26/01/2010 à 14h:40 Par Lauranne Provenzano
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Ali Bongo Ondimba a décommandé une interview avec la presse française pour des raisons inconnues Ali Bongo Ondimba a décommandé une interview avec la presse française pour des raisons inconnues © AFP

« Internationales », l’émission politique dominicale de TV5 Monde, devait être consacrée dimanche 24 janvier à une interview du président gabonais Ali Bongo Ondimba (ABO), à Libreville. Xavier Lambrechts (TV5 Monde), Bruno Daroux (RFI) et Philippe Bernard (Le Monde), qui officient conjointement tous les dimanches à 18h10 dans l’émission, avaient annoncé à l’avance cette grand-messe avec ABO. Tout semblait donc programmé.

Dès le 20 janvier d’ailleurs, les trois journalistes s’étaient rendus dans la capitale gabonaise, où l’enregistrement était prévu deux jours plus tard. Mais à la surprise des téléspectateurs, l’interview a été annulée au dernier moment, sans aucune explication, pour être remplacée par une spéciale « séisme à Haïti », préparée à la hâte. Simple contrainte de l’actualité ? Pas vraiment…

Pas de rendez-vous ultérieur

En réalité, la rencontre avec le président gabonais n’a jamais eu lieu. Le jeudi 21 janvier dans l’après-midi, les journalistes sont reçus par Laure Olga Gondjout, la ministre gabonaise de la Communication. Celle-ci les informe courtoisement que la rencontre est annulée. Elle explique qu’il n’y a dans cette décision rien de personnel à l’égard des journalistes, et qu’Ali Bongo a dû également renvoyer la chaîne satellitaire Al-Jazira, qui était venue pour l’interviewer. Aucune raison n’est avancée. Les médias s’en retournent donc en France les mains vides et les bandes vidéos vierges.

Le lendemain de l’émission sur la catastrophe haïtienne, les directions des trois médias reçoivent une lettre officielle d’excuses. Le gouvernement gabonais avance des « raisons impératives et indépendantes de la volonté du chef de l’Etat »  pour expliquer son revirement la semaine précédente. Les frais des journalistes, venus inutilement à Libreville, leur seront évidemment remboursés. Mais le message ne fait pas mention d’un quelconque report à une date ultérieure.

La BEAC, un sujet trop sensible ?
Pourquoi ce revirement, alors que les journalistes français venaient interroger ABO au moment où il célébrait, le samedi 23 janvier, ses 100 jours à la tête du pays ? Une explication s’impose.

Quelques jours auparavant, le président gabonais était à Bangui, au sommet de la Cemac dont il est reparti très mécontent après avoir essuyé un revers de taille : le compromis de Fort-Lamy, qui assurait depuis 1975 la présidence de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) à un Gabonais, a volé en éclat. C’est l’Equato-guinéen Lucas Abaga Nchama qui a été nommé en remplacement du Gabonais Philibert Andzembé, mis en cause dans le scandale (révélé par Jeune Afrique) du détournement de plusieurs millions d’euros dans la succursale parisienne de la banque.

La perte d’un leadership longtemps conservé par le père de ABO, l’ancien président gabonais feu Omar Bongo Ondimba, serait-il un sujet trop sensible pour être abordé devant les caméras françaises ?

Sur le même sujet
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

International

Saïd Mahrane, la lettre au père

Saïd Mahrane, la lettre au père

Journaliste politique spécialiste de la droite française, Saïd Mahrane, enfant d'immigrés algériens, a enquêté sur ses racines "pour mieux tenir debout".[...]

France : Marine Le Pen, de Jeanne d'Arc à Karl Marx

Rompant avec le national-libéralisme de son père, Marine Le Pen amorce en matière économique un virage risqué pour le Front national : antimondialiste, protectionniste, ouvriériste et[...]

Marine et Jean-Marie Le Pen : tel père telle fille, à quelques nuances près

Immigration, politique familiale, sécurité... Excepté au niveau économique, Marine Le Pen se situe à quelques nuances près dans le droit fil de son père Jean-Marie. Petite[...]

France - Maroc : Hollande bientôt à Rabat

Le candidat socialiste à la présidentielle française François Hollande a prévu de se rendre au Maroc d'ici à la fin du mois de mars. Sera-t-il reçu par le roi Mohammed VI ?[...]

Corée du Nord : un Kim peut en cacher un autre

En exil à Macao, Kim Jong-nam, le demi-frère de Jong-un, le nouveau dirigeant nord-coréen, critique vertement le régime. S'y risquerait-il sans le soutien de la Chine ?[...]

Polémique "Black Fashion Power" : l'élégance est-elle une question de couleur ?

Le 13 janvier, le magazine français "Elle" suscitait un vaste polémique en publiant un article aux forts relents racistes : "Tendance : Black Fashion Power, un style loin du street-wear". Le point[...]

Chine : Ordos, capitale fantôme

En Chine, au coeur de la Mongolie-Intérieure, une ville nouvelle est sortie de terre en quelques années. Ordos est fastueuse. Et déserte.[...]

Syrie : pourquoi Bachar Al-Assad résiste encore

Malgré l'intensification de l'insurrection armée et des pressions internationales, le président syrien, Bachar Al-Assad, plie, mais ne rompt pas. Son recours habile à plusieurs atouts maîtres n'y[...]

France : qui a peur de François Bayrou ?

Depuis deux mois, le candidat à la présidentielle française François Bayrou fait une percée dans les sondages. Avec 14 % d'intentions de vote, le centriste commence à inquiéter le[...]

Syrie : les États-Unis ferment leur ambassade, les morts s'accumulent

Le département d’État américain a annoncé lundi avoir fermé son ambassade en Syrie et évacué tous ses fonctionnaires présents sur place. L’ambassade était[...]

Voir tous les dossiers