08/12/2008 à 15h:28 Par Casimir Oyé Mba
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Ministre d’État du Gabon, ministre des Mines, du Pétrole, des Hydrocarbures, de l’Énergie, des Ressources hydrauliques et de la Promotion des énergies nouvelles

Les éléments explicatifs de la crise financière qui frappe le monde sont connus : distribution trop généreuse, pour ne pas dire laxiste, des crédits immobiliers aux États-Unis, engagements de plus en plus aventureux des établissements financiers, assèchement des liquidités, spéculation, régulation trop lâche, interconnexion des grandes places financières du fait de la mondialisation… Provoquée au départ par des erreurs de gestion financière, la secousse a atteint très vite l’économie réelle. Jamais depuis la grande dépression des années 1930 le monde n’a connu de telles menaces. 

Qu’en est-il de notre continent ?

Globalement, on peut dire que la « marginalisation » de l’Afrique devrait la préserver plus ou moins des miasmes de la crise internationale. La part de l’Afrique dans le commerce mondial se situe actuellement autour de 2 % à 3 %. C’est peu ! Nous vendons surtout des matières premières, dont la fixation de prix nous échappe complètement. Notre système financier, en comparaison de ceux des pays industrialisés, est encore relativement embryonnaire. Les instruments financiers offerts à la clientèle sont plutôt « classiques », c’est-à-dire traditionnels et peu sophistiqués. Nos rares marchés financiers ont peu de relations directes avec les Bourses du monde.

La plupart des banques, notamment en Afrique subsaharienne, sont des filiales ou des succursales de groupes bancaires étrangers, souvent européens. Le « jeu international », si l’on peut dire, est l’affaire de leurs maisons mères. En dehors de l’Afrique du Sud, nos banques ne sont pas touchées directement par la crise des subprimes parce qu’elles n’interviennent pas sur les grandes places financières internationales. Parmi les raisons de la « préservation » du continent, il est juste de mentionner aussi − car cela est peu connu − la présence de plus en plus visible d’organes de régulation et de surveillance. Bien que récents et modestes, ces organes font dans la discrétion un travail utile et imposent progressivement leur autorité.

Sommes-nous donc à l’abri ?

Pas du tout ! Notre relative préservation ne vaut nullement immunité. Si la récession s’installe durablement dans les pays industrialisés, ils seront moins demandeurs de nos matières premières. Nos budgets et nos programmes de développement en seront immanquablement affectés. Sur le plan financier, il faut savoir que, globalement, les moyens colossaux que la communauté internationale (États et institutions) va mobiliser pour juguler la crise entraîneront forcément une certaine contraction des disponibilités, laquelle se répercutera sur les aides et prêts divers à l’Afrique.

C’est le lieu ici de soutenir les cris d’indignation poussés par de grandes voix africaines : les présidents Sassou Nguesso, du Congo, et Boni Yayi, du Bénin ; Jean Ping, président de la Commission de l’Union africaine ; Donald Kaberuka, président de la Banque africaine de développement. Ces personnalités ont plaidé pour une représentation élargie de notre continent à la réunion du G20 qui vient de se tenir à Washington. Première puissance économique du continent, l’Afrique du Sud, bien sûr, y avait sa place. Mais il est inadmissible qu’avec elle on n’ait pas invité trois ou quatre autres pays, ceux par exemple de « l’Afrique des programmes d’ajustement structurel », qui me paraissent les plus directement concernés. Il faut espérer qu’un correctif dans ce sens sera apporté pour les prochaines sessions.

Je perçois aussi une autre donnée qui nous implique indirectement dans la crise. Le fait que plusieurs de nos banques sont structurellement associées à des banques étrangères fait que celles-ci vont davantage être préoccupées par leurs « propres » problèmes – qui sont très sérieux – et prêter encore moins d’attention à ceux de leurs succursales (avances de trésorerie, équipements, extension des réseaux, formation…)

Que pouvons-nous faire ?

Aucun Africain ne peut se résoudre à la fatalité face à la crise actuelle. L’Afrique ne doit pas s’effondrer et elle ne s’écroulera pas. Nous devons et nous pouvons considérer et traiter cette crise internationale comme une opportunité à saisir pour transformer justement nos pays et notre continent. Dans le domaine de l’économie réelle, qui est en fait le plus important, l’Afrique, dernier grand réservoir mondial de matières premières de toutes sortes, doit s’orienter résolument vers une valorisation accrue de sa production sur place. Outre les avantages qu’on peut attendre en termes d’emploi de nos populations, très majoritairement jeunes, donc disponibles pour le travail, mais aussi exigeantes et avides, chacun sait également que les gains les plus substantiels se situent dans le processus de transformation.

Certes, la taille de nos marchés nationaux et le sous-équipement de nos pays constituent à cet égard des handicaps. C’est pour cela précisément que nous devons pousser à l’intégration de nos économies. Nos pays avanceront plus vite ensemble que s’ils cherchent à se développer tout seuls. La difficile conjoncture actuelle doit être mise à profit pour faire émerger des économies régionales et sous-régionales, en mettant d’abord l’accent sur les équipements de base pouvant faciliter les échanges (routes, voies ferrées, lignes aériennes, ports, production d’énergie, télécommunications, etc.). Les prémisses de la crise internationale étant financières, nous devons aussi nous occuper de ce secteur. La démarche générale nouvelle doit être une réappropriation de notre ­appareil financier.

Que l’on me comprenne bien ! L’Afrique financière ne peut et ne doit pas être en dehors du monde. La réappropriation que nous devons rechercher recouvre, selon moi, deux aspects. Réappropriation dans les structures de l’appareil financier : les capitaux et les institutions du continent doivent saisir l’occasion de la crise actuelle pour densifier leur présence dans les banques africaines, tisser des réseaux et faire émerger des synergies opérationnelles.

Réappropriation ­aussi dans les orientations. La création de nos banques procédait au départ, du temps de la colonisation, des besoins des pays dominants : il fallait assurer le financement du commerce entre les colonies et la métropole. Les filiales des groupes bancaires étrangers sont encore largement impliquées dans ce type d’interventions. Il faut que leur esprit et leurs pratiques soient davantage tournés vers l’appui aux initiatives tendant à la valorisation de nos produits et à la consolidation des échanges interafricains et l’émergence d’économies intégrées.

C’est à ces conditions − et à bien d’autres, ­politiques au sens large notamment − que la crise ­financière internationale sera pour l’Afrique une ­opportunité à saisir au lieu de sonner le glas de son effondrement.

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