Vingt deux ans après la mort du "Père de la révolution burkinabè", le documentaire d'un journaliste italien évoque une implication des services secrets américains.
Saura-t-on jamais la vérité sur l’assassinat de Thomas Sankara, à Ouagadougou, le 15 octobre 1987 ? Alors que les procédures entamées au Burkina et devant les Nations unies par Mariam Sankara, la veuve de l’ancien président Burkinabè soutenue par un collectif d’avocats, piétinent, de nouveaux et récents témoignages recueillis par le journaliste d’investigation italien Silvestro Montanaro pour la réalisation de son documentaire « Ombres africaines » pourraient relancer le débat.
Ce film, diffusé en trois parties, du 15 au 29 juillet, sur la chaîne italienne Rai 3, tente de décrypter les dernières heures du « Père de la révolution burkinabè » à travers les propos de plusieurs acteurs de l’époque dont les proches du Libérien Charles Taylor.
Sont notamment questionnés :
- Jewel Howard Taylor, sénatrice et ex-femme de Taylor.
- Momo Jiba, actuel général, ex-chef de camp de Taylor
- Cyril Allen, ancien responsable du National Patriotic Front of Liberia (NPFL), ancien parti de Taylor, actuel président de la Compagnie pétrolière nationale du Liberia.
- Prince Johnson, ancien chef de milice durant la guerre civile libérienne, aujourd’hui sénateur.
- Moses Blah, ancien vice-président du Liberia.
Dans ce reportage, la mort de Thomas Sankara y est décrite dans le détail comme le résultat d’une « intrigue internationale » mêlant la France et la CIA américaine à plusieurs personnalités dont Blaise Compaoré et Gilbert Diendéré, actuel conseiller personnel à la présidence du Burkina.
Elle révèle également quel rôle Taylor a joué dans ce renversement, et répond à des questions essentielles comme le fait de savoir comment ce dernier, actuellement jugé par le Tribunal Spécial pour la Sierra Léone (TSSL), à La Haye, aux Pays-Bas, a pu s’évader dans les années 1980 de la prison fédérale du Massachusetts, l’une des plus sûres des Etats-Unis.
Selon le documentaire, Charles Taylor aurait été « libéré » par la CIA afin d’appuyer le dessein des Etats-Unis visant à renverser le président en place au Liberia à l’époque, Samuel Doe, mais aussi à infiltrer des mouvements progressistes en Afrique, dont le mouvement sankariste. Une fois débarrassé de Thomas Sankara, le Burkina devait notamment servir de base arrière à la préparation du renversement de Doe.
Les témoignages recueillis contiennent des inexactitudes voire des erreurs grossières. Ainsi Gilbert Diendéré est évoqué sous le nom de « Guengere ».
De la même manière, le reportage affirme que Thomas Sankara aurait été tué par Blaise Compaoré à la tombée de la nuit. Un renversement dont l’organisation aurait été soigneusement planifiée quelques jours auparavant, en Mauritanie, avec la caution d’un émissaire de la France.
Or il est avéré depuis longtemps, et confirmé par son biographe Bruno Jaffré, que le père de la Révolution a été tué en milieu d’après-midi avec douze de ses proches dans l’enceinte du Conseil de l’Entente et qu’à aucun moment l’actuel chef de l'Etat du Burkina, à l’époque le n° 2 de la révolution, était présent sur les lieux.
L’implication de Libériens dans l’assassinat de Sankara est, elle aussi, connue (elle a été confirmée par Prince Johnson lors de son audition par le TSSL). Jamais en revanche les témoignages n’étaient allés aussi loin que dans ce film. Jamais non plus l’implication de la CIA n’avait été abordée par des acteurs de l’époque, tous très proches de Charles Taylor.
A la question de savoir si l’ancien seigneur de guerre est susceptible de parler davantage et d’inquiéter des personnalités lors de son procès, son ex-épouse est tout aussi claire dans ce document : « Oui certainement. J’en suis sûre !».
Lire les principaux passages de la retranscription du documentaire de la Rai

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