20/11/2009 à 16h:30 Par Fawzia Zouari
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Je n’ai pas l’habitude de commenter les matchs de foot et je n’ai surtout pas envie de me faire lyncher par les supporters de telle ou telle équipe, ni de communier dans la frénésie collective. Je veux seulement, de mon point de vue de spectatrice et de femme arabe, réagir à ce qui s’est passé dernièrement autour des deux matchs qui ont opposé les Fennecs aux Pharaons.

Voici ce qu’on a vu sur les télévisions du monde entier : du sang qui coule, des barres de fers, des foules vociférantes au-delà du simple déchaînement hooligan. Un attentat kamikaze ? Non ma fille, un match. « Musulmans et arabes, normal ! » pensent sans le dire les commentateurs étrangers. Mais si, nous sommes fichés, mes frères, vous n’y pouvez rien !

Je croyais jusque-là que les Egyptiens étaient un peuple doux et pacifiste. Que Nasser a forgé la notion d’arabité, que les chansons d’Oum Kalthoum nous sont plus familières que nos propres hymnes nationaux. Le foot rend-il fous les gens du Nil et fait-il du peuple de la Nahdha, des lettres et des arts, une horde sauvage dès qu’il s’agit de s’émouvoir pour un ballon ?

Et les Algériens, donc ! Hommes et femmes dans la rue, épaule contre épaule, oublieux de l’injustice et de la misère, filles sans voile, comme jamais velléité laïque ou programme féministe n’a réussi à obtenir. Et fierté soudain à l’œuvre d’un peuple qui n’a pas cessé de se lamenter de la « hogra » de ses dirigeants ! Qui, pour menacer les Egyptiens de sa capacité à les hacher menu, ne trouve pas meilleur moyen que d'invoquer la guerre d’Algérie. Comment oser rappeler la mémoire des martyrs et le passé d’une grande révolution en de telles circonstances ?

Une jeunesse algérienne frustrée à qui seul le patriotisme donne l’illusion de posséder encore quelque chose, nous dit-on. Et moi, je dis que ces 9 000 billets payés aux supporters des Fennecs pour qu’ils se rendent à Khartoum, ces hôtels pris en charge par l’Etat, cette générosité déployée pour flatter une joie éphémère, auraient mieux servi à construire des logements à des Algérois démunis dont les émeutes couvent encore.

Et quid de « l’union arabe », dont on nous rabat les oreilles ? Un slogan creux. Des peuples qui, en vérité, ne sont pas plus prêts que leurs dirigeants à s’unir, qui auraient payé le tribut de morts pour remporter une mi-temps, qui auraient soudoyé le « Satan » occidental pour terrasser par missile, s’il le faut, les ascendants et descendants de l’équipe adverse tout sarrasins qu’ils soient. Dire que ce sont les mêmes qui nous chantent la balade de la « rue arabe unie », celle qui doit faire face à l’ennemi… Mais mes frères, reprenez vos esprits !

Toutefois, si l’on veut faire contre mauvaise fortune bon cœur , il est possible de penser ceci : Il n’est point d’islamisme qui ne s’accommode de la passion du foot et qui ne soit prêt à oublier les fondements de la charia, acceptant d’envoyer ses femmes têtes nues dans les stades sans brandir le moindre verset. Et c’est tant mieux, peut-être. Le seul mérite du foot, en l’occurrence, serait de casser certains mythes qu’on nous ressasse depuis des décennies et de vaincre les mots d’ordre fanfaronnants. Par conséquent, sus aux programmes islamistes, aux hérauts de la nation arabe, aux chantres de l’union sacrée !

Vive le foot qui marque des buts dans les filets serrés de la « cause arabe » et qui vise au cœur la « Oumma ». Et ce d’autant que le fascisme du ballon a cela de mieux que le fascisme des idéologies : il ne dure que l’espace d’un match.

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