19/06/2009 à 13h:56 Par Lauranne Provenzano
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La carcasse du bus qui transportait les ingénieurs, peu après l'explosion. La carcasse du bus qui transportait les ingénieurs, peu après l'explosion. © AFP

C’est à un véritable retournement de situation que sont confrontées les familles des victimes de l’attentat de Karachi au Pakistan, qui avait coûté la vie à 11 ingénieurs français en 2002. Leur avocat affirme que la piste initiale d’Al Qaïda est désormais écartée et que le mobile serait en fait étroitement lié à une affaire d’Etat franco-pakistanaise.

Me Olivier Morice, chargé de la défense de sept des familles des victimes de l’attentat de Karachi, l’a officiellement annoncé hier : la piste d’Al Qaïda n’est plus à l’ordre du jour. L’enquête s’orienterait à présent, selon ses dires, vers une « affaire d’Etats » portant sur des commissions et rétrocommissions entre la France et le Pakistan.

Quelques jours après la réélection de Jacques Chirac à la présidence de la République en 2002, un attentat est commis à Karachi, au Pakistan. L’explosion d’un bus tue 11 ingénieurs français qui travaillaient pour les arsenaux d’Etat de la Direction des Chantiers Navals (DCN) à l’assemblage de sous-marins vendus au Pakistan depuis 1994.

L’enquête privilégie la piste d’Al Qaïda pendant plusieurs années, sans résultat.

En 2008, un élément nouveau est révélé, qui sera ensuite écarté par les enquêteurs. Il apparaît que, lors d’une enquête parallèle, la perquisition des locaux de la DCN a permi de découvrir des transferts d’argent entre la France et le Pakistan depuis 1994, sur fond de vente d’armement et de corruption.

 

Nautilus, pots-de-vin et services secrets

Selon un document baptisé « Nautilus » et saisi alors, l’Etat français aurait en effet distribué des commissions au gouvernement pakistanais, qui en échange était chargé de financer la campagne présidentielle d’Edouard Balladur en 1995 via des rétrocommissions.

Problème : c’est son adversaire Jacques Chirac qui gagne l’élection et qui s’installe à l’Elysée. Dès lors, il décide d’assainir ces commissions occultes, afin que Balladur ne reçoive rien, et cesse tout paiement, ne prêtant plus attention aux réclamations du Pakistan sur les sommes prévues.

Lors de sa réélection 7 ans plus tard, les services secrets et l’armée pakistanaise auraient été chargés de se rappeler à son bon souvenir, en se vengeant sur les ingénieurs de la DCN.

L’auteur du fameux document serait, selon le site Mediapart  -qui dit en avoir eu confirmation par le principal intéressé-, Claude Thévenet, un ancien des services secrets français travaillant pour DCN. Il aurait d’ailleurs maintenu sa version devant les juges anti-terroristes.

L’avocat des familles, a indiqué que de nouveaux éléments avaient conduit l’instruction à reconsidérer de près l’importance de ces événements.

 

Les plus hautes sphères de l’Etat impliquées

Un tel scénario est « logique » selon Magalie Drouet, la fille d’une des victimes. «Je pense que l'Etat français a une idée de ce qui s'est passé », a déclaré la jeune femme sur Europe 1, réclamant toute la lumière sur ces événements.

Son avocat, Me Morice, indique qu’ « on s'oriente nécessairement vers des actes de grande importance. Des personnalités politiques de premier plan vont être entendues ».

En effet, si ces faits sont avérés, de nombreux politiques seront impliqués dans ce scandale : Asif Ali Zardari , l’actuel chef de l’Etat pakistanais qui était à l’époque membre du gouvernement de son épouse Benazir Bhutto, l’Arabie saoudite, bailleur de fonds du Pakistan, mais aussi Jacques Chirac, Edouard Balladur et… Nicolas Sarkozy, décrit comme le « lieutenant » de ce dernier et qui était alors ministre du Budget en 1994, puis de la Communication en 1995.

Edouard Balladur, interrogé jeudi par France 3, n’a pas nié être au courant de cette « histoire », mais l’a décrite comme « parfaitement régulière ». « Si quelqu'un a un témoignage, une preuve à apporter, qu'il saisisse la justice, c'est tout », a-t-il ajouté.

Selon le JDD, Nicolas Sarkozy a de son côté refusé, en mai dernier, d’être auditionné par le parquet en charge de l'affaire, malgré la demande des familles des victimes.

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