30/11/2009 à 17h:30 Par Pierre Boisselet
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Le président rwandais Paul Kagamé Le président rwandais Paul Kagamé © AFP

Les deux pays ont annoncé le rétablissement de leurs relations diplomatiques près de trois ans après leur rupture. Cette déclaration intervient après des mois de négociations.

L’entrée du Rwanda au Commonwealth, entérinée dimanche, laissait imaginer que ses relations avec la France étaient toujours aussi mauvaises. En rejoignant le club des anciennes colonies britanniques majoritairement anglophones, Kigali cherchait-il à faire un pied de nez à Paris ? Etonnamment, pas du tout.

Claude Guéant à Kigali
Alors que les membres de l’organisation se prononçaient pour l’adhésion du Rwanda, la France s’activait en coulisses pour rétablir des relations diplomatiques interrompues depuis novembre 2006.
Le communiqué de l'Elysée publié hier indique que Claude Guéant s’est rendu à Kigali dimanche, où il s’est entretenu avec le président rwandais Paul Kagamé. « A l’issue de ces entretiens, le président de la République française et son homologue rwandais sont convenu de rétablir les relations diplomatiques entre les deux pays », conclut le texte.
La rupture avait été provoquée par l’émission de mandats d’arrêt par le juge anti-terroriste Jean-Louis Bruguière. Ceux-ci visaient des proches de Paul Kagamé, soupçonnés d’implication dans l’attentat qui avait coûté la vie à l’ex-président Juvenal Habyarimana en 1994, prélude au génocide. A Kigali, cette initiative de la justice française avait été perçue comme une provocation gravissime.

2007 : le dégel

« Le président Nicolas Sarkozy avait fait comprendre dès son arrivée au pouvoir qu'il allait essayer de résoudre le problème du Rwanda », a commenté rétrospectivement la ministre rwandaise de l'Information, Louise Mushikiwabo.
La mise en disponibilité du juge Bruguière pour devenir candidat du parti présidentiel (UMP) aux élections législatives de 2007, peu après l’élection de Nicolas Sarkozy, a peut-être été interprétée comme un signe par Kigali.
De même, la négociation a été facilitée par la nomination de Bernard Kouchner au ministère des Affaires Etrangères. Ce dernier est perçu comme moins hostile à la position rwandaise que certains de ses prédécesseurs, comme Hubert Védrine ou Dominique de Villepin, que Kigali accusait d’avoir soutenu des génocidaires.
Depuis la fin 2007, les contacts ont donc repris doucement entre les deux pays. En janvier et novembre 2008, les déplacements remarqués de Kouchner à Kigali, avaient été interprétés comme des marques d’apaisement.
Nouveau signe positif la semaine dernière, après l’arrivée de deux juges d’instruction françaises au Rwanda pour enquêter sur les éventuelles implications de Rwandais résidants en France, dans le génocide. Kigali a salué ce geste – une première depuis 2006 – comme un « espoir dans la traque des présumés génocidaires rwandais en France ».
Tout n’est pas encore réglé entre les deux pays. « Il n'y avait pas de contradiction entre tourner la page et ne pas oublier », souligne Louise Mushikiwabo auprès de l’AFP. Son gouvernement continue d’accuser la France d’avoir aidé des responsables du génocide, ce que les autorités françaises ont toujours nié.
Mais pour l’heure, Paris et Kigali préfèrent mettre l’accent sur les progrès accomplis : le Rwanda espère « pouvoir assainir un climat diplomatique qui a été empoisonné depuis 1994 », a déclaré la porte-parole du gouvernement.














 

Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

International

Tennis : les Africains de Roland Garros

Tennis : les Africains de Roland Garros

Le tennis n’est assurément pas le sport le plus pratiqué d’Afrique. Les joueurs du continent sont donc peu nombreux à participer, à partir de dimanche 27 mai, à la grand messe du te[...]

France : François Hollande et la francophonie

«François Hollande a compris que l'Organisation internationale de la francophonie [OIF] était un cadre intéressant pour faire avancer la démocratie en Afrique, sans trop mettre la France en[...]

Cinéma - Yousry Nasrallah : "Je ne me suis jamais senti aussi libre"

Le cinéaste égyptien Yousry Nasrallah, en compétition pour la Palme d'or, est arrivé à Cannes sans ses affaires, mais avec un film éminemment politique sur la révolution, dont les[...]

Namibie : le génocide oublié

Au tout début du XXe siècle, en Namibie, les colons allemands entreprirent d'exterminer systématiquement les peuples herero et nama. Dans un documentaire poignant, la réalisatrice Anne Poiret[...]

Syrie : petits arrangements entre parias

Comment l'Iran aide-t-il la Syrie à exporter son pétrole, en dépit des sanctions internationales ciblant les deux pays ?[...]

France : Hollande et les Arabes

Gilles Kepel est politologue français, spécialiste de l'islam et du monde arabe[...]

Festival de Cannes : Dieudonné, "L'Antisémite" indésirable

Dieudonné n’aura pas les primeurs du festival de Cannes. Le marché du film du Festival de Cannes a obtenu, jeudi 24 mai, l’annulation de la projection de son premier long-métrage, intitulé[...]

France-Afrique : la révolution tunisienne a laissé des traces

Zyed Krichen est le directeur de la rédaction du quotidien tunisien "Le Maghreb".[...]

État-Unis - Sénégal : les éloges de Carson à... Wade

Barack Obama avait promis en 2008 de soutenir la démocratie partout en Afrique. Abdoulaye Wade ayant accepté le verdict des urnes, Johnnie Carson chargé des affaires africaines au côté d'Hillary[...]

France - Maroc : le roi Mohammed VI reçu à l'Élysée par François Hollande

En visite privée en France, le souverain marocain Mohammed VI a été reçu à l’Élysée, jeudi 24 mai, dans l’après-midi. Il est le premier chef d’État[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers