11/12/2008 à 10h:04 Par Tirthankar Chanda
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En frappant à Bombay, le Lashkar-e-Taïba tente de susciter un conflit avec l’Inde. Pour détourner l’armée pakistanaise de son offensive contre les fiefs d’Al-Qaïda et des talibans.

L’Inde et le Pakistan sont à nouveau au bord d’une grave crise. Après s’être livré trois ­guerres au cours des six dernières décennies, les deux puissances nuclé­aires de l’Asie du Sud sont, depuis 2004, engagées à l’instigation des Américains dans un fragile processus de paix. Les attaques terroristes qui ont ensanglanté Bombay dans la nuit du 26 au 27 ­novembre vont-elles faire capoter la normalisation en cours ? C’était sûrement l’un des objectifs des djihadistes, désireux d’inciter l’armée pakistanaise – actuellement en pleine offensive contre leurs sanctuaires de la région de Bajaur et des zones tribales du Nord-Ouest – à se redéployer à la frontière indienne. Mais le pire n’est pas sûr.

Certes, au lendemain des attentats, Manmohan Singh, le Premier ministre indien, a menacé son voisin de représailles si l’origine pakistanaise des terroristes était avérée. Cette piste a depuis été confirmée : selon toute apparence, les djihadistes de Bombay étaient membres de Lashkar-e-Taïba, un groupe extrémiste basé au Pakistan.

Très embarrassé, le gouvernement pakistanais nie toute implication dans l’opération. Ce qui est probable. En revanche, il n’est pas exclu que certains ex-chefs de l’Inter-Services Intelligence (ISI), les tout-puissants services de sécurité, qui avaient noué des liens étroits avec des groupes comme Lashkar-­e‑Taïba (qui signifie en ourdou « mouvement des purs ») et Jaish-e-Mohammed (« armée de Mohammed ») à l’époque de la guerre du Cachemire, n’aient pas coupé les ponts avec leurs protégés.

Pour le président Asif Zardari, les djihadistes ne sont pas pakistanais mais « apatrides ». Il rappelle que son pays a lui aussi été victime de nombreux attentats terroristes. Pour preuve de sa bonne foi, il est allé jusqu’à proposer aux Indiens – geste sans précédent – de travailler de concert dans le cadre d’un « mécanisme d’enquête conjoint ».

Il faut dire que les Américains, qui craignent que l’aggravation des tensions bilatérales ne détourne le ­Pakistan de sa guerre contre Al-Qaïda et les talibans, ne ménagent pas leurs efforts pour l’en convaincre. En visite dans la région (New Delhi, le 3 novembre ; Islamabad, le lendemain), Condoleezza Rice, la secrétaire d’État, flanquée de ­l’amiral Mike Mullen, chef d’état-major interarmes, a appelé les autorités pakistanaises à « coopérer sans réserve » avec leurs voisins.

En dépit d’une opinion chauffée à blanc, le gouvernement indien a fait savoir qu’il n’envisage pas pour l’instant d’action militaire, mais réclame que le Pakistan mette fin aux activités des organisations terroristes sur son territoire. Dans le cas contraire, Pranab Mukherjee, le chef de la diplomatie, a brandi la menace d’une « riposte calibrée ».

Le haut-commissaire (ambassadeur) pakistanais à New Delhi s’est entendu officiellement reprocher l’inaction de son gouvernement. Une liste de vingt fugitifs recherchés par la justice indienne et apparemment réfugiés de l’autre côté de la frontière a été transmise à Islamabad. Parmi ces derniers, Hafeez Sayeed, le fondateur du Lashkar, et Yusuf Muzammil, le responsable des opérations anti-indiennes au sein de ce même groupe.

 

Anciens du Cachemire

Créé en 1991 en Afghanistan, le Lashkar-e-Taïba s’est longtemps signalé par des opérations contre les forces de sécurité indiennes au Cachemire. Après le cessez-le-feu de 2004, ses combattants ont dû évacuer la région, mais n’ont pas été désarmés. Certains ont noué des liens étroits avec Al-Qaïda, d’autres avec les talibans afghans. Financée par des dons en provenance, pour l’essentiel, d’Arabie saoudite et protégée par l’ISI, l’aile dure de cette organisation a perpétré de nombreux attentats en Inde (notamment contre le Parlement, en 2001) et au Pakistan. Désormais interdit dans ce dernier pays, le Lashkar figure sur la liste noire des organisations terroristes tenue à jour par les Américains.

L’Inde a demandé l’extradition de ceux qu’elle juge responsables des attentats de Bombay. En attendant, toutes les rencontres prévues dans le cadre du processus de normalisation sont suspendues. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, d’autres opérations sanglantes sont malheureusement à craindre dans la région au cours des prochains mois.

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