20/12/2009 à 13h:22 Par Habibou Bangré
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Khalifa Ababacar Sall, maire de Dakar depuis mars 2009, accueillera le sommet Aficités en 2012 Khalifa Ababacar Sall, maire de Dakar depuis mars 2009, accueillera le sommet Aficités en 2012

Le nouveau maire socialiste de la capitale sénégalaise accueillera l'organisation du sommet des collectivités locales Africités 2012, dont l'édition 2009 vient de se tenir à Marrakech (16-20 décembre). A cette occasion, il s’est confié à notre envoyée spéciale. Rencontre.

Jeuneafrique.com : Lorsque vous avez été élu, en mars 2009, vous avez appelé tout le monde à travailler avec vous. L'opposition joue-t-elle le jeu ?
Khalifa Ababacar Sall : Oui, jusqu’à présent tout se passe très bien au niveau du conseil municipal. Notre gouvernance se veut transparente, participative et inclusive, notamment dans l'élaboration et la gestion du budget. Aujourd’hui, tous les groupes de la majorité comme de l’opposition sont au même niveau d’information et de responsabilité.

Vos rapports avec Karim Wade, qui a perdu l'élection municipale de Dakar et n’a pas assisté à votre investiture, se sont-ils améliorés ?
Pour l’instant, il n’est pas encore venu assister à une seule séance du conseil municipal. Mais il est venu nous rendre visite et a manifesté sa disponibilité pour nous accompagner. Il est dans de bonnes dispositions envers nous. Le « combat » électoral de mars 2009, c'est du passé. Aujourd’hui, il s’agit de travailler pour les Dakarois en laissant de côté les clivages politiques. Il n’y a que Dakar qui compte.

Justement. Les défis sont immenses, notamment en ce qui concerne l’expansion de la ville…
Notre principal challenge est de lutter contre la ruralisation de Dakar. Notre capitale est un vrai souk : tout est devenu espace de commerce et de marché et il n’y a presque plus de trottoirs ni de rues… Nous avons entamé une concertation avec tous les acteurs socio-économiques pour élaborer une politique de ville globale. Trois défis majeurs se posent : sécurité, salubrité, mobilité. Pour les relever, il faudra donner vie à de nouveaux pôles de développement. Et faire en sorte que Dakar ait des espaces de loisir et devienne, enfin, une ville événementielle, une ville de rencontres…

Comment comptez-vous lutter contre la corruption dans l’attribution des marchés publics?
C’est aux autorités locales et nationales de faire en sorte de ne pas être « accessibles » à la corruption. Pour cela, il faut créer des conditions de transparence maximum. A Dakar, nous avons décidé que tous les travaux et tous les investissements passeront désormais par des appels d’offres publics. Ensuite, nous avons créé une commission de marché dans laquelle se retrouvent toutes les sensibilités politiques. Nous faisons aussi en sorte que nos partenaires multilatéraux et bilatéraux puissent avoir leur mot à dire dans les procédures mises en place. Et, enfin, une direction centrale des marchés publics a été créée. Nous ne ferons plus rien de gré à gré.

La polémique reste vive concernant la construction du monument de la Renaissance africaine à Dakar. Quelle est votre position ?

Je ne comprends ni l'opportunité ni l'efficacité de cet investissement. Compte tenu de la situation économique et sociale du Sénégal, fallait-il mettre 16 milliards de F CFA (9 milliards selon le pouvoir) dans ce monument qu'on n'est pas sûr d'amortir puisque le président va prendre le tiers de ses revenus? Les Coréens du Nord ont fait beaucoup de monuments chez eux, mais le pays est toujours rongé par la pauvreté ! Prendre le bien public de la nation – parce que c’est bien cela qu’on a aliéné – pour faire ce monument alors qu’on aurait pu financer beaucoup d'autres choses, ce n’est pas un bon choix politique.

Le président Wade a déclaré qu’il se représenterait en 2012. Que pensez-vous de cette annonce ?
C’est son choix et nous le respectons. Qu’est-ce qui l'a motivé ? Je pense qu’il avait besoin de se rassurer, de rassembler son camp. Et de donner le change à l'opposition. Malheureusement, nous sommes tombés dans son piège. Au lieu de nous préoccuper d’autre chose, on ne pense qu'à la prochaine présidentielle. Par ailleurs, je pense que les manœuvres en cours laissent présager d'une élection avant 2012. Je dis toujours à mes amis : « Le président n’est pas candidat pour 2012 mais pour 2010 ou 2011. »

Vous êtes pour une levée de la limitation des mandats présidentiels. Pourquoi ?

Je pars du principe que la limitation des mandats n’est pas très démocratique, même s'il est vrai que la levée de cette limitation doit toujours être précédée d'une plus grande maturité démocratique. Tant que c’est le peuple qui décide, librement, en connaissance de cause et dans les meilleures conditions démocratiques, on peut être président pendant 25, 30 ou même 100 ans, ça ne me pose pas problème!
 

Propos recueillis par Habibou Bangré lors du cinquième sommet des collectivités locales Africités à Marrakech (16 au 20 décembre).

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