07/12/2008 à 11h:42 Par Cécile Sow, envoyée spéciale
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À défaut de répondre, pour l’instant, au défi alimentaire, la Grande Offensive agricole du président Wade suscite surtout des interrogations.

« J’ai entendu parler de la Goana [Grande Offensive agricole pour la nourri­ture et l’abondance, NDLR] à la radio, mais en fait je ne sais pas ce que c’est », lance Baïdy Bah, un agriculteur de Bambylor, un village situé à une quarantaine de kilomètres de Dakar. À Sangalcam, connue pour la qualité de ses terres et dont les produits sont réputés sur les marchés de la capitale, la situation est identique. On demande à voir. Dès l’annonce, en avril 2008, de cette « grande offensive » pour faire face à la crise alimentaire, les habitants ont installé un comité villageois pour conduire les démarches auprès de l’État. Après avoir attendu un rendez-vous au ministère de l’Agriculture pendant deux mois, ce n’est qu’en juillet dernier que 230 hectares de terres cultivables appartenant à l’Institut sénégalais de recherche agricole (Isra) leur ont été attribués. Mais, entre-temps, ce comité qui comptait 400 membres à sa création en a perdu plus de 300, lassés d’attendre.

 

« L’état n’a rien donné »

« Au début, nous étions très emballés, rappelle Abdoulaye Diallo, le coordonnateur local de la Goana. Mais nous avons vite réalisé qu’aucune politique d’accompagnement n’avait été mise en place. » Selon lui et Yacine Diop, présidente d’un Groupement d’intérêt économique (GIE), l’État n’a rien donné. « Même pas une houe », déplore l’agricultrice, soulignant que c’est avec l’aide des habitants qu’ils ont défriché et labouré les terres, puis récolté les produits (maïs, manioc, sorgho et niébés). « Nous avons acheté nos semences et dépensé en tout près de 2 millions de F CFA », ajoute Diallo. De plus, à cause de l’absence d’espaces de stockage, les villageois se sont servis directement dans les champs, au fur et à mesure des récoltes. Résultat, la production n’a pas pu être quantifiée.

À la mi-novembre, alors que les ­derniers épis de maïs et gousses de niébés sèchent au soleil, les paysans de Sangalcam s’inquiètent de l’avenir de la Goana. « L’initiative est certes excellente, mais certains pourraient se l’approprier à notre détriment », explique Diallo, qui révèle avoir été contacté à plusieurs reprises par des ONG sénégalaises qui lui ont ­demandé de lister ses besoins. Il les soupçonne de vouloir ensuite demander des financements étrangers sur lesquels il n’aurait aucun droit. Alors que la saison sèche approche, il regrette aussi l’absence de projets de développement des cultures de contre-saison. Notamment les produits maraîchers, qui s’écoulent bien dans la capitale. Confrontés à un manque d’eau, les agriculteurs demandent l’installation de nouveaux forages. « Sans cela, nous devrons attendre le prochain hivernage pour cultiver », regrette Diallo.

La Goana, chiffrée à plus de 344 milliards de F CFA – qui prévoit l’attribution de terres ainsi que la fourniture d’équipements (motopompes, moissonneuses…) –, doit en principe relancer un secteur qui représente 15 % du produit intérieur brut (PIB) et occupe 70 % de la population.

 

Relancer les filières vivrières

Mais, depuis 2005, la production de la plupart des cultures vivrières est en baisse. Les raisons profondes sont connues : les difficultés financières de certaines filières, les insuffisances dans l’approvisionnement en engrais et la pénurie des investissements pour mécaniser les exploitations familiales, aux rendements très faibles. Sur tous ces points, il reste beaucoup à faire. À commencer par le développement de la culture du riz, qui sert de base à l’alimentation au Sénégal avec le plat national, le tiéboudienne. Alors que la consommation est estimée à 800 000 tonnes par an, la production locale ne dépasse pas les 200 000 tonnes.

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