02/11/2009 à 18h:44 Par Propos recueillis par Pierre-François Naudé
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Christian Loucq, directeur de PATH Malaria Initiative Vaccine Christian Loucq, directeur de PATH Malaria Initiative Vaccine © DR

La 5e Conférence de l’Initiative multilatérale sur le paludisme (MIM) se tient du 1er au 6 novembre à Nairobi, au Kenya. Alors que la dernière phase de test d’un vaccin prometteur est lancée, des milliers de participants font le point sur la recherche. Entretien avec Christian Loucq, directeur du PATH Malaria Vaccine Initiative (MVI), une ONG financée par la Fondation Gates pour accélérer la recherche vaccinale contre le parasite.

Quel est l’objectif de cette cinquième édition de l’Initiative multilatérale sur le paludisme ?
Christian Loucq : Vu le nombre très impressionnant de participants [plus d’un millier de chercheurs et de spécialistes de la santé, ndlr], nous allons faire le point sur l’ensemble des actions entreprises dans la lutte contre le paludisme et sur leur impact. Mais c’est aussi l’occasion de resserrer les liens entre les chercheurs et les bailleurs, à un moment très critique de l’élaboration d’un vaccin efficace.

Quand celui-ci sera-t-il prêt ?
C.L. : Nous sommes dans la phase III de l’évaluation clinique du vaccin RTS, S, qui a déjà montré un taux d’efficacité de 53% dans les derniers essais pratiqués au Kenya et en Tanzanie - un excellent résultat. Nous entrons dans la dernière ligne droite. Elle doit durer environ 35 mois. D’ici trois à cinq ans, nous aurons donc un vaccin disponible qui sera commercialisable après des formalités réglementaires. Et plus il sera efficace, plus les délais de mise sur le marché seront brefs.

Par ailleurs, des vaccins de « deuxième génération » sont déjà à l’étude…
C.L. : Oui. Nous avons déjà fixé une stratégie pour leur développement. Parallèlement à la finalisation du RTS,S, nous travaillons au RTS,S + qui combinera des protéines avec un virus atténué exprimant les antigènes du paludisme. Puis nous passerons à l’élaboration d’un vaccin pouvant bloquer la transmission de la maladie de l’homme au moustique. Ces nouvelles approches sont enthousiasmantes. Elles devraient nous amener d’ici 2020-2025 à un taux d’efficacité de 80 % dans la lutte vaccinale contre la maladie.

Les financements ne vont-ils pas manquer ?
C.L. : Il est certain que plus la recherche vaccinale s’approche du but, plus elle coûte cher. Nous sommes en train de calculer nos besoins de financement pour les cinq à dix prochaines années. Bien que rien ne soit encore certain, ceux-ci devraient croître d’au moins 15 %, si ce n’est plus. À ce moment, nous avons une première base de 258 millions de dollars fournie par la Fondation Gates et l’USAID pour les cinq prochaines années. Mais il nous faudra convaincre d’autres bailleurs, en Europe notamment. Et pour les campagnes de vaccination futures, nous comptons beaucoup sur le Fonds mondial de lutte contre le Sida, la tuberculose et le paludisme.

Le vaccin suffira-t-il à éradiquer la maladie ?
C.L : Non, le vaccin ne remplacera pas les formes plus classiques de lutte contre le paludisme – moustiquaires imprégnées, insecticides… La résistance des moustiques aux insecticides et aux antipaludéens constitue d’ailleurs notre grande crainte. Dans les années 1960, la lutte contre la maladie avait échoué par manque de moyens, certes, mais aussi et surtout parce qu’il n’y avait rien pour remplacer la chloroquine. La recherche non vaccinale aura donc également besoin de financements supplémentaires.

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