08/12/2008 à 09h:01 Par Moriba Magassouba, envoyé spécial
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Des centaines de milliers de personnes avaient jusqu’au 29 novembre pour se faire enregistrer sur les listes électorales. Une opération hautement sensible...

Bouaké, le 19 novembre. Les larmes perlent sur les joues de Fatoumata Fofana, 76 ans, au moment où l’agent lui remet ses récépissés pour la carte nationale d’identité et la carte d’électeur. Elles expriment le profond soulagement de cette dame au visage ridé, qui a perdu le sourire depuis longtemps. Précisément depuis ce jour de février 2003 quand, à un barrage routier, à l’entrée de Yamoussoukro – la capitale ­politique ivoirienne –, un policier zélé lui a arraché des mains sa carte d’identité et l’a déchirée.

Pour se faire enrôler, Fatoumata a dû produire un vieil extrait de naissance, complètement froissé, datant de décembre 1964. Le seul document qu’elle avait en sa possession et qui atteste qu’elle est née à Mankono, localité située à environ 550 km au nord d’Abidjan.

Ils étaient comme elle des milliers, jeunes et vieux, à avoir pris d’assaut les 57 premiers centres d’enrôlement ouverts dans la commune de Bouaké (sur les 174 prévus), fief de l’ex-­rébellion. Certains n’ont pas hésité à dormir sur place, puis ont attendu des heures sous le soleil. Mais la lenteur de l’opération, vingt minutes pour chaque requérant, n’a permis en deux jours que l’enregistrement d’une trentaine de personnes.

Devant l’ampleur de la demande, des voix se sont d’ailleurs rapidement élevées dans le Sud, pour dénoncer, à l’avance, l’enrôlement d’étrangers originaires des pays limitrophes, Mali, ­Guinée ou Burkina Faso.

Retour dans le Sud. « Abobo la guerre », appelée aussi « Abobo la frondeuse », est, comme la quasi-totalité des dix communes de la capitale écono­mique, en état d’ébullition. La cause : un communiqué de la Commission électorale indépendante (CEI), diffusé la veille sur les ondes de la Radio-­Télévision ivoirienne, annonçant la fin de l’opération pour le 29 novembre, deux mois après son ouverture !

À une semaine de la date fatidique, seules 1,1 million de personnes s’étaient présentées dans les centres, sur les quelque 9 millions d’électeurs potentiels. Il est vrai que les actes de violence, attribués par l’opposition au camp présidentiel et qui se sont traduits par des vols, détériorations de matériel et agressions physiques des agents chargés de l’opération, ont refroidi l’ardeur des requérants.

Peu avant ces incidents, le Front populaire ivoirien (FPI) avait dénoncé des fraudes et mis en cause le Rassemblement des républicains (RDR) de l’ancien Premier ministre Alassane Dramane Ouattara.

De plus, l’obligation de présenter un extrait de naissance ou un jugement supplétif – pour pouvoir postuler à l’identification – avant l’inscription sur les listes électorales a posé des problèmes aux nombreux Abidjanais qui ne sont pas nés dans la capitale économique. Ils ont dû se livrer à un véritable parcours du combattant pour aller chercher le précieux sésame sur leurs lieux de naissance. Les plus chanceux, qui ont vu le jour dans les régions du Sud, ont dû subir moult tracas de la part d’une administration tatillonne qui pratique allègrement la chasse à l’« étranger » ou au « faux Ivoirien », en mettant en cause certains patronymes, essentiellement du Nord.

Le quotidien indépendant abidjanais Nord-Sud a récemment effectué une grande enquête sur les discriminations dont étaient victimes les « nordistes », ou les épouses ivoiriennes d’étrangers, demandeurs de passeport pour eux-mêmes ou pour leurs enfants. Cette enquête a suscité une certaine émotion à travers le pays et, dit-on, à la présidence de la République.

Quant aux Ivoiriens, toutes ethnies confondues, qui sont nés dans les zones sous contrôle de l’ex-rébellion des ­Forces nouvelles (près de 60 % du territoire national), ils risquent de se retrouver sans papiers du fait de la destruction des archives de l’état civil.

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