25/02/2010 à 12h:11 Par Christophe Le Bec
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Rabiatou Serah Diallo est la première et seule femme à la tête d'un syndicat en Afrique Rabiatou Serah Diallo est la première et seule femme à la tête d'un syndicat en Afrique © REA

La nouvelle présidente du Conseil national de transition est une syndicaliste de choc qui n’a pas froid aux yeux. Grâce à son long combat contre la dictature de Lansana Conté, elle a réussi à s’imposer dans un milieu essentiellement masculin pour devenir une figure de proue des démocrates guinéens. Portrait.

C’est un petit bout de femme déterminé qui est devenu présidente du Conseil national de transition (CNT) en Guinée, vendredi 19 février. Rabiatou Serah Diallo, première et seule femme à la tête d’un syndicat en Afrique, est de ceux qui n’ont pas leur langue dans leur poche. « Depuis toute petite, je suis révoltée contre l’injustice. Je n’ai pas peur de dire ce que je pense et, dans mes combats, j’aime emmener les gens derrière moi », explique la dynamique quinquagénaire, qui est à la tête de la Confédération nationale des travailleurs guinéens (CNTG) depuis 2000.

En Guinée, tout le monde la connaît, Rabiatou. Elle ose exprimer tout haut ce que les Guinéens pensent tout bas. « Ras le bol de ne pas avoir l’électricité ni d’eau, une monnaie qui ne vaut plus rien alors que nous sommes l’un des pays les plus riches d’Afrique de l’Ouest », s’énerve-t-elle souvent. On l’accuse d’attiser le feu ? Elle s’enflamme : « Quand je mets le feu, c’est sous la marmite pour nourrir mes enfants. Mais en Guinée, la marmite est vide. Nos enfants ne vont plus à l’école parce que les professeurs ne peuvent plus payer leurs frais de transport. C’est ça qui met le feu au pays ! », clame-t-elle, avec une colère dans la voix que bien des Guinéens partagent.

Cette passion du syndicalisme, Rabiatou Diallo dit la tenir de sa mère, qui a toujours habitué sa fille unique à partager, justement, avec les autres enfants. Originaire de Mamou, dans la région peule du Fouta Djallon, Rabiatou Diallo a lentement gravi les échelons du monde associatif puis du syndicalisme. Fille d’un chef traditionnel, elle participe aux réunions de quartier dès sa plus tendre enfance. L’âge venant, elle n’hésite pas à s’exprimer. Même quand elle est en désaccord avec son père.

Remarquée dans les mouvements de jeunes, elle s’illustre ensuite auprès des associations de femmes, mais préfère vite le milieu masculin du syndicalisme, par goût du débat. En 1969, elle entre donc à la CNTG, l’ancien syndicat unique créé par Sékou Touré lui-même. « Dans les premiers temps, se souvient-elle, le syndicat était une affaire d’hommes ! » Mais la bouillonnante syndicaliste change la donne. De 1985 à 2000, elle se fait connaître à la tête du département « femmes » de la centrale. Puis monte en puissance.

En 2000, c’est la consécration. Elle est élue secrétaire générale du syndicat. Parvenue aux commandes, elle réfléchit avec l’ensemble de ses troupes à la manière dont le pays est géré et envoie, dès 2003, ses recommandations au gouvernement guinéen dans un mémorandum… En vain.
Réélue en 2005, mais lasse de ne pas être écoutée par le pouvoir, elle lance avec son syndicat une première grève puis une autre, générale cette fois, en 2006. C’est une première dans l’histoire du pays : celui-ci est totalement bloqué.

Même sans se référer à sa carrière syndicale, l’ascension sociale et professionnelle de Rabiatou témoigne d’une volonté personnelle remarquable. D’abord secrétaire de direction dans les années 60, elle devient successivement greffière de tribunal avant d’intégrer, en 1984, le corps des magistrats et d’atteindre la fonction de vice-présidente du tribunal des enfants.

Magistrate et syndicaliste, Rabiatou est surtout connue pour avoir été la première à faire plier Lansana Conté. Début 2007, les syndicats organisent une seconde grève générale qui paralyse le pays. Le 17 janvier, la CNTG et son alliée l’Union syndicale des travailleurs de Guinée (USTG) organisent des manifestations monstre à travers tout le pays. L’armée tire sur la foule. À la tête de la manifestation à Conakry, Rabiatou Diallo est touchée aux jambes mais n’en continue pas moins le combat. Le 22 janvier, les bérets rouges frappent sans ménagement la secrétaire générale et les syndicalistes retranchés dans leur QG de la Bourse du travail. Amenée devant le Président Lansana Conté, Rabiatou Diallo tient tête et continue à exiger la satisfaction de ses revendications. Le président se fait plus menaçant que jamais.

« J’ai tué des gens plus importants que vous, je vais vous tuer à petit feu », dit il à Rabiatou Diallo. Est-elle impressionnée ? Elle n’en laisse rien paraître. « Je n’ai pas peur de la mort, dit-elle. On doit tous mourir un jour ! » Finalement, les syndicats réussiront à imposer au chef de l’Etat un Premier Ministre, en la personne de Lansana Kouyaté. Une victoire chèrement acquise : la répression aura fait plus de 120 morts.

Après la prise du pouvoir par la junte du capitaine Dadis Camara, Rabiatou s'était tenue éloignée de ceux qu'elle nomme les « caméléons politiques » pour se concentrer sur ses activités syndicales. Mais les massacres de la manifestation du 28 septembre 2009, à laquelle elle n'avait pas lancé d’appel à participation, la font sortir de sa réserve. Elle participe alors activement aux négociations de Ouagadougou.

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