18/12/2008 à 15h:45 Par Christophe Boisbouvier
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L’ancien président du Burundi a présidé le Dialogue politique inclusif sur la paix en Centrafrique, qui devait s’achever le 20 décembre.

Pendant toute la durée du Dialogue national centrafricain, il s’est montré ouvert et souriant. Il s’est même permis quelques traits d’humour : « Ce n’est pas parce que les gens demandent la démission du président Bozizé que le ciel va tomber sur la Centrafrique. » Mais Pierre Buyoya est un médiateur à poigne. Chaque fois qu’un délégué a voulu s’écarter de l’ordre du jour, le président du Dialogue l’a remis à sa place : « Maître Goungaye [président de la Ligue centrafricaine des droits de l’homme, NDLR], la lutte contre l’impunité, c’est important. Mais comme on est en train de faire la paix, ce n’est pas la priorité. »

 

À 59 ans, Pierre Buyoya est sans doute un démocrate sincère, mais ce n’est pas un enfant de chœur. Certes, lors de son premier passage à la tête du Burundi (1987-1993), il a ouvert le jeu et a fait un très beau score à la présidentielle de 1993 : 32 %, alors que les Tutsis ne représentent que 15 % de la population. Surtout, il a cédé le pouvoir à son vainqueur, le Hutu Melchior Ndadaye. « J’avais donné ma parole d’officier. On ne triche pas avec le suffrage universel », a-t-il lancé. Mais, quatre mois plus tard, quand Ndadaye a été tué par des officiers tutsis, il a laissé faire. Et, après le putsch de 1996 qui l’a reconduit au pouvoir, il s’est bien gardé de faire punir les assassins. Déjà à l’époque, l’impunité des criminels ne l’empêchait pas de dormir…

En fait, le principal mérite du major Buyoya, c’est d’avoir construit – avec Nelson Mandela – un système unique au monde, la fameuse « clé de répartition 60-40 » (60 % de Hutus et 40 % de Tutsis à la Chambre et dans l’armée), qui permet aux Burundais de vivre à peu près en paix depuis trois ans. Ce n’est pas rien. Et après son second départ volontaire du pouvoir, en 2003, le major s’est taillé la réputation d’un sage. Au fil des ans, il est entré dans la catégorie des « bons putschistes », aux côtés du Malien Amadou Toumani Touré et du Mauritanien Ely Ould Mohamed Vall. Ce n’est pas par hasard si, à sept ans d’intervalle, ATT et Buyoya se sont succédé au chevet de la Centrafrique. Pour l’ONU, l’Union africaine (UA) et l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), les deux hommes ont le bon profil. Celui de l’officier putschiste qui ne se présente pas à l’élection suivante.

Pierre Buyoya n’est pas un homme compliqué. Quand il était président, il n’hésitait pas à téléphoner lui-même au cabinet du ministère français de la Coopération pour faire avancer une remise de dette. Aujourd’hui, quand Abdou Diouf lui demande d’aller à Nouakchott au nom de la Francophonie, il ne réclame pas de gros défraiements et trente-six accompagnateurs. Cela dit, le major a une certaine idée de lui-même. Quand il parle de son bilan, il joue les faux modestes : « J’ai apporté ma petite… » Et, en 2003, quand est arrivé le moment de la transition où Domitien Ndayizeye et lui devaient échanger leur fauteuil, il a eu ce mot : « Je ne serai pas le vice-président de mon vice-président. »

Ses modèles ? « De Gaulle et Nyerere, dit-il. Parce qu’ils ont su construire un État. » Ses anti-modèles ? « Les chefs d’État qui font tout pour s’éterniser au pouvoir. Quand on a travaillé d’arrache-pied pendant dix ans, on fatigue. » Rêve-t-il d’être un jour le premier Tutsi élu démocratiquement ? « Non. Ce ne sera pas moi. Il faudra du temps. » Silence. Puis il ajoute : « Si un Noir peut être président des États-Unis, pourquoi pas un Tutsi à la présidence du Burundi ? »

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