19/12/2009 à 16h:01 Par P-F Naudé et Habibou Bangré, envoyée spéciale
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Simon Compaoré est maire de Ouagadougou depuis 1995 Simon Compaoré est maire de Ouagadougou depuis 1995 © Yempabou Ahmed Ouoba pour Jeune Afrique

Le maire de Ouagadougou achève bientôt son troisième mandat. En quinze ans, Simon Compaoré s’est surtout employé à faire le ménage dans sa ville. Au sens propre comme au sens figuré… Interview.

« Je voudrais simplement dire qu’être maire, c’est passionnant. C’est excessivement compliqué, mais passionnant… » Simon Compaoré est un homme affable et travailleur. Élu à la tête de la capitale burkinabè à trois reprises (1995, 2000 et 2005), cet homme de 57 ans aime sa ville et ça se sent. Un peu trop, peut-être, selon ses nombreux détracteurs qui ont rebaptisé Ouaga « Simonville ».


L’édile est en effet très présent. Il n’est pas rare de le trouver en train de sillonner la capitale dès quatre ou cinq heures du matin. Il est accessible et parle à tout le monde. Mais l’opposition garde une dent contre lui car c’est aussi un poids lourd du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP, parti présidentiel), qui ne mâche pas ses mots. « Dans le débat politique, il n’est pas très courtois. Il n’hésite pas à dire, par exemple, que l’opposition n'aurait pas un siège au Parlement sans le consentement de son parti », dit un journaliste ouagalais.


On reproche aussi à Simon Compaoré d’avoir interdit en 1998-1999 les manifestations du Mouvement burkinabè des droits de l’homme et des peuples (MBDHP), qui faisaient suite à l’assassinat du journaliste Norbert Zongo. On l'accuse même d'avoir fait encercler par de jeunes militants la maison de l’ancien président du MBDHP, Halidou Ouedraogo.
La Cour des comptes, elle aussi, a épinglé Simon Compaoré en 2006 pour de nombreuses irrégularités sur la passation de marchés publics dans le cadre de la réfection de l’Hôtel de ville de Ouaga. Montant estimé des travaux : plus d’un milliard de F CFA. Une dépense que beaucoup de Ouagalais jugent excessive.


En revanche, tout le monde s’accorde à dire que le maire de Ouaga s’est attelé avec succès à assainir sa ville et à améliorer la qualité de vie de ses habitants. Un point dont il n’est pas peut fier et qu’il sait bien mettre en valeur...


Jeuneafrique.com : Cela fait près de 15 ans que vous êtes maire de Ouagadougou. Quelle est l’action dont vous êtes le plus fier ?
Simon Compaoré : Alors là, je n’hésite pas : la propreté ! Nous sommes une ville de près de deux millions d’habitants, et chaque année l’accroissement de la population se situe entre 120 000 et 140 000 personnes. En 1995, nous avons institué le balayage des rues et, surtout, nous avons créé la « brigade verte ». Elle compte aujourd’hui plus de 1 700 balayeuses issues de milieux défavorisés. Elles ont reçu plusieurs récompense internationales : l’une au Sommet Africités de Yaoundé, en 2003, une autre de la part de Dubaï et de l’Onu-Habitat, en 2007, et la dernière, en 2008, du Premier ministre de Bahreïn, toujours en relation avec l’Onu-Habitat. Ce succès est une fierté parce que nous avons peu de moyens – nous dépensons moins de 400 millions de FCFA par an pour la propreté.

Vous luttez contre la saleté, mais aussi contre la prostitution...
Parce qu’il n’y a pas de boulot, les gens se laissent aller à des facilités. Vous trouvez des jeunes filles qui font le trottoir, et qui peuvent en mourir. Là où je ne suis pas d’accord, c’est la multiplication des maisons closes sur des parcelles que nous donnons aux citoyens pour y construire. Or, la plupart de ces gens prennent des parcelles et construisent des bicoques, non pour y habiter comme la loi les y oblige, mais pour créer des maisons closes, alors que d’autres personnes dorment dehors. Là, je dis stop !

Début septembre, Ouagadougou a été frappée par d’importantes inondations. Où en est la prise en charge des milliers de sinistrés ?
Nous sommes en passe de résoudre les problèmes. Plus de 150 000 personnes étaient en difficulté. Il fallait les reloger, les habiller, les nourrir, les soigner… La solidarité internationale - tentes, couvertures, vivres – et nationale ont été importantes. Nous avons mobilisé 7 milliards de F CFA. Les sinistrés ont d’abord été relogés dans les écoles. Puis, comme la rentrée scolaire s’annonçait, nous les avons redirigés vers des sites où nous leur avons dressé des tentes. Nous avons aussi débloqué près de 8 milliards de FCFA pour leur offrir des parcelles où l’on installe actuellement l’eau courante et l’électricité. Chaque famille reçoit 230 m2, 30 sacs de ciment, 20 tôles, et une enveloppe de 50 000 FCFA pour ceux qui veulent faire appel à un maçon.

Vous êtes aussi le 2e vice-président du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), le parti au pouvoir. Est-ce que Simon rêve de remplacer Blaise ?
Moi, je suis local ! Et mon ambition c’est qu’en partant de la mairie l’histoire retienne que j’étais un fanatique du développement local. Et qu’avec nos équipes nous nous sommes donnés à fond. Quelquefois, il y a des gens qui ont la folie de la démesure, mais moi j’ai les pieds sur terre. Parce qu’être président d’un pays ce n’est quand même pas une mince affaire. Le tout n’est pas de conquérir le pouvoir, c’est de le gérer après…


Propos recueillis par Habibou Bangré lors du cinquième sommet des collectivités locales Africités à Marrakech (16 au 20 décembre).

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