Active dans la rue, où elle organise manifestation sur manifestation, l'opposition iranienne l'est aussi sur Internet, où elle a investi les réseaux sociaux, qui lui permettent de s'organiser mais aussi de diffuser son message à l'étranger.
Trois jours après les élections présidentielles, l’opposition iranienne continue de dénoncer des résultats qu’elle juge frauduleux.
Depuis dimanche, les manifestations se succèdent, comme celle de lundi, maintenue malgré l’interdiction par le pouvoir, et à laquelle ont assisté les candidats perdants, dont Mir Hossein Moussavi. Manifestation réprimée violemment par les forces de l’ordre, et lors de laquelle sept personnes ont été tuées, selon les chiffres de la télévision officielle iranienne.
Mardi, deux rassemblements se préparent, l’un pour soutenir le président réélu, l’autre à l’initiative des supporteurs de l’opposant Mir Hossein Moussavi. Sur son site de campagne, ce dernier a appelé les manifestants à protester de manière calme et pacifique. Rien n’est moins sûr, puisque les deux rassemblements doivent se tenir au même endroit, sur la place Vali e Asr, à quelques heures d’intervalle. Mahmoud Ahmadinejad réélu, c’est donc tout un mouvement de révolte qui s’organise dans la rue…et dans les sphères virtuelles, où la colère n’est pas moins tenace.
La communication classique bâillonnée
Il est certain que cette mobilisation sans précédent en Iran a bénéficié d’une très large coordination, qui s’est organisée sur Internet, via les réseaux sociaux, tels Facebook ou Twitter. En effet, alors que depuis quelques jours une vaste « panne » empêche tout échange de SMS depuis les portables iraniens, Internet est devenu une plateforme d’échange incontournable pour organiser la lutte.
Muselée, la presse locale n’est plus crédible, et les médias étrangers ont été, pour certains, priés de plier bagage, tandis que les autres ont de grandes difficultés à obtenir les témoignages qu’ils recherchent. Dès lors, en coulisses (comprendre sur la Toile), les opposants relaient les informations à leur manière. Des vidéos montrant l’usage par les forces de l’ordre de gaz lacrymogènes ou des scènes d’émeutes dans les rue de Téhéran mais aussi, et surtout, des messages d’opinion et de protestation via Twitter et Facebook.
L’idée est de fédérer l’opposition, mais aussi de faire « sortir » les événements du pays, en montrant au monde ce qu’il se passe depuis que la jeunesse s’est embrasée. D’ailleurs, nombre de médias étrangers puisent une grande part de leurs informations sur le Net, devenue source une alternative d’information depuis que leurs correspondants sur place ont été expulsés.
La voix de la rue est sur Twitter
Les groupes sur Facebook ont fleuri et portent des noms qui traduisent bien le malaise et le mécontentement de ceux qui soutiennent Mir Hossein Moussavi. « Protest to massive vote-rigging in Iran » (Protestation contre la gigantesque fraude électorale en Iran) « Global support for the green tsunami Moussavi » (Soutien mondial au tsunami vert Moussavi) ou encore « We’ve been cheated, our democracy has been violated, we voted Moussavi » (Nous avons été dupés, notre démocratie a été violée, nous avons voté Moussavi), voici quels groupes les usagers de Facebook sont invités à rejoindre d’un simple clic.
Ou plutôt étaient invités à rejoindre, puisque l’accès au réseau social rencontre étrangement bug sur bug depuis la fermeture des bureaux de vote samedi. Passé entre les mailles de la censure, Twitter, le dernier-né du micro-blogging, apparaît donc désormais comme l’ultime moyen pour les Iraniens pro-Moussavi de faire entendre leur voix et d’exercer, à leur manière, leur propre propagande.
En 140 caractères, le message est bref et oscille entre slogans, liens vers des vidéos, des blogs et des sites d’information, ou encore appels au rassemblement.
Attention cependant à cette nouvelle tribune occupée par la voix du peuple iranien. D’abord parce que la « révolution Twitter » dont parle beaucoup la presse internationale ces jours-ci, n’est pas nécessairement le relais de la résistance qui semble s’engager sur le terrain. Ensuite parce que l’information donnée dans les « tweets » est brute, invérifiable et par là-même à ne pas forcément prendre au caractère près…

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