27/12/2009 à 00h:06 Par Justine Spiegel
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Les violences post-électorales ont plongé le Kenya dans le chaos Les violences post-électorales ont plongé le Kenya dans le chaos © AFP

Il y a tout juste deux ans, au Kenya, la réélection entachée de fraudes de Mwai Kibaki déclenchait une vague de violences meurtrière. Retour sur un épisode sanglant qui a ébranlé le pays phare de l'Afrique de l'Est.

A l’issue du scrutin du 27 décembre 2007, entaché de fraudes, Mwai Kibaki s’autoproclame trois jours plus tard vainqueur de l’élection présidentielle face à Raila Odinga, son principal adversaire. Contestée par l’opposition, cette réélection crée une onde de violences qui plonge le pays dans le chaos, en particulier à Nairobi et dans la vallée du Rift. La crise semble sans issue. Une vague d’affrontements meurtriers, due principalement à la pauvreté, à la corruption et surtout aux inégalités, déferle sur le pays. Mais elle prend aussi, localement, une forte dimension ethnique en opposant Kikuyu et Luos.
La communauté internationale se mobilise pour sortir le pays de la spirale de  violences dans laquelle il est entrainé. La prix Nobel de la paix, Wangari Muta Maathai appelle à un partage du pouvoir entre le président sortant et le chef de l’opposition. Pour elle, c’est l’unique issue possible.

Bilan dramatique
Le 25 février 2008, la violence se calme et on dresse le bilan. Il est dramatique. Dans ce pays considéré jusqu’alors comme la locomotive de l’Afrique de l’Est, environ 1 300 personnes ont trouvé la mort et quelque 300 000 autres ont été déplacées. C’est dans ce climat que trois jours plus tard, les négociations menées sous l’égide de l’Union africaine (UA) et de Kofi Annan, ancien secrétaire général des Nations Unies et médiateur dans la crise, aboutissent à la signature de l’accord de partage du pouvoir tant espéré et à la formation d’un gouvernement de grande coalition. Le président Kibaki, qui concentre en réalité le pouvoir et le nouveau Premier ministre Odinga essaient désormais de travailler ensemble.

Une Constitution pour un nouvel équilibre
La nouvelle Constitution du pays, dont le projet a été dévoilé le 17 novembre dernier, a pour objectif de maintenir l'équilibre précaire entre le président et le gouvernement. Saluée par les Etats-Unis, elle prévoit la création d’un poste de Premier ministre aux pouvoirs réels, chargé notamment de choisir une vingtaine de ministres. Il devra être nommé par le président, chef de l’Etat, qui commande les forces armées. Le concept n’est bien sûr pas nouveau, et il avait déjà été évoqué en 2002 par la Coalition arc-en-ciel (Narc) au pouvoir lors d’une alternance historique pour le pays. Déjà soumise à l’appréciation des Kenyans, la Constitution fera l’objet d’un référendum en 2010.
Le projet fait partie des « réformes concrètes » (projet de nouvelle Constitution, avancée de la réforme agraire…) que Kofi Annan entend mener à bien. Mais, tant que toute la lumière ne sera pas faite sur les crimes commis en décembre 2007-février 2008, tous ces efforts seront vains. C’est pourquoi Luis Moreno Ocampo, le procureur de la Cour pénale internationale (CPI) a déclaré, le 26 novembre dernier à la Haye, vouloir ouvrir une enquête sur les exactions post-électorales.

Plusieurs ministres suspects
Devant le refus du Parlement kényan de constituer un tribunal spécial, Kibaki et Odinga sont tombés d’accord pour que six des onze principaux suspects - dont on murmure qu’ils comptent plusieurs ministres en activité - soient jugés devant la CPI tandis que les autres seraient jugés au Kenya. En outre, les victimes disposent de trente jours pour adresser leurs commentaires et doléances au juge, ce qui est une première.
Les coupables pourraient donc être jugés en 2010… Soit deux ans avant les prochaines élections présidentielles prévues pour la fin de 2012. Les candidats se pressent déjà et ne cachent plus leurs ambitions. On pourrait retrouver le vice-président Stephen Kalonzo Musyoka, Uhuru Kenyatta le fils du premier chef de l’Etat ainsi que le ministre de l’agriculture William Ruto. Et Martha Karua, poids lourd du gouvernement de coalition, a démissionné du ministère de la justice en 2009…
 

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