20/05/2009 à 18h:41 Par Frédéric Lejeal
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Ségolène Royal lors de son discours Ségolène Royal lors de son discours © Serge Faubert/Jeune Afrique

Rarement une campagne pour les élections européennes aura été aussi terne en France. Mais Ségolène Royal n’entend pas abandonner le débat d’idées à la morosité ambiante. Le 18 mai, la candidate socialiste à la présidentielle de 2007 contre Nicolas Sarkozy est intervenue dans un petit théâtre parisien sur le thème « Quel avenir commun pour l’Afrique et l’Europe au XXIème siècle ? » dans le cadre de ses Universités populaires participatives (UPP).

 Autour de la stature fédératrice de l’ambassadeur Stéphane Hessel, 92 ans, une dizaine d’universitaires de renom - historiens, politologues et philosophes - ont répondu à son invitation.

Cette rencontre devant une salle comble durant plus de trois heures pourrait préfigurer « une nouvelle politique africaine de l’Europe, et singulièrement de la France ». C’est du moins le souhait unanime des participants. Au-delà de la polémique née du « pardon » demandé par Royal au nom de la France, le 6 avril dernier, lors de son déplacement au Sénégal, cette soirée a une fois de plus permis de remettre l’histoire de l’Afrique à l’endroit pour « en finir avec les visions caricaturales ». Une référence explicite au discours prononcé par le président Français dans le même pays lors de son voyage officiel, en juillet 2007.

Depuis cette date, les intellectuels sont dans leur rôle pour dénoncer les « fadaises » et « le racisme rampant » de ce texte désormais célèbre écrit par Henri Guaino. Une abondante littérature scientifique et didactique a même été écrite sur le sujet à l’instar de « L’Afrique répond à Sarkozy » dirigé par Makhily Gassama (Philippe Rey) ou du truculent « Petit précis de remise à niveau sur l’histoire africaine à l’usage du président Sarkozy » (La Découverte), publié sous la direction de l’historienne malienne Adame Ba Konaré, épouse de l’ancien président Alpha Oumar Konaré.

Pour le politologue Jean-François Bayart, ce « mépris » de Nicolas Sarkozy pour l’Afrique n’est pas sans rappeler celui « qu’il affiche » à l’égard de l’Université française. Bien en verve, le fondateur de la revue « Politique Africaine » au début des années 1980 et auteur de « L’Etat en Afrique » (Fayard, 1989) a cru bon d’avertir le public : « Sachez que j’appartiens à une race en voie d’extinction : celle des africanistes. A la vitesse où vont les choses, il n’y aura bientôt plus de production de savoir sur l’Afrique », a-t-il averti.

Ce désert de la connaissance pour ce continent (réduction des budgets, disparition des chaires, problème de circulation des cerveaux africains en raison de la politique des visas, marginalisation généralisée des sciences sociales…) allié à une imagerie coloniale tenace explique que les stéréotypes soient repris « jusque dans les cercles présidentiels ». Deux ans après Dakar, la dénonciation du « révisionnisme tranquille de l’histoire africaine », selon l’historien Elikia M’Bokolo, reste donc indispensable. En ce sens, l’initiative de Ségolène Royal « doit être saluée ».

L’auteur du remarquable « Afrique : Histoire et Civilisation » en deux tomes (Hatier) et professeur à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS) à Paris, a d’ailleurs campé le décor avec une virulence inhabituelle : « Les Africains doivent dire avec qui ils ont désormais envie de cheminer. Ce continent est l’objet de tous les trafics. Il est encore juteux pour de nombreux Européens qui peuvent y faire fortune en cinq minutes. Soyons clairs, cette Europe-là nous n’en voulons pas ! ».

Pour se projeter dans l’avenir, il faut régler le passé. « Nous devons mettre les choses à plat et regarder cette relation sans complaisance, avec ses atrocités, si nous voulons repartir sur de nouvelles bases », a martelé l’opposante à Nicolas Sarkozy. Mais le plus important pour Catherine Coquery-Vidrovitch, professeur émérite à l’Université Paris-VII, comme pour Pierre Boiley du Comité scientifique de mémoire Afrique, est de restituer « la place centrale » de l’Afrique dans le monde.

Tout en dénonçant les préjugés sur la non-historicité des sociétés africaines, ces deux universitaires ont démontré que le continent produisait sa propre histoire (largement conceptualisée par Jospeh Ki Zerbo), mais qu’il n’a également jamais cessé d’être au contact d’autres sphères du Globe. « Dire que l’Afrique est marginalisée est une hérésie. Les multiples commerces, l’esclavage ou encore la colonisation ont même posé les bases du système économique actuel ».

L’ombre des grands hérauts de la négritude n’a cessé de planer dans la salle au cours des discussions. Citant Frantz Fanon - « l’important n’est pas ce que l’on a fait de nous, mais ce que nous faisons de ce que l’on a fait de nous » - l’essayiste antillais Daniel Maximin, qui a conspué la tentation de l’auto-flagellation comme celle de la haine, a poussé la logique plus loin. Selon le maître de cérémonie de l’hommage à Aimé Césaire lors de ses obsèques le 20 avril 2008 à Fort-de-France, l’apport de l’Afrique hors de ses frontières est inestimable. « On y a extirpé l’homme Noir avec sa nudité, donc son humanité. Il n’a cessé de vouloir préparer son retour. Mais en attendant ce temps, il a exploré tel Robinson Crusoé tous les endroits où il s’est trouvé en le réinventant. Les Etats-Unis, le Brésil ou l’Europe sont une partie de l’Afrique ».

« Nous avons commis toutes les erreurs possibles en matière de coopération », a conclu Stéphane Hessel. « La force de l’Afrique c’est la fraternité. Un mot dont nous devrions nous inspirer pour affronter les défis de demain ». Et de reprendre à son compte le slogan de Ségolène Royal : « Une autre politique est possible ». 

Voir aussi le site de l’Association Désirs d’Avenir : http://www.desirsdavenir.org

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