31/03/2009 à 15h:57 Par Habibou Bangré
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Les Ivoiriens sous le choc après la bousculade mortelle Les Ivoiriens sous le choc après la bousculade mortelle

L’émotion reste vive en Côte d’Ivoire, deux jours après une bousculade qui a fait 19 morts et 132 blessés dimanche au stade Houphouët-Boigny d’Abidjan. Un deuil national de trois jours a été décrété et une enquête est en cours pour déterminer les responsabilités.

Dimanche, la Côte d’Ivoire a écrasé chez elle le Malawi. Les Eléphants ont battu les Flames 5 à 0 dans un match de football comptant pour les éliminatoires jumelés de la Coupe d’Afrique des Nations et de la Coupe du monde 2010. La joie du peuple ivoirien n’a été que de courte durée : il a découvert que, juste avant le coup d’envoi, une bousculade a fait 19 morts et 132 blessés, selon un bilan officiel.

« Les supporters sont venus très nombreux et ceux qui étaient dehors étaient à ce moment-là plus nombreux que ceux qui étaient à l'intérieur du stade. (…) Il y a eu une bousculade parce que le match devait commencer, chacun voulait absolument entrer », a expliqué le ministre de l’Intérieur, Désiré Tagro.

Policiers soudoyés

Le quotidien ivoirien Fraternité Matin, a interrogé trois blessés hospitalisés au Centre hospitalier universitaire de Treichville, un quartier populaire de la capitale. « Malgré les tickets d’entrée achetés jeudi et vendredi, explique le journal, ils n’ont pu avoir accès au stade. Alors que d’autres sans ticket entraient, après avoir donné de l’argent aux forces de sécurité ou racheté des tickets des mains des guichetiers. »

Des témoins interrogés par l’AFP confirment que des policiers ont bien laissé des supporters rentrer moyennant finance. Frustrant ainsi les fans refoulés en dépit du billet qu’ils avaient payé pour occuper l’une des 34 600 places assises du stade Houphouët-Boigny. Du coup, ils ont décidé de se faire justice et de s’installer coûte que coûte dans les gradins.

D’aucuns indiquent que la police a fait usage de grenades lacrymogènes pour les disperser. D’après Batiélé Oté, l’un des rescapés interviewés par Fraternité Matin, les gaz ont entraîné « une gigantesque bousculade, qui le fera tomber. Tout comme Koné Drissa, qui a perdu l’oreille gauche, et Koné Zakaria, qui a eu une fracture ouverte de la jambe gauche ».

Contrairement aux premières informations reçues, la pression de la foule n’a pas provoqué l’effondrement d’un mur. Le substitut du procureur de la République, Diakité Mamadou, a souligné que ce sont en réalité deux portails qui se sont affaissés.

Deuil national de trois jours

« Le président de la République décide d’un deuil national de trois jours à compter du mercredi 1er avril 2009. Pendant cette période, les drapeaux seront mis en berne. Le programme de la cérémonie d’hommage aux victimes sera communiqué ultérieurement », annonçait lundi le porte-parole Gervais Coulibaly Delinpelma.

Le même jour, « badauds, adultes et écoliers ont défilé devant les entrées du stade pour se recueillir », a constaté l’AFP. Les familles des disparus se sont rendues à la morgue principale pour identifier les morts. « Sur les 19 corps, 17 ont été identifiés », a déclaré à Agence de presse africaine le ministre de la Jeunesse et des Sports Dagobert Banzio.

Parmi les victimes, on compte des adolescents. « Il m'a dit qu'il partait supporter les Eléphants et il n'est plus revenu », a expliqué en larmes Lassana Touré, venu avec son épouse constater le décès de son de fils de 17 ans. Quant à Aminata Doumbia, elle pleurait son petit frère de 14 ans, en se demandant comment elle allait annoncer la nouvelle à sa mère.

Depuis le drame, les messages de condoléances affluent. Le président Laurent Gbagbo s’est dit « profondément affligé » et a présenté ses « condoléances les plus attristées à toute la Nation au monde sportif et plus particulièrement aux familles des personnes décédées ». Il a également souhaité un « prompt rétablissement » aux blessés.

Les Eléphants abattus

L’Opération des Nations Unies en Côte d’Ivoire (Onuci) « exprime sa compassion et ses condoléances au gouvernement et au peuple ivoirien ainsi qu'aux familles des victimes et transmet ses vœux de prompt rétablissement aux blessés ».

« Je savais qu’il y avait eu une bousculade, mais je n’ai appris le drame qu'après le match. C’est le président qui nous l’a dit. Avec les joueurs, nous sommes tous tristes et très choqués », a expliqué sur les ondes de RMC le sélectionneur des joueurs ivoiriens, Vahid Halilhodzic.

« On ne l'a appris que dans la soirée après le match. On était choqués, abasourdis, quand on a su qu'il y avait des morts. On a eu du mal à comprendre ce qui s'était passé », a renchéri le footballeur ivoirien Didier Drogba, qui se confiait à Infosport. Et l’attaquant de Chelsea de qualifier la catastrophe de « drame national » et d’appeler à en « tirer les conséquences et les leçons ».

Très secoué, Didier Drogba a déclaré sur Skysports : « C'est vraiment dur à encaisser. Quand ce genre de drames arrive, cela vous fait réaliser à quel point les gens tiennent à leur pays, à leur sélection. A côté de cette tragédie, le football n'est rien. Que les victimes reposent en paix ». Kalou Salomon et Cissé Sékou ont pour leur part offert des médicaments » aux blessés, confie Fraternité Matin.

Ouverture d’une enquête

De son côté, le président de la Fédération internationale de football (Fifa) a fait part de sa « grande peine » et adressé ses « condoléances à la communauté du football ivoirien et aux familles après les morts tragiques du stade d'Abidjan ». Joseph Blatter a ajouté que « la Fifa est en contact avec la Fédération ivoirienne de football et lui a demandé un rapport complet, ainsi qu'aux autorités locales, pour établir le film des évènements qui se sont déroulés à l'extérieur du stade avant le match ».

Un message qui fait écho à celui de l’opposant Alassane Ouattara, du Rassemblement des républicains, qui a demandé au « gouvernement d’ouvrir une enquête dans les meilleurs délais (…) pour situer les responsabilités ».

« Une fois que ce rapport sera reçu, la Fifa sera en mesure de faire de plus amples commentaires, et de poursuivre ses efforts pour s'assurer que ce genre d'évènements tragiques ne se reproduisent plus », a conclu l’organe mondial de régulation du football.

Le gouvernement ivoirien, qui a annoncé sa prise en charge les blessés, a organisé une « réunion de crise » lundi. Un conseil de gouvernement extraordinaire devait par ailleurs se tenir ce mardi, et des « sanctions » pourraient tomber.

Laurent Gbagbo a ordonné lundi au procureur de la République, Raymond Tchimou, de « diligenter, sans délai, une enquête » pour « déterminer les causes de ce drame », « rechercher les auteurs des faits » et « proposer des actions à mener ». Raymond Tchimou a annoncé le lendemain qu’une enquête avait été ouverte. (avec agences)

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