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13/11/2008 à 16:40
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Intempéries, longues sécheresses, soudaines vagues de froid... L’Algérie, le Maroc et la Tunisie sont victimes d’un désordre météorologique plus marqué que dans le reste du monde.

La question du dérèglement climatique au Maghreb sera au centre d’un colloque international organisé à Marrakech, au Maroc, du 25 au 28 novembre, sous l’égide du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec). Un phénomène qui frappe de plus en plus régulièrement – et durement – les pays du Maghreb. Dernier exemple en date, les inondations de début octobre en Algérie, en particulier dans la vallée du Mzab et à Ghardaïa, qui ont fait une cinquantaine de morts et des dizaines de blessés. Inédites par leur violence, des intempéries de ce type tendent à se multiplier. Emblématique de ce phénomène, l’Algérie a connu les pires précipitations de son histoire en novembre 2001, à Bab el-Oued. Bilan : plus de 800 morts. Récemment, en novembre 2007, des inondations aussi brutales ont fait onze victimes dans les wilayas d’Alger, d’Oran et de Boumerdès. Un mois plus tôt, en octobre, une quinzaine de personnes trouvaient la mort à Sabbalet Ben Ammar, au nord-ouest de Tunis, à la suite de pluies torrentielles. Quant au Maroc, le nord du pays, vers Taouima, est sous les eaux depuis plusieurs jours.

L’agriculture menacée

Si, de mémoire de Maghrébins, les aléas climatiques ont toujours existé, ils n’ont jamais été aussi fréquents qu’au cours des dix dernières années. D’un niveau exceptionnel, ces dépressions alternent avec des sécheresses de plus en plus longues ou de soudaines vagues de froid, comme ce fut le cas en 2004. Les scientifiques sont unanimes pour reconnaître que ces manifestations ne sont pas le fruit du hasard mais bien du lent dérèglement climatique qui affecte le Maghreb. « L’évolution du climat montre que cette région est victime d’un désordre météorologique plus marqué que dans le reste du monde », affirme Sébastien Abis, administrateur au Centre international de hautes études agronomiques méditerranéennes (Ciheam), organisme créé en 1962 et qui rassemble treize États du pourtour méditerranéen. « Au XXe siècle, le niveau mondial de hausse des températures a été de 0,74 °C. Celui du Maroc, de l’Algérie et de la Tunisie s’est situé entre 1,5 °C et 2 °C, soit plus du double. » Comment expliquer cette tendance ? Principalement par le fait qu’indépendamment du réchauffement, l’Afrique du Nord cumulait déjà certains facteurs parmi lesquels un faible niveau de précipitation sur l’année, aggravé par une forte pression sur les ressources en eau en raison du poids démographique et des besoins de l’agriculture. « Au Maghreb, les ressources hydriques sont particulièrement sensibles au climat. L’eau et sa gestion sont des problèmes présents depuis longtemps qui conditionnent l’avenir de cette région, explique Nathalie Rousset, chercheuse au Laboratoire d’économie de la production et de l’intégration internationale (Lepii) de l’Université de Grenoble, en France. Le réchauffement ne fait donc qu’accentuer des problèmes existants en raréfiant l’eau douce et en provoquant une surexploitation des nappes phréatiques tout en fragilisant les systèmes agricoles sur lesquels repose le développement de ces pays. D’après la Banque mondiale, le volume d’eau douce disponible par habitant tombera à 740 m3/an en 2015, contre 1 045 m3 en 1997. De fait, les projections liées à ces scénarios sont dignes des pires prophéties de Nostradamus. Selon les conclusions du quatrième rapport du Giec publié en novembre 2007, le niveau d’élévation des températures entre 2020 et 2029 se situera entre 1 °C et 2 °C au nord du Sahara, contre 0,5 °C à 1 °C sur le reste du continent. En 2100, cette hausse sera de plus de 5 °C. En déplaçant « les étages bioclimatiques méditerranéens » vers le nord, le bouleversement actuel fait remonter les zones arides et désertiques. Logiquement, la diminution des ressources en eau s’accompagnera d’une chute des rendements agricoles. Plusieurs études d’impact évaluent le déclin de la production céréalière du Maroc à 10 % par an à partir de 2020. Jusqu’à 50 % en année de sécheresse. En Algérie et en Tunisie, les récoltes régresseront respectivement de 15 % et de 20 %. Dans vingt ans, le rythme des sécheresses s’intensifiera, passant à une tous les trois ans, contre une tous les cinq ans dans les années 1970. « Les récentes inondations en Algérie peuvent aussi s’expliquer par l’aridité croissante des sols, incapables d’absorber une telle quantité d’eau en si peu de temps », explique un cadre de la Direction de la météorologie nationale marocaine (DMN). Il est tombé autant d’eau en une nuit à Ghardaïa – 110 mm – qu’en une année entière.  Plus longues, les vagues de chaleur entraîneront davantage de feux de forêt. Ces derniers font déjà perdre chaque année 25 000 hectares de terres cultivables à l’Algérie et au Maroc. Quant à l’élévation du niveau de la mer, « elle est trois à quatre fois plus rapide au Maghreb que la moyenne mondiale, établie à 1,5-2 mm par an », note le Ciheam, qui s’inquiète notamment du sort de la Tunisie, où la mer gagne chaque année plus de 5 mm, si l’on s’en tient aux observations de la ville de Sfax.

« Stratégies d’adaptation »

Ces menaces sont d’autant plus préoccupantes qu’elles rejailliront sur la croissance de ces pays axée sur les deux piliers que sont l’agriculture et le tourisme. Des secteurs « aquavores » par définition. Face à la gravité de la situation, des solutions sont mises en place. La stratégie de la Banque mondiale pour la zone Moyen-Orient/Afrique du Nord (Mena) repose prioritairement sur la sensibilisation, la prévention et les financements davantage tournés vers l’environnement. La Tunisie, l’Algérie et le Maroc ont, pour leur part, lancé des « stratégies d’adaptation » pertinentes au niveau national. Le royaume chérifien est particulièrement en pointe sur les projets innovants. Les budgets de recherche-développement sur des équipements susceptibles de ralentir les effets néfastes du réchauffement sont en hausse. Mais pour Abdellah Mokssit, directeur adjoint de la météorologie nationale marocaine et chef du Centre national de recherches météorologiques (CNRM), « l’amélioration des connaissances du climat est un préalable à l’élaboration de parades face aux périls météorologiques. Nous avons surtout besoin de moyens permettant un suivi en temps réel. » Reste à savoir si ces mesures suffiront à atténuer la dégradation plus ou moins rapide des ressources naturelles – eau, forêts, sols – du Maghreb. Seule certitude du moment, les populations d’Afrique du Nord devront apprendre à vivre avec des variations climatiques de plus en plus marquées. 

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