13/11/2009 à 10h:26 Par Cécile Sow
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Les hostilités ont repris cet été en Casamance Les hostilités ont repris cet été en Casamance © AFP

Cinq ans après la signature de l’accord de paix entre l’Etat et le Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC), le conflit continue de hanter le sommeil des habitants du sud du Sénégal. 

Après la relative accalmie observée depuis décembre 2004, les hostilités ont repris cet été en Casamance. En juin, des véhicules militaires ont été saccagés. En septembre, des soldats ont ouvert le feu sur des « rebelles ». En octobre, il y a eu un ratissage de l’armée dans le département de Bignona. Peu après six militaires ont péri dans une attaque à la roquette organisée par les éléments supposés appartenir au MFDC. Dans le même temps, les braquages, dans lesquels des civils ont trouvé la mort, se sont multipliés. Pour faire face à cette montée de violence, l'armée a renforcé ses effectifs dans la région.

« C’est un conflit qui ne veut rien dire », a déclaré un commandant du MFDC « repenti » à Jeune Afrique, qui publie le 15 novembre le reportage « Casamance ni guerre ni paix ». Le témoignage de ce responsable a été recueilli fin octobre à Ziguinchor et nous le publions sans nom ni photo, pour respecter son anonymat.

« En 1986, j'avais 17 ans. Un jour, à la sortie de l'école à Ziguinchor, j'ai été approché par des gens du MFDC. Ils ont dit qu'ils avaient besoin de jeunes pour prendre la relève et continuer la lutte pour l'indépendance pour un avenir meilleur pour la Casamance. Quelques camarades de mon âge et moi-même étions emballés à l'idée de faire quelque chose pour nous et nos familles alors nous sommes partis avec eux vers la frontière de la Guinée-Bissau, dans un camp commandé par Sidy Badji. Mes parents ne m'ont jamais rien dit. Ni lorsque je venais en permission ni quand je suis rentré définitivement il y a trois mois. Les gens ont peur de parler de ça.

Au camp, la vie était dure. On chassait pour manger et sur le plan sanitaire il n'y avait rien. Mais on a reçu une vraie formation militaire avec des instructeurs qui étaient des retraités de l'armée. On a appris la stratégie et la tactique militaires. On avait aussi des cours de discipline. J'ai d'abord été simple combattant, puis chef de section et quand j'ai arrêté, j'étais commandant de compagnie.

Depuis longtemps j'avais envie de sortir, mais c'est dangereux. Au maquis on risque des représailles. En ville on peut être arrêté. Mais, un jour un ancien combattant que je connaissais m'a parlé d'une ONG qui aide à se réinsérer. J'ai gâché ma vie dans le maquis, mais je ne savais pas comment faire pour m'en sortir. Au début je m'étais engagé pour l'indépendance, mais maintenant je ne veux plus en parler. 22 ans, ce n'est pas deux jours, ce n'est pas deux ans.

Personnellement, j'ai participé à des attaques. Mais je n'étais ni saoul ni drogué car on nous interdit ça. On s'est aussi entretué entre nous, entre membres du MFDC dans les années 1986 à cause du problème de Salif Sadio. De nos jours, il y a parfois des bagarres parce que les gens n'ont pas forcément la même façon de voir les choses, mais il n'y a plus de tueries. La vie au camp est organisée. Tous les deux mois, il y a même des rencontres avec César Badiate. On parle de la situation. Il est calme, sympa. Il veut le dialogue avec l'Etat. »

Pour en savoir plus : lire le reportage « Casamance ni guerre ni paix » dans Jeune Afrique, en vente à partir du 15 novembre 2009.

Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Sénégal

Photographie : résistances sénégalaises

Photographie : résistances sénégalaises

Une exposition et un livre reviennent sur les mouvements de révolte qui ont marqué la campagne présidentielle.[...]

État-Unis - Sénégal : les éloges de Carson à... Wade

Barack Obama avait promis en 2008 de soutenir la démocratie partout en Afrique. Abdoulaye Wade ayant accepté le verdict des urnes, Johnnie Carson chargé des affaires africaines au côté d'Hillary[...]

Sénégal - Automobile : les concessionnaires ont le blues

Le président sénégalais Macky Sall a assoupli les restrictions à l'importation de véhicules d'occasion. Une mauvaise nouvelle pour la profession alors que le marché du neuf peine à[...]

Droits de l'homme en Afrique : progrès incertains au Nord, attentes pour le Sud

Amnesty International a rendu public, jeudi 24 mai, son rapport annuel sur l’état des droits de l’homme dans le monde. En ce qui concerne le continent africain, l’année 2011 a été[...]

Sénégal : des désirs à la réalité économique

Le nouveau gouvernement de Macky Sall pourra-t-il tenir ses engagements socio-économiques ? En avril déjà, Amadou Kane, le ministre de l'Économie, avait qualifié l'état des finances[...]

Sénégal : Abdoulaye Wade, un petit tour et puis revient... aux législatives

La retraite, très peu pour lui. Abdoulaye Wade a vite reconnu sa défaite à la présidentielle, mais le voici bien décidé à mener la bataille des législatives[...]

France-Afrique : Hollande et nous

Le nouveau président français François Hollande connaît très mal le continent. Va-t-il y mener une autre politique que son prédécesseur ? Pas fondamentalement. Un changement de style[...]

Guinée-Bissau : petit pays, grandes manoeuvres

La Cedeao, Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest, goûtait peu la percée angolaise dans la région. Elle pourrait finir par s'accommoder du putsch du 12 avril  en[...]

Sénégal : Jules Bocandé, le Lion est mort

Au Sénégal, c'est un hommage national qui a été rendu, les 15 et 16 mai, à Jules Bocandé, ancienne star du football africain.[...]

France - Afrique : le PS ne manque pas d'amis !

Il y a ceux qui avaient fait le déplacement à Paris et ceux qui ont envoyé leurs félicitations depuis le continent. Par les canaux officiels, ou pas, la classe politique africaine n'a pas manqué[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers