18/06/2009 à 15h:39 Par Jeune Afrique
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58 députés veulent créer une commission d'enquête sur le port de la burqa en France 58 députés veulent créer une commission d'enquête sur le port de la burqa en France © DR

58 députés ont cosigné une proposition qui vise à créer une commission de réflexion sur l’interdiction du port de la burqa et du niqab en France. L’annonce, hier, a suscité de nombreuses réactions de la classe politique, dont l’avis est très partagé.

 Le communiste André Gerin, initiateur du projet et qui est par ailleurs député-maire de Vénissieux (banlieue de Lyon) estime que "cette tenue vestimentaire est dégradante".

"La vision de ces femmes emprisonnées nous est déjà intolérable lorsqu'elle nous vient d'Iran, d'Afghanistan, d'Arabie Saoudite... Elle est totalement inacceptable sur le sol de la République française", explique-t-il pour défendre sa position.

Parmi les signataires du projet, le député UMP Pierre Lellouche déclarait hier : "si je me bats au quotidien pour le droit des femmes en Afghanistan, vous comprendrez bien que je souhaiterais que toutes les femmes en France aient droit à leur corps et à leur personne".

De même, un autre des cosignataires, le député UMP Thierry Mariani, a soutenu que "ce vêtement est la négation de la citoyenneté de la femme, la manifestation de son asservissement". "J'espère bien qu'on parviendra à l'interdiction du port de la burqa dans les rues et les espaces publics de France", a-t-il ajouté.

Selon lui, le port de la burqa fait de la femme "une mineure à vie". "Avec ce vêtement, la femme n'est jamais l'égale de l'homme, comme nous souhaitons qu'elle le soit dans la société française", explique-t-il.

"J’espère bien qu’on parviendra à l’interdiction"

Mercredi, le texte a été proposé au gouvernement, qui pourra choisir de le mettre à l’ordre du jour de l’Assemblée.

Le ministre de l’Education Xavier Darcos a exprimé ce matin sur i-Télé son soutien à la proposition des députés.

"Il est hors de question que l'on voit en France des femmes couvertes de la tête au pied". "Imaginer une seconde une femme qui arrive en burqa à l'école, c'est une horreur. Et dans la rue, c'est une oppression", a tancé le ministre de l'Education nationale.

Et, faisant allusion à la commission Stasi créée en 2003, il s’est dit "heureux qu’on ait fait en sorte que les signes extérieurs d’appartenance religieuse et les signes sexistes aient été interdits. Car il n’y a pas de raison de marquer des différences entre les sexes lorsqu’on est à l’école de la République. "

"J'espère bien qu'on parviendra à l'interdiction du port de la burqa dans les rues et les espaces publics de France", a-t-il conclu.

Lutter contre les fondamentalistes

Sur France Info, Fadela Amara, secrétaire d’Etat à la Ville et ancienne chef de file du collectif "Ni putes ni soumises" (NPNS) s’est également déclarée favorable à l’interdiction de la burqa et du niqab en France.

"Je crois que si on veut réellement aider à lutter efficacement contre les fondamentalistes, la burqa ce n'est que l'expression visible et physique des fondamentalistes et des intégristes dans notre pays", a-t-elle estimé.

"Il faut que la démocratie et la République se donnent les moyens de stopper la propension de la burqa".

Chez NPNS d’ailleurs, on se range également du côté des 58 députés. La présidente Sihem Habchi estime que le sujet doit être discuté.

"Il ne faut pas avoir peur d'en parler. Il faut rendre visible la réalité et la dégradation de la condition des femmes (...) Nous allons faire notre travail de lutte contre les fondamentalistes".

Polémique inutile

En revanche, d’autres politiques, dont des membres du gouvernement, demeurent hostiles à ce projet de commission.

Pour exemple, Eric Besson, ministre de l’Immigration, estime qu’il n’est pas opportun de relancer une polémique sur les signes religieux. Même s’il admet qu’il est personnellement opposé au port de ces voiles qui recouvrent entièrement le corps et le visage, il juge suffisantes les mesures qui ont déjà été prises en terme des législations.

"La loi a déjà énoncé un certain nombre de règles du vivre ensemble, la loi dit qu’on ne peut pas porter le voile dans un certain nombre d’administrations, de services publics et à l’école. Un équilibre a été trouvé en France et il serait dangereux de le remettre en cause", a-t-il déclaré.

Une manœuvre propre à encourager les amalgames

Interrogée par Canal +, la secrétaire générale des Verts, Cécile Duflot ,a également émis des réserves.

Elle estime qu’il y a un risque d’empirer la situation si l’on stigmatise une partie de la population. "Je ne sais pas quelle est la solution magistrale, reconnaît-elle, mais ce qui est sûr, c’est que s’empoigner sur le sujet et faire des grandes phrases ne me semble pas être la bonne démarche", a-t-elle assuré, tout en revendiquant que le port du voile intégral "la heurte humainement en tant que femme, en tant que féministe".

Le député socialiste Claude Bartolone a de son côté déclaré qu’il "ne voudrai[t] pas qu’en se saisissant de manière spectaculaire de ce dossier, on fasse reculer l’intégration républicaine qu’[’il] souhaite".

Farouchement hostile à cette idée, le secrétaire général de l’Union des organisations islamiques de France (UOIF), Fouad Alaoui a, lui, dénoncé "une nouvelle manœuvre propre à encourager les amalgames" et regrette cette démarche qui intervient "justement quand on parle de l’Iran", et s’est dit " triste qu’on en arrive à ce niveau".   (Avec agences)

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