"L'alcool favorise le développement du VIH"

03/02/2010 à 10h:27 Par Habibou Bangré
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Les Africains, notamment les jeunes et les femmes, consomment de plus en plus d'alcool Les Africains, notamment les jeunes et les femmes, consomment de plus en plus d'alcool © Vincent Fournier pour J.A

Sur le continent africain, l’usage nocif d’alcool industriel, traditionnel ou frelaté cause 3,3% des décès. Et 2,9% des Africains vivent avec des complications liées à l’ingestion de boissons alcoolisées. Interview d'une spécialiste de l'abus de substances du bureau afrique de l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

L’Afrique a la gueule de bois. Les jeunes, et un nombre croissant de femmes, consomment de plus en plus d’alcool. En cause, un certain type de développement, la publicité et la non-régulation du marché des spiritueux, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui s’alarme de la multiplication des comportements sexuels à risque. Etat des lieux avec Carina Ferreira Borges, officier technique pour l’abus de substances au bureau régional de l’OMS pour l’Afrique (Congo-Brazzaville).

Jeuneafrique.com : Quel état des lieux feriez-vous de l’usage nocif d’alcool en Afrique ?

Carina Ferreira Borges : De plus en plus, les gens consomment de l’alcool en dehors des fêtes culturelles, des mariages… Il y a tout un changement au niveau de la consommation qui fait que l’usage nocif d’alcool augmente. Dans beaucoup de pays, on observe que les jeunes sont particulièrement concernés.

Les femmes boivent plus qu’avant. Pourquoi ?

La consommation augmente, mais ce sont toujours les hommes qui consomment le plus. Cependant, la publicité joue un rôle très important dans la consommation d’alcool chez les femmes. Avant c'était très mal perçu. Maintenant, les publicitaires s'évertuent à démontrer que les femmes qui boivent sont plus indépendantes, plus à l’aise avec elles-mêmes, avec leur image... Bref, qu'elles sont l'égal des hommes.

Quels sont les dégâts provoqués par l’usage abusif d’alcool ?

Premièrement, on sait que l’alcool cause beaucoup d’accidents de la route chez les jeunes. Deuxièmement, on a des conséquences à plus long terme : des cancers, par exemple de l’estomac, des cirrhoses du foie... L’alcool favorise aussi le développement de maladies infectieuses, comme la tuberculose et le VIH. En Afrique, qui a un fort taux de maladies infectieuses, l’alcool augmente le nombre de nouveaux cas [de VIH] – surtout parmi les jeunes qui auront des comportements sexuels à risque. En terme de traitement contre le VIH et la tuberculose, les gens qui boivent beaucoup ont plus de difficultés à suivre le traitement jusqu’à la fin. Sans compter que les médicaments sont moins efficaces car l’alcool diminue la capacité de l’organisme à les assimiler et à se défendre.

Y a-t-il de bons élèves dans la lutte contre l’alcoolisme ?

Le Botswana, la Namibie et le Ghana, notamment, développent des politiques orientées vers la protection de la population comme, par exemple, la régulation du marché des boissons alcoolisées. Cela passe par le contrôle des lieux de vente, de leur densité, des heures de vente... Certains pays fixent également un âge minimum pour la consommation d’alcool. Mais dans tous les cas, il est très important de s’assurer de l’application de ces mesures pour en évaluer l'impact.

Des structures spécifiques prennent-elles en charge les alcooliques ?

Au Cap-Vert et en Ouganda, des institutions prennent en charge les personnes dépendantes de l’alcool. En Namibie, vous avez des groupes d’alcooliques anonymes très biens développés. Toutefois, l’approche est en général surtout préventive. On essaie d'identifier de manière précoce les patients ayant des problèmes d’alcool. L’objectif est de les aider dès ce stade pour éviter qu’ils ne passent à une phase plus compliquée, qui nécessite une intervention très spécialisée et beaucoup plus chère. Les centres primaires de santé manquent d’organisation et, au niveau des personnels de santé, on banalise parfois l’usage nocif d’alcool. Par ailleurs, quelques pays ont aussi quelques structures spécifiques de désintoxication. Mais c’est insuffisant. Car la plupart des traitements sont dispensés dans des institutions psychiatriques. Et les malades sont très réticents à s'y faire soigner...

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