Depuis le 12 juin 2008, après vingt-quatre heures de combats à l’arme lourde et des morts dans les deux camps, deux armées – l’une djiboutienne et l’autre érythréenne – se regardent en chiens de faïence sans que la communauté internationale ne s’émeuve vraiment. À peine a-t-on entendu quelques beaux discours et pseudo-menaces à l’encontre de l’Érythrée. Je sais bien que c’est une énième guerre des pauvres dans un contexte largement tourné vers la crise financière et les élections américaines… Mais n’est-ce pas, tout de même, légèrement plus que cela ? Je sais bien que c’est un petit problème au regard des autres conflits actuels ou à venir… Comme je sais aussi que ce genre de sujet n’est pas aussi vendeur qu’un article sur le changement de Premier ministre en Algérie ou sur la rébellion d’un chef tutsi quelque part dans l’est du Congo… Mais doit-on attendre une reprise du conflit ? Doit-on attendre les 500 ou les 1 000 premiers morts pour que J.A. nous offre une couverture ou deux pages ? Doit-on se contenter de deux lignes perdues dans l’immensité de notre journal ? La guerre Djibouti-Érythrée est une des rares guerres interétatiques qui ne dit pas (encore) son nom… Tous les ingrédients sont là pour accroître l’instabilité dans la région. Certes, la situation idéale de Djibouti sur le Bab el-Mandeb suscite des convoitises depuis longtemps, mais, jusque-là, les menaces n’étaient pas réelles. Si l’État djiboutien avait les moyens de supporter un effort de guerre pendant dix ans, je n’aurais pas écrit cette lettre… Il lui suffirait de s’armer de plus en plus pour bouter l’ennemi hors de Doumeira (frontière nord du pays). Mais notre pays n’a malheureusement pas les moyens de se développer tout en se dotant d’un outil militaire dissuasif… Or, si ce conflit tombe dans l’oubli, et c’est ce que je voulais dire, cela incitera l’un des camps à lancer une offensive qui, à coup sûr, sera mortelle pour beaucoup…
Hassan Gouled, par courriel

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