Pour faire reculer l'excision, de plus en plus d’Etats africains répriment pénalement cette pratique traditionnelle, parfois mortelle. Seulement, les adeptes des mutilations génitales féminines trouvent des stratagèmes pour contourner la loi. Eclairage à l’occasion de la Journée mondiale contre ces mutilations, le 6 février.
Réprimer pénalement les auteurs ou complices de mutilations génitales féminines (MGF) se révèle-t-il pire que le mal ? Depuis 1996 au Burkina Faso, bon élève de la lutte contre les MGF, les exciseuses sont passibles de trois ans de prison et de 900 000 FCFA d’amende (environ 1 371 euros). Par ailleurs, tout complice s’expose à une sanction pécuniaire de 100 000 FCFA.
Le Comité national de lutte contre la pratique de l’excision (CNLPE) estime que près de la moitié des filles burkinabè nées en 1988 ont été excisées, contre seulement 5% en 2002 et 3 % aujourd'hui.
Problème, les familles attachées aux mutilations génitales, notamment considérées comme un préalable au mariage, se retranchent dans la clandestinité. Par souci de discrétion et peur de la délation, les fillettes sont « coupées » à la va-vite et sont ainsi plus susceptibles de faire une hémorragie ou une infection mortelles.
Excision transfrontalière
Autre stratégie pour contourner la répression : faire « couper » sa fille dans un pays voisin. Les mères s’y rendent avec leur fille sous le couvert d’une visite à un cousin. Parfois, ce sont des groupes de fillettes que l’on convoie.
Parmi les pays privilégiés figure la Côte d’Ivoire en raison de l’instabilité politique. En effet, après la tentative ratée de coup d’Etat de 2002, certains acteurs de terrain ont constaté que la loi contre l’excision était moins appliquée dans le Nord du pays. Du coup, les partisans de l’excision soumettaient leur enfant à une MGF sans crainte d'être pénalisés. Même tendance vers le Mali, mais pour d’autres raisons : le pays ne criminalise pas la pratique.
Harmoniser la répression
Pour mettre fin à l’impunité, le Burkina Faso, le Bénin, la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Mali, le Niger et le Togo se sont fixés pour objectif l’éradication de la « délocalisation de l’excision » d’ici 2015. Pour cela, il faut au minimum que tous les Etats de la région interdisent la coutume. Et donc convaincre le Mali, le Bénin et le Niger de pénaliser spécifiquement l’excision.
Or, si la sensibilisation bat son plein sur les conséquences néfastes des MGF (incontinence urinaire et/ou fécale, rapports sexuels douloureux voire impossibles, accouchement dangereux pour la mère et le bébé…), les populations restent encore très attachées à la tradition. Les décideurs prendront-ils le risque de s’y opposer ?

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