricain (PDP), 68 ans.

Ancien directeur général de la Caisse nationale de sécurité sociale togolaise, Secrétaire général adjoint de la Confédération mondiale du Travail dans les années 70, il est surtout connu dans le milieu du syndicalisme et de l’enseignement. Kagbara a fondé l'Institut africain d'administration et d'études commerciales (IAEC) et préside le Groupe BK-Université qui regroupe onze établissements dans dix pays du continent. Il a créé son propre parti en 2005, le PDP, et prône depuis une société « fondée sur le mérite et la justice », selon un modèle de démocratie « participative ». En 2009, il devient  président du Conseil de l'opposition démocratique extraparlementaire (Codep, regroupement de six formations d'opposition). Au sujet de la candidature unique de l’opposition, il a déclaré : « Nous sommes tous favorables à ce projet, mais en même temps, chacun veut être le ‘candidat unique’. Il n’y a donc aucune sincérité. On perd du temps et on tourne en rond ».

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